LIVRE PUEMIEIt — CllAlMTKE IV
lalèiv immense, borné pnr nno masso crmu imonimonsiirablc. Cenx-fi, en admellant la roriiio quadiangiilain^ ou rirrulairo, mais toujours ajilalic di' laTi'rro, limilaii'iit l'étendue des mers au septième de la paitie solide de ce Monde. Ceux-là, sans se forger neltemcnl un système, tenaient pour un songe toute idée contraire aux anciens auteurs.
Plusieurs inclinaient à voir dans la théorie de cet étranger une innovation dangereuse, couvant peut-être quelque hérésie.
Colomb s'était affaibli forcément et presque désarmé avant de prendre la parole, par sa résolution de ne jias dépasser dans cette controverse certaines généralités, et de ne plus livrer à l'indiscrétion publique la source intime de ses convictions. La perfidie du Portugal tenait encore éveillée sa prudence, même devant la loyale cour d'Isabelle. Ce qu'il allait établir sur des données cosmographiques n'était donc point la raison décisive de son système et sa démonstration péremploire. Il présentait, comme ses raisons principales, seulement ses arguments secondaires.
Nonobstant cette complication d'embarras, Colomb exposa avec assurance les raisonnements fondamentaux qui paraissaient la basa de son projet. Comme il s'appuyait spécialement sur les sciences, l'assemblée ne put suivre bien loin son argumentation. Seuls, les religieux Dominicains de Saint-Etienne l'écoutèrent avec attention et faveur.
Quelques membres de la Junte objectèrent à ses déductions des passages des Saintes Ecritures qu'ils appliquaient fort mal, et des fragments tronqués do
CHItlSTOPHE COLOMB
'fim
.èi^>:)^.
qiiolques auteurs ecclcsiastiquos conlraires à son système. Dos professeurs s ealedi'alieos t> établirent par majeure et jiar mineure que la Terre est plate comme un lapis et ne saurait être ronde, puisque le Psalmiste (lit : « étendant le eiel comme une peau », exlendens cœlum sirut pellcm ; ce qui serait impossible si elle était spiiérique. On lui opposait les paroles de saint Paul, comparant les cieux à une (ente déployée audessus de la Terre , ce qui exclut la rotondité du monde. D'autres, moins rig:ides ou moins étrangers à la cosmograpbie, soutenaient, qu'en admettant la rotondité de la Terre , le projet d'aller eliercliei' des régions habitées dans l'hémisphère austral était chimérique , puisque l'autre moitié du monde restait occupée par la mer TKNiiiîREUSE, ce goulTre Ibrmidable et sans limite; et si, par boaheur, un navire lancé dans cette direction parvenait à toucher aux Indes, jamais on n'en pourrait avoir (le nouvelles, parce que celte prétendue rotondité de la Terre formerait un obstacle insurmontable à son retour, quelque favorables qu'on supposât les vents. Quand il répliquait par des motifs tirés de l'expérience et de la nauti(pie, on lui ripostait par l'autorité de Lactance et de saint Augustin condanmanl l'opinion absurde de ceux qui croient aux antipodes; et l'on fortifiait les auteuis ecclésiastiques du témoignage des païens : ou lirait des objections d'Épicurc et du grave Sénèquc.
La discussion était trop étendue et touchait à trop de questions incidentes pour être promptement termi-