‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 20 sur 208 · LIVRE PIIKMIER — CHAPITRE III · texte numérisé non relu

LIVRE PIIKMIER — CHAPITRE III

Ce doulc indiquait d(''j;i un progrès

La croyance des cosmograplics était singulièrement confuse au sujet de la mi;iï ténébreuse. Les uns assuraient qu'en continuant à voguer vers l'ouest en droite ligne pendant trois ans on n'atteindrait pas encore le rivage. D'autres disaient que les Ilots de la mkii TÉNÉBREL'SE sc Continuaient à l'infini, et qu'elle était sans bords. Suivant ses divergences d'opinion sur la forme de la Terre, chaque maître de géographie variait de système touchant la meu ténédrecse. .Mais le Père Juan Ferez de Marchena, sans se laisser imposer par les géographes arabes et les pilotes renommés, se demandait si, par delà ces ondes, il n'y avait point de terres inconnues aux Chrétiens. Sa sollicitude pour le salut des peuples qui ignoraient le Christ, le désir de voir le saint nom de Jésus béni chez toutes les nations, le ramenaient sans cesse ù cette question : « N'y a-t-il rien par delà cette étendue? »

Toujours ses pressentiments lui donnaient imc réponse affirmative. Indépendamment de ses connaissances théoriques, le Gardien de la Rabida, par ses fréquents rapports avec les marins de Palos, petite ville aujourd'hui abandonnée, mais à cette époque le cenlre de relations lointaines, se trouvait fort au courant des expéditions des Portugais sur la cùle occidentale de l'Ahique, et instruit des découvertes qui avaient eu lieu aux Acores et au cap Vert. Il dominait la croyance vulgaii-e des hommes de mer de son voisinage.

In jour, pendant que, vaquant aux occupations de

sa cliarge, il passait près de la loge du frère portier, il aperçut au parloir extérieur Garcia Ilernandez, le médecin de la communauté, venu de Palos, regardant avec surprise un voyageur qui, arrivé à pied accompagné d'un petit enfant, en ce lieu si écarté de la roule, demandait au frère portier un peu d'eau et do pain pour son fds. Le Père Gardien remarqua l'air de distinction de cet liomme contrastant avec son dénùment. Picconnaissant à son langage qu'il était étranger, il se sentit pris d'une curiosité mêlée d'intérêt, et lui demanda d'où il venait, où il allait. Le voyageur lui répondit très-simplement qu'il venait d'Italie, et qu'il allait à la Cour voir les Rois, afin de leur communiquer un projet important. Le Père Gardien engagea l'étranger à entrer dans le cloître pour s'y reposer un peu, ce que celui-ci accepta.

Ce voyageur était Christophe Colomb.

Comment se trouvait-il amené dans ce monastère? C'est ce que personne ne saurait dire.

En quelque lieu qu'il fût débarqué, soit au Port- Sain! e-Marie, soit à San-Lucar de Barrameda, soit à la Iliguerra, ou à Palos même, sa présence au monastère de la Rabida ne s'explique pas naturellement. Ce couvent, alors complètement caché dans les pins et visible seulement du côté de la mer, se trouvait hors de la droite route que devait suivre Colomb pour atteindre Iluelva. Ce n'est qu'en s'égarant qu'il avait pu y arriver. \\ y avait été nécessairement amené par un de ces hasards, calculés admirablement, qui nous révèlent

Page 1