LIVRE OUATlUftME — CHAPITRE X
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iriiiic expérience s(''ciil;iir(\ il n'csl pas aujourd'hui un oflirior de mcv, niidsiiipnian ou ainiial, rpii, au prix d'un royaume, vuulùl lenler le passaj^e de la .laniaii|ue à Haïti, dans les seules conditions (pii s'oflVaieul à Die^o Mendez. On comprend cond)ien Colond) avait raison de dire aux Hois catholiques, eu racontant des choses si extraordinaires : « 0"i pourra croire ce que j'écris ici'.' » et d'ajouter aussitô dis (pie, dans celte lettre, je n'ai pas itAcoNTi': la
r.K.NTlÈMIi PARTIE DE CE QUI m'eST ARlUVli. )>
Kulin lAïuiral uu)uilla le Ij août dans le port de Saint-Domingue.
TiHite la populati(Hi vint au-devant de (^,liristo|)lie Colond). L'empressement publie l'entoura de marques de respect. Les gens de mer honoraient en sa pci'sonne le navigateur incomparable ; les Franciscains, le messager du Salul, le précurseur de leur prédication future. Le peuple saluait en lui la majesté du malheur. Son infortune lui ramenait tous les esprits. Ce fut dans le palais du gouvernement qu'Ovando installa l'Amiral.
Malgré l'apparence de ces bonnes relations, Colomb, qui voyait toujours le fond des choses, savait réduire à leur juste valeur les démonstrations d'Ûvando. Et de son côté, le gouverneur ne pouvait croire que l' Aniiial ne cherchât pas à être bientôt remis en possession de ses droits (car la nomination d'Ovando limitait à deux ans ses pouvoirs).
Ovando voulut montrer à Colomb qu'il était réelleluent gouverneur d'IIispaniola. Il exigea la remise de
François de Porras, détenu à bord de la raravelle, et le fit mettre en liberté sans ouvrir aucune enquête, sans verbaliser, sans écrire la moindre pièce. Bien plus, il jiarla mèiiir de l'aire arrêter ceux qui avaient pris les armes pour délendre l'Amiral. Colomb, décidé à subir patiemment toute iniipiiti' plutôt ([ue d'occasionner le moindre ditlérend dans la colonie, se borna à lui représenter combien l'autorité d'un amiral serait illusoire s'il ne pouvait punir une révolte à son propre bord. Puis, il sourit avec ce calme de la résiliuation chrétienne dont il était pénétré.
Ceux des misérables partisans de Porras, (jui n'avaient pas déjà déserté en arrivant, demandaient à retourner en Espagne. Dépourvus de toute rcssourc ■ et même de vêtements, ils sollicitaient le passage sur quelque navire. L'.Vmiral, après celte rébellion, aurait fort bien pu les laisser à la gaixle du gouverneur et s'embarquer seulement avec ses gens et ses officiers, d'autant mieux qu'un seul navire ne pouvait contenir tant de monde; mais, en considérant tout ce qu'ils avaient souffert dans cette dernière campagne, il eu! pitié de leurs crimes, de ce qu'il apiielait leur « inlirmité morale », et il affecta à leur passigc un bâtiment qu'on radoubait, tandis qu'à ses piopres frais il achetait une caravelle, dans laquelle il devait monter avec sa famille, sa maison et ses amis.
Il activa de tous ses efforts l'aménagement de la caravelle, car le séjour de Saint-Domingue, dans la maison de cet adversaire, lui devenait insupportable. Sa situation était d'ailleurs des plus fausses, se sentant étranger à l'administration d'un pays dont il était le
l.lVnE nUATRiftME — CHAPITFir; X
ilciir, lo Vire-Roi, Icgoiiveiiii^iir perpfMuoi, voyant njiiantée cl dépeuplée celle île magnififuic où il
voulu apporler la civilisalion et la ilitrnité du lianismo!
gi'ando àiiii' du Messager de la Croix en étail subéc d'amerlume.
s cinq royaumes, des grands vassaux, des Carisi nombreux d'Hispaniola, rien ne reslait. Klle avail disparu aussi, celle Anacoana, la fleur d'or, la sduveraine enchanleresse d'Ilaïli, au rciKuii si'duisanl, relie nuise visible des plus poétiques ri''gions, qui était à la fois rKgérie, la Clio et la Tlialiedes Antilles. La torture, l'ignominie, la mort, avaient triiilenienl Itayé la générosité de sa confiance et de son bosjjilalilé nivale. Av(n- elle s'effacèrent les chants, les gracieuses danses, les jeuxscéniqueset la douce rêverie. La désolation et la terreur régnaient seules sur les restes épars des tribus décimées.
Aux massacres de Xaragua, aux massacres de l'Higuey avail succédé le tranquille homicide, quotidiennement commis par l'excès des travaux dans les mines.
Des spéculateurs barbares n'accordaient ancnn repos à ces malheuieux. Leur iiipidilé les contraignait à des travaux sans relâche; tandis que leur avarii'c refusait de leur accorder une nourriture suffisante. Ces inforlunés, séparés de leurs femmes, de leurs enfants, devaient, sous peine de mort, suivre leurs maîtres dans les excursions loinlaines où les entraînait la recherche
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de l'or. Cliaque mine devenait nne sorte de tombeau. Los travailleurs périssaient taule d'aliiiienls et jiar (''liuisement de forces. Ils trouvaient la mort dans les fosses; ils la trouvaient dans lesfonHsoùles lrai[uaient des chasseurs d'hommes implarables.
Des populations émigraieni en masse, poursuivies comme des hètes lluives par des chiens et des cavaliers. D'autres, dégoûtées de l'existence, s'en délivraient en commun par le suicide. Les maladies achevaient la destiuction qu'avait commencée la barbarie. Ces calamités, ces transes, tant de crimes froidement exécutés, oppressaient le cœur de l'Amiral, llclas ! ce n'était point ce qu'il avait espéré, quand il découvrit ces contrées. Il aimait ces naïfs et bizarres enfants des forêts ; il avait reçu le don de les deviner, de les subjuguer par son ascendant personnel. Ils versèrent des larmes la première fois qu'il s'éloigna d'eux, à la Navidad. .\ Santa-Gloria, ils pleurèient aussi son départ. Mais il ne pouvait maintenant plus rien en leur faveur: son unique espérance pour eux étaitla justice de la Reine. Hélas! cette noble Isabelle ajoutait encore à tous ses ihagrins. Li's dernières nouvelles arrivées de Gastille annonçaient qu'elle dépérissait à vue d'œil.
Pai- les ordres de son Irère, l'Adelantado hâtait de toutes ses forces les préparatifs de départ. Enfm, le 1"2 septembre, ayant reçu les vœux des