LIVRE QUATRIÈME — CHAPITRE XII
lo royamiio \o jilus riclic ni, Ir plus |iiiissaiil, de laclirrlienté, n'avail pas uiH! liiilc pour abrilor sa liHc, coucliail dans un lil de louaiic et se Irouvail ii'duil aux emprunts pour payer sa dépense à raul)i'rgr.
Ce di'nùni(>nl ne suflisail pas à la taiile aniinosité du lioi. Non-sculemenlil|irivail l'Amiral de ses revenus; il voulait encore le dépouillci' de ses titres et de ses honneurs. Quel était donc le ferlait de Colond)?que pouvait-on lui reprocher? Sa soumission n'avait-elle pas égalé son zèle? son zèle, sa prudence? sa prudence, sa fidélité? sa fidélité, son ilévouenienl?
Même depuis son retour, après que lui fut ravie la Reine, son amie, son unique soutien, s'absorha-t-il dans sa douleur au diHrinient du service du Roi? Ne conserva-t-il pas à l'ini^ral monarque l'empres^icment (ju'Isabellc aurait souhaité pour lui?
Mais qu'importait à Ferdinand la fidélité de Colomb? Pour ce grand politique, l'intérêt était l'unique règle du cœur. Il ne sui)posait à personne une générosité dont il ne se sentait pas capable, et ne pardonnait point la supériorité. Ce qui l'offusquait dans Coloud), ce qui le rendait implacable poiu' lui, c'était sa gloire, son involontaire grandeur. Aucun service ne pouvait racheter l'importance acquise par cet étranger, qu'il avait vu si pauvre, sollicitant l'honneur d'une audience, suppliant qu'on voulût le croire; et qui, après sept ans d'imporlunités, avait, en moins de huit mois, conquis la Vice-Royauté de pays plus vastes que l'Espagne; s'était vu traiter en Souverain par le chef de l'Eglise,
As
CIllilSTOlMIE COLOMB
In roiir de Portugal, celle de Caslille et les puissances catholiques.
A quelque deiiiv d'indulgence qu'on se place pom' la considérer, la conduite de Ferdinand attriste la conscience. On sonlTre de. voir le dédain de la justice en si liant lieu. Ce parti pris de ne pas tenir ses engagenicnls par cela qu'ils deviennent lourds ou gênants, et qu'on possède la force, révolte l'honnêteté publique, i'our se produire sous des plafonds dorés, la mauvaise foi n'est que plus dégradante. La préméditation de Ferdinand, sa spéculation sur la détresse et l'affaiblissemenl du Révélateur de la Création, sa spoliation du Héros malade, offrent quelque cliose de cruel et (rim})ie, comme l'entreprise contre l'orphelin ou la pauvre veuve sans protecteur. La justice ne connaît aucune prescription; l'histoire n'a point d'amnistie pour de telles iniquités.
La déloyaul(' de Ferdinand devait indigner Colomb aulantque son ingratilude; car, malgré le silence de sa modestie, il portait en lui le sentiment de la grandeur de son ceuvre, par conséquent de ses services si obstinément méconnus.
Si, pendant un certain temps, Colomb avait réellement pu croire qu'il éiait parvenu aux Indes, ses dernières expéditions venaient de rectifier et de fixer ses idées sur l'importance de ses découvertes. Rien n'était plus douteux pour lui, après son quatrième voyage.
Cette intuition puissante qui lui avait fait drvini'r l'existence d'un Détroit enirc les deux divisions du