LIVRE PREMIER — CHAPITRE III
que dans toiilosles acadcmics, les collèges, les universités, on eût regardé ces idées comme le songe d'un malade.
Coloinl), devenu l'Iiôle des Franciscains, dégagé des soins de la vie matérielle, n'ayant j)lus à gagner le pain du jour, put donner tout son temps aux affaires (le rame, à la contemplation des choses divines. Là il travailla à son perfectionnement intérieur. Il voulait par la prière, la pureté, devenir moins indigne d'accomplir l'œuvre immense dont il se sentait chargé. .\yant ses libres entrées à la bibliothèque du couvent, il put s'initier aux Saintes Ecritures, compulser les auteurs ecclésiastiques, les paraphrastes, les commentateurs. On sait qu'il avait étudié saint Jérôme, saiul .Uigustin, saint .\mbroisc, saint Isidore; qu'il connaissait Scot et Nicolas de Lyra, etc. Indubitablement ce fut là qu'il acquit cette connaissance variée des œuvres lliéologiques dont il fit preuve depuis lors. Nous sommes fondés à dire que les travaux de l'.Vnge de l'école et du Docteur Sérapbiquc, les questions noblement spéculatives de la métaphysique et de la morale, ne jmrent détourner son esprit d'une recherche moins haute et plus pratique, l'étude vulgaire de la vie des Saints. Il s'attachait à considérer les exemples de ces hommes qui avaient diversement servi Dieu : ceux-ci avec une humble constance et un héroïsme obscur, ceux-là avec l'éclat du génie et de l'illustration ; les uns et les autres également précieux aux yeux du Seigneur, et honorés dans son Église. Tout homme du monde qu'il était alors, il aspirait du fond de son cœur à célébrer la gloire de Jésus-Christ. Se pénétrant des
clarlés divines dont les Saintes Écritures illuminent l'entendement du fidèle sincèrement soumis, Colomb ne se borna pas à compulseï" la bibliolbèque. Il vécut de la vie cénobitique, associé aux études et aux méditations du Père Gardien, aux offices et aux repas de la communauté ; il connut l'esprit de saint François. 11 ?u affectionna l'ordre, la règle et l'iiabit.
A son tour, dans Christophe Colomb, le Père Juan Ferez aima riiouime comme il admirait déjà le cosmographe, le poète, le génie supérieur. Nous n'hésitons pas à le dire : il l'aima d'autant plus qu'étant son confesseur, il lui fut donné de voir à nu cette foi demeurée pure et candide, malgré les hardiesses de l'érudition et les curiosités de l'esprit. Il put contempler, face à face, cette pensée plus vaste que le Monde, humblement inclinée aux pieds du juge ayant pouvoir de délier et d'absoudre. Comme prêtre, ayant lu clairement dans les jirofondeurs de cette âme qui, sans le savoir, dévoilait sa beauté en découvrant ses fautes au tribunal de la pénitence, il admira tant de génie uni à tant d'humilité. Il s'étonna de la grandeur de cet honune ignoré, en ([ui les hautes qualités s'étaient associées avec une telle harmonie qu'elles semblaient n'en former qu'une seule par excellence, celle que nous appelons la Vertu. Le Franciscain reconnut dans Christophe Colomb la marque d'une élection providentielle. C'est pourquoi il s'intéressa à sa destinée, et s'y attacha d'un dévouement qui ne Unit qu'avec lui-même. t
Au moment où Colomb dut quitter le monastère de I
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