‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 26 sur 208 · LIVRE PHEMIEIl — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE PHEMIEIl — CHAPITRE IV

aimât, avec la puissance de son cœur et rcssonlU un charme souverain, pour (pic la nécessite de quitter résolument la présence aimée, de vivre volonlairemenl dans l'éloignemenl cl la séparation, afin d'accomplir son œuvre, rendît plus méritoire son sacrifice, plus sublime l'immolalion de son cœur. Sacrifice et iuuiiolatiou dont nul n'a jamais parlé et ne lui a tenu compte dans l'histoire.

La félicité que lui donnait Béatrix, placée comme une tentation sur la route austère qu'il devait parcourir, ne put enchaîner cotte Ame tout inspirée de sa mission, ni la détourner de son but immortel. Colomb, pendant qu'il était encore à Cordouc, malgré les enchantements de sa liaison, n'en continua pas moins avec persévérance ses efforts inutiles pour être écouté et parvenir jusqu'aux Souverains.

Enfin, à travers les dégoûts et les déceptions endurées en silence, il réussit à faire connaissance avec l'ancien Nonce apostolique. M'' Antonio Geraldiui. Ce prélat, à la prière de la Reine, était revenu en Espagne pour achever l'éducation de l'Infante, sa fille aînée.

La haute intelligence d'.Vntonio Géraldini le disposait aux grandes conceptions. A l'àgc de vingt-deux ans il avait vu le poétique laurier d'or ceindre son front, aux aiipiaudissements de l'Italie presque entière. Sa précocité dans les affaires ne ralentissait point sa générosité d'esprit. Dès qu'il eut connu Colomb, l'ancien Nonce éprouva pour lui une vive attraction, et se trouva son ami, en ne croyant être que son protecteur.

A sa demande, le Grand Cardinal Mendoza, prc-

.mm

CIlIUSTOrilE COLOMB. — 8

CimiSTOF'.HE COLOMB

mier ministre, admit en sa iirésonce le navigateur étranger. Plus iial)i[iié aux alïaires que le Prieur de Prado, cl mesurant les hommes au premier coup d'œii, dès fpi'il eut vu Colonili, il coiiiprit sa supériorité. Après l'avoir entendu, il lui donna son estime, et conçut une si haute opinion de sa personne, que, sans même approfondir le mérite de son plan, ce qu'il no pouvait immédiatement faire, il crut devoir parler de lui aux riois. Parcelle hienveillanle entremise, Colomb put obtenir eniin audience.

Malgré la pauvreté de ses vêtements et son accent élrangcr, Colomb parut sans hésitation et sans liumi-

ité devant les souverains. La dignité de son visage, la

race austère de son maintien se déployant avec la noble familiarité de sa parole, frappèrent leur attention. On eût dit un Pioi déguisé conversant avec ses égaux. C'est qu'oubliant son dénûmenl, tout pénétré de la sainteté de .son but, s'élevant à la hauteur de son

nandal, il se présentait comme le Légat de la Providence, 8 envoyé en Ambassade », suivant son expression, vers les plus puissants d'entre les princes chiétiens, et surtout les plus 7.élés pour la foi, lelir

iroposerune enlreprisequi immortaliserai! leur règne, iMi « faisant service à Nolre-Seigncur, répandant son saint nom cl la foi parmi laut de peuples », qui peutèhe ignoraient encore le Messie. Glorilicr le iiédeinp-

'ur, poilcr l'Kvangile, la civilisation aux contrées les plus exlrèmes, utiliser ainsi la puissance temporelle, c'était se préparer une couronne impérissable dans

éternité.

Page 1