LIVRE QUATRIÈME — CHAPITRE X
colons les plus lionorables, l'Amiriil monta avec sns oflicicrs el les gens de sa maison à bord di; la caravoile qu'il avait achetée. Dans l'autre, qu'on avait ra(loui)ée, prirent place ceux des marins qui voulaiiMil rentrer en Espagne. L'.\delanlado la conniiandail en personne.
On était éloigné (rouviroii di'ux liiMies et encore en vue du port, (piand un coup di' vciil iiii|uévu brisa le grand màtdunavin' de PAmiral l't le Iriidil ju.-i|u'aii tiliac. Loin de rentier pour se réparer, Colomb passa aussitôt avec sa maison à bord de l'Adelanlado et continua la traversée, tandis que la caravelle maltraitée rentrait à Saint-Domingue. La ronti' l'ut tenable tant qu'on navigua par le travers des Antilles. .Mais ensuite la mer devint mauvaise, et, pendant une alTreuse tempête, r.Vmiral lut repris de son rhumatisme articulaire. 11 était connue paralysé dans sa eal)ini'.
La lutte contre les vents el les llols avait recommencé.
Le samedi 0 octobre, après une l'orte Ijourrasque, quand les vents étaient tombés et que la mer seule poussait encore de hautes vngues, mie subite ral'ali' brisa le grand mât en (juatre endroits. Les conseils de l'Amiral, toujours perclus dans son lit, et l'industrie inventive de l'Adi-lantado remédièrent à cet accident. Le grand m;U l'ut race ouivj. et l'on raU'erinit les assemblages avec des pièces détachées du château d'arrière
du couronnement, fortement assujetties par des es.
:;u de jours après, une autre Icmpèle brisa le mât lisaine.
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H restait encore plus Je sept cents lieues ù frandiir.
Au lieu (le s'efforcer de gagner les Açores pour s'y ri'iian'r et clianger sa mâture, conuiie eût d'abord fait tout prudent capitaine, l'Amiral, habitué au secoui's d'en Haut, ne parut point se préoccuper de ce nouvel accident. Ses douleurs ne lui laissaient aucun repos. En outre, de sombres i)resscnliments agilaienl suii esprit. Il lui lardait d'être auprès de la Reine, et il continua de faire porter directement sur la Casiilli'. Le reste de cette navigation fut constanmient dilTicullucux et pénible. Poussé de tempête en tempête vers les côtes d'Europe, enfin le 7 noveinbn', « par la permission de Dieu », Colomb arriva au port de San-Lucar de Barrameda.
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(r''\(^Gr\7-è '^^'•'^ ^'^'^ J*^'"^ fl"' Pitlp'tc au cœur du
(c\^U^Ç. marin, quand après les périls d'uno
liiniiur' navigation il revoit le sol de la
' patrie, fut à l'instant réprimée par
l'aspeet de la tristesse publique. L'antre
.viç-., proii'cteur de la Castille, Isabelle, la Reine
y-^^ adorée, succombait à une lente maladie.
Malgré l'ardeur qui l'eût emporté à Médina del
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Campo, où R'sidait la roiir, l'Amiral fut contraint de s'arrcler à Séville, l'artk'nt loyer de ses ennemis. Ses soiiflVances l'y retinrent dans une liôtellerie. Les rares amis qu'il comptait dans ci'tle (•it('' en étaient absents alors ; même son admirateur lidèle, le savant lliéologien Père Gaspard Gorricio, avait (piillé jiour l'instant la Chartreuse des Gcolles. Le temps, triste et sombre comme les esprits, aggravait ses soulTrances. Il logeait à l'auberge, tel qu'un étranger, dans cette ville devenue le siège des affaires coloniales.
Colomb, qui avait espéré pouvoir se délasser enfin de ses fatigues, se trouvait niiisi, comme malgr('^ lui, poussi'' sous la main do ses persécuteurs. Les marins que, par commisération, il avait ramenés à ses propres frais, et parmi lesquels figui'aienl plusieurs rebelles, ne pouvaient obtenir des bureaux de la marine le payement de b'ur solde. Connaissant .sa générosité, ils importunaient l'Amiral de leurs réclamations, bien [tersuailé's qu'il n'oublierait pas de les faire valoir. lîetenu dans son lit et presque perclus par ses douleurs, n'écrivant qu'à grand'peinc, il s;ivait les émissaires de ses ennemis, les révoltés qui avaient attenté à sa vie, libres et reçus à la cour, où ils allaient pommadés, musqués et frisés, suivant son expression, « montrer leurs barbes impudentes » et macbiner contre lui, tandis que les pièces de leur procédure étaient restées sur le navire, qui, à peine sorti dupori, dut rentrer à Saint-Domingue pour se mater.
L'Amiral, accablé par sesdoulem's physiques, subissait encore Téprinive de la plus vive souIlVance morale