LIVRE PREMIER — CHAPITRE III
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porains fiiront roiipablos d' ingrat il lido, mais qui ne sauiait ùlre oublie dans noire iiistoire.
Assujclli de cœur à la règle de son instilu'., ce religieux offrait à sa communauté l'exemple d'un parfait disciple de saint François. Il était un sujet d'édification, et le renom de sa piété avait dépassé les murs de clôture de la Rabida. Il s'était vu tout à coup appeler à la Cour. La leine Isabelle avait parfois requis son conseil ; elle le prisait si haut, qu'elle avait voulu faire plonger dans sa conscience le regard pénétrant de ce moine. Il fut son confesseur ; mais le bruit de la Cour ne put être supporté par l'humble Franciscain. Ce moine n'aspirait qu'à la placide régularité de son cloître ; ses instances lui obtinrent enfin d'y rentrer. La Reine ne l'estimait pas seulement comme religieux d'une sainte vie, comme guide spirituel et grand théologien ; elle honorait sa modestie, qui ne pouvait pourtant dérober entièrement sa science ; elle le tenait pour habile astronome et excellent cosmographe. Le témoignage cju'elle rendait à la fois à sa science et à sa mansuétude de caractère est parvenu jusqu'à nous.
Ce Franciscain s'appelait Frère Juan Ferez de Marchena.
Sa fervente piété n'avait point étouffé son incli nation aux mathématiques ; et sa possession des sciences exactes ne nuisait point à son goût des lettres. On ne peut mettre en doute la variété de son savoir. L'archichronographe impérial Oviedo dit que « ce
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religieux était grand cosmograplie » ; riiistoriographe royal don Antonio de Ilcrrcia ajoute qu'il était « grand liumaniste », c'est-à-dire érudit et littérateur. L'historien des Indes, Lopez de Gornaia, mentionne également sa littérature et sa spécialité dans les sciences. Quant à l'excellence de sa vertu, elle a clé attestée au souverain pontife Léon X par le premier évêque des Antilles. M''' Alessandro Geraldini parle « de sa vie pieuse et de sa sainteté de toutes parts reconnue. »
Après avoir constaté la supériorité intellectuelle et ascétique de ce Franciscain, ou peut le suivre par l'imaginalion sur le toit où, en sa qualité d'astronome, il avaitélabli une sorte d'observatoire. 11 n'usait de ses prérogatives de supérieur que poui- étendre le champ de sa méditation et prolonger l'heure de ses études.
Souvent, pendant le sommeil de ses religieux, dans les nuits sereines, le Père Jean Ferez de Marchena, élevant son âme vers le Créateur des mondes, suivait avec attention le cours harmonieux des astres. Ardente comme un phare, sa pensée brillait solitaire sur cet escarpement Durant le jour, aux moments que ne réclamaient point les offices du chœur, il remontait au même lieu de ses pénétrantes et hardies intuitions, dont nul peut-èlre, dans toutes les Espagnes, ne se doutait alors. A l'aspect des vagues s'allant perdre dans un lointain insaisissable, vers l'Occident, il se demandait si par delà ces espaces, que n'avait jamais franchis aucune voile,' s'étendait réellement l'empire de la meii TiiNÉBREL'SE, cc formidable Océan, ainsi nommé à cause des ténèbres et de l'obscurité qui voilaient sa nature, sa profondeur, ses limites insondables.