‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 180 sur 208 · LIVRE QUATRIIlME — CHAPITRE X;i · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIIlME — CHAPITRE X;i

la ooiir iMilière. Néanmoins, pour l(> liailernonl (l'une maladie dont la cause élail inlciiie cl organique, les consultations de la médecine l'iirciil toujours externes et verliales. Son indéfectible pudeur n'admit jamais l'euiploi des explorations chirurgicales, usitées et nécessaires dans sa position. Les ressources de l'art ne furent donc qu'accessoires. Sa maladie, une l'ois déclarée, dura cent jours sans interruption.

Enlin, ses forces déclinant, Isal)elle ivvètit l'iiahit du tiers ordre de Saint-François, dont elle suivait la règle depuis plusieurs années, et reçut avec toute l'ardeur de .sa piété le saint viatique. Elle fut douce envers la mort. La fermeté royale et la grâce féminine l'accompagnant jusqu'au bout restaient encore imies à son chevet de douleur. L'accahlemenl de ses membres, rallaissenient de tout ce pauvre corps si secrètement torturé, ses paupières fermées, rendaient son agonie semblable au sommeil de la tombe. On lui apporta les derniers secours de l'Église pour le soulagi'ment des malades, l'extrème-onction. Son immobilité était complète. .Alais quand il s'agit de découvrir ses pieds pour l'onction sainte, un frémissement subit agita la mourante. La pudeur survivait à l'anéantissement; elle fit un geste, recouvra ses forcespour rabattre les draps, retirer et couvrir ses pieds, qu'excepté son époux nul œil, pas même celui de ses femmes, n'avait aperçus dans leur nudité.

La lutte contre la destruction dura quchpn's heureencore, et le mardi fîG novcudu'c l'tiM, vers midi, cette exquise essence de toutes les vertus s'exhala vers son Dieu-

Avec elle s'éclipscrenl la gloire cl la félicilc des Espagucs.

Pcndanl ce temps, une angoisse cruelle agilail l'Amiral : il IVissonnail à l'idée de perdre cette Reine qui ('■lait rame des Dérouverles, la patronne des Indes, la protectrice du vrai et du jusle, l'image du beau cl du bon, l'idéal de la supériorité royale.

Dès son arrivée à Séville, Ciu'istopbe Colomb avait combiné un moyen d'aller à Médina dcl Campo. Hors d'étal de supporter le pas du cheval cl les intempéries de la saison, il imagina de s'y l'aire transporter à bras. Mais une chaise à porteurs, de dimension ordinaire, n'aurait pu convenir à son état d'endolorissement ; et, pour éviter les retards, il se résolul, tant était ardent son désir, à l'aire le trajet dans la lilièrc d'un mort, elle où l'on avait placé les restes du dernier arcbevèque, le Cardinal don Diego Ilurlado de Meniloza. L'Amiral pria le conseil capitulairc de l'archevêché (le Séville de vouloir lui prêter sa liliêrc funèbre, p.uisque son mal ne lui permellait pas un auli'e mode de transport.

Une séance fut tenue le 36 novendjrc 150 i pour délibérer sur celte demande.

Toutefois, comme la pauvreté notoire du vice-roi des Indes ne rassurait guère messieurs du Chapitre contre les détériorations que pourrait éjuouver la litièii' dans les accidents de la route, le prêt n'en l'ut cousent

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LIVIIE QUATRII>ME — CHAPITIIK XI

i\uî\ cotlc condiliuii ox|iresso, ([iic le ti('sôiii'i- ili; la Miarini's'i'iii;ii|i('i-iiil,|):Tsnmi('ll(Miii'ril, àfairr rapjxii'toi le Ijiaiiaud iiioiiuaire on iiarfaile consLM'valion.

Colomb iH'OJ'Iail alors de suivre la idiile di' lu jildhi ou elienun d'ari^cnt, l'aiieienne voie romaine (|iii de Mérula conduit à Salaiuaii(|iii'. Ce|iendanl il u ' put iiai'lir. L'aui^i'avalion de sun l'ial el la riiiueur iirisilée du IVuid rem[ièelièL'eiil de (|iiiltei' son lit.

Ou sait pat' la eorrespondanee nicme de l'Amiial ipio, rliaquc semaine, des messagers de la cour anivaii.'iil à Séville. Xi''annioins, le ."5 di''('endM'e, Coloiidi ii^norail eucore celle calamiti'', et il priait iiour Fang(''li(|ue souveraine, quand di'jà elle avait dû loueher le juix célesle de ses (euvres l'oyales.

Enfin il connut son malheur!

Oui dira le brisement de ee eœui' héroïque el l'amurtume de sa douleur sans nom? Lcpèrcqui perd sa lille uiii([ue n'r'prouvi' pas dans les l'ulrailles lui d/'cliiremenl plus aigu. Pour [leindre ei'tte inénarrable afllielion, il faudrait pouvoir mesurer dans sa sublimité celte allraeliou de ileux âmes que la Providence avait ])rédeslinées à élaborer la plus grande d'uvre des races humaines. Par son innumsili', la diediMir di' Colomb loucliail à rinliui; sa soullrance niulliple était vaste comme l'esprit ipii anima ce coi'|is de Pieine emjueinl d'une indélébili^ majesti''. C'était le brisement d'une svnijialliie snpérie::re, enracinéi' dans la tendresse Uc

ciiuisruriiE lolomi;. — (iS

CHUISTOPHE COLOMB

FàiiK", l'jiaiionic an souflli' lyrique dt^ 1'imiI1ioiisi:isihî 1)0111- la Xaliire, récondcc par les spleiuloiirs de la lui cl vivifii'o dans le Clirisl, qui rii était le principe, la sauvegarde et la lîn imniorlelie.

L'homme (pii avait doublé la Ci'éalion, arpenté l'Océan, ne pouvait niesarei' riiiiinensité de sa perte.

Son unique appui en ce monde venait de se briser. Il avait perdu plus qu'une iiroleelrice, plus qu'une souveraine : il avait perdu son amie. Oui, la Reine aimait d'une filiale tendresse et lionorait d'une respectueuse déférence l'Iionime que Dieu lui avait envoyé liour doubler l'espace de la Création. Isabelli.' nirouvait dans Coloml) ses propres qualités, c'est dire ses éminentes vertus. Elle admirait en outre cette modestie de héros, cette simplicité de saint, cette naïveté d'enfant et de poète, virginalcment gardée chez le patriarche de l'Océan, à travers les vicissitudi's des ans et de ses travaux fabuleux. Elle aimait le contemplateur de la Création, ipii pressentait les lois de la Aature et dans ses pittoresipies entretiens lui confiait chalcureusenient les secrets de ses aperceplions, avec l'éternelle fraîcheur d'inspiralion et de langage si caracléristiques du géni;' de r.\iniral. Un involontaire respect inclinait la grande Isabelle tant vénérée vers ce vieillard res]iiraiil la puissance, transpirant le sublime et rayonnant, dès ce inonde, du sceau de rimniorlalité.

le seule voyait clairement ces grandeurs; elle seule éprouvait le respect qu'imposait sa mission providen-

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