V 11 E OU AT It 1 !•, M !•: -~ C H A 1' 1 1' It !•: 1 X
!fc^'
A|iii''s |iliisicurs semaines, prenant pour une invitation les apparences de la mer, ils reninnlèrenl dans leurs embarcalions, décidés à franchir ce passaiic si diflicile ; mais de nouveau le counoux des vagues alarma ces consciences coupables. Malgré leurs efforts, les rebelles ne purent dépasser la distance qu'ils avaient parcourue la première fois. Ils s'estimèrent lieurciiv de revenir à terre. lienonçant dès lors à un dessein qui leur parut chimérique, ils se mirent à parcourii' Pile en vrais bandits, dépouillant et violentant les indigènes.
La prudence de l'.Vmiral entretenait de bonnes relations avec les Indiens. Ils apportaient des vivres en abondance. Néanmoins, peu à peu ils se montrèrent plus exigeants dans les échanges. Soit qu'ils cédassent aux excitations des rebelles, soit que les déprédations de ceux-ci eussent changé leurs dispositions, ils cessèrent tout à coup d'alimenter les caravelles. Cette interruption de rap|)orls avec les naturels excita une grande inquiétude. On ne pouvait s'avancer dans les Icri-cs, en laissant exposés sur les caravelles l'Amiral et les convalescents. La lamine imminente s'ajoutait à tous les malheurs de cette navigation, sans qu'aucun expédient |iùl cette fois sauver les naufragés.
Dans cette horrible perplexité, Christophe Colomb, comme- toujours, invoqua le Seigneur son maître, et comme à l'ordinaire ce ne fut pas en vain.
CHHISTDl'HF. lOLOMP.. (il
cniusïoPHi': colomb
C'est à celle occasion qu'eut lieu la prédiction di' l'éclipso si connue do renfancc, el que diviTS écrivains ont.airan.née, au point d'en l'aire le diiiiii' pendant du conte de l'œuf cassé par le bout sur une lahie.
Et d'abord, remarqunns-le bien : les paroles que les écrivains ont prêtées à Colondj ne sont nullement textuelles.
yy^
Les contemporains, Fernando Colomb, Diego Mcndcz, Oviedo, Las Casas, n'ont pas recueilli les propres mots de l'Amiral. Fernando Colmnb, seul témoin oculaire, alors à peine âge de quinze ans, n'avait point pris de notes, il a écrit ces détails plus de vingt-neul ans après révénement. Diego Mendez était alors absent ; ce n'est qu'au bout de trente-deux ans qu'il a rédigé ce ouï-dire. Oviedo n'eut connaissance de ce fait que tardivement, par voie indirecte ; et Las Casas n'a terminé son Histoire des Indes que cinquanle-trois ans après la mort de l'.-Vmiral. H est clair que les uns, pas plus que les autres, n'ont puisé directement ta leur vraie source les paroles qu'ils imitent dans la bouchi' de Colomb ; ils lui ont, de très-bonne foi, attribué le langage qu'ils eussent tenu à sa place. C'est leur propre esprit qu'ils lui ont bénévolement jjrèté ; cela se voit Ijien.
Rétablissons enfin li's circonstances de cet événement, et restituons-lui sa pliysionomie véritable.
Lorsque, ]iar rinterinédiaire de Diego .Mendez,
LIVIIE OUATRiftMK — CllAIMTUE IX
Clirisloplio Colomb fit avec les Caciques des environs (le Santa-Gloria un traité ])Our l'ai)|)rovisionnonientdos caravi'llcs, il leur dit, tout d'abord, que. Dieu son niaîUv l'avait l'ait ariivcr en ce li(^ii, et qu'il y séjournerait jusqu'à ce qu'il lui plùl de l'en retirer. Il so présenta donc à eux, suivant son vrai caractère, connue riiôte de la Providence, et consigna les équipages à bord, uniquement pour préserver de leurs convoitises les liverains hospitaliers. Au moment où les indigènes, violant ii'iu' promesse, voulaient affamer les naufi'agés, Colondj, dépourvu de toute ressource luiniainc, recourut à sa Haute Maji'sté.
Au lieu de l'aider par un miracle matériel comme il l'i'ùt l'ait pour un patriarche, un prophèle derancienne Loi, et de lui envoyer de la manne ou des cailles, le Très-Haut l'assista d'une idée. Il secourut son serviteur par une notion tirée de l'architecture céleste. Il lui inspira un moyen qui n'avait jamais été employé' depuis le coHHuenccmenI de l'hisloire certaine, et auquel jamais, de lui-même, l'Amiral n'aurait songé. Dieu lui rappela que dans trois jours aurait lieu nne éclipse de lune. Ainsi la lune, ce signe par lequel Diego Mendez avait été préservé d'une hori'ilde moi'l par la soif, devait sauver de la famine ChrislO[)lie Colomb.
Dans ses perplexités, chaque fois que, se mettant en priéri', le messager de la Croix suppliait le Seigneur (le le seeourii', l'idéi' de l'éclipsc revenait à son esprit. Cdloiiil) reconnut par là qu'il devait tirer son .salut de celte éclipse. Dieu lui indiqua simplement le sujet ; son génie lui fournit le mode de fécondaliun.
oOS
I/Aiiiir.il cinDya un inlri|iiùln (lllaïli chez les C.w- (•i(liii:'S les iiivilcià un i;iaiul spccliicle ([iiedoiiiicLaii'iit les élraiiL;cr.s le surlendemain. Coniuio il le piévoyait, ils accouruienl en lonli'. Ahns il leur reprocha leur manque de foi cl leur dnrelé. H leur rappela qu'il se Irouvail leur hùle par la volonté tle Dieu son mailre. Il ajouta que Dieu son Seigneur savait leur projet de l'aire périr de faim h?s étrant^ers, mali^ré les accortis arrêtés entre eux pour rapprovisionnement des caravi'lles; qu'assurément celui qui lécompcnsc les l)ons et punit les coupables était irrité de leur manque de bonne foi et d'humanité. Et, pour leur prouver la supériorité des serviteurs de son Dieu, il leur annonça que le soir même, au lever de la lune, ils verraient bientôt l'astre rougir malgré la séri''nili'' du ciel, puis s'obscurcir et leur refuser la lumière.
Là-dessus, quehjues-uns eurent peur, mais << les autres s'en allèrent en riant de moquerie ».
Lorsque la nuit arriva, la couleur sanglante de la lune ébranla les plus fermes. Dés qu'ils virent sa teinte s'obscurcir, ils poussèrent des hurlements de terreur et accoururent chargés de provisions aux caravelles ; promettant d'apporter désormais des vivres régulièrement. Sur leurs instances