‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 29 sur 208 · LIVRE PUEMIEH — CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE PUEMIEH — CHAPITRE IV

née. Après cliaquc exposé de Colomli, il y avait n'nnion secrète de la Junte, afin de vérifier la force des arguments, les autorités alléguées, et préparer des réponses et des objections pour la séance suivante. Ces conférences comprirent un certain espace de Icmps, durant lequel Colomb resta l'hôte du couvent de Saiiit-Elienne. Les Dominicains pourvurent à tous ses besoins, y fournirent généreusement, et le défrayèrent même des dépenses de son voyage. Aujourd'hui encore, leur communauté lire lionucur de celle liospilalilé si dignement exercée envers le Messager de la Providence, alors inconnu.

Colomb, sentant bien qne dans celte Junte, où le nombre des théologiens l'emportait de beaucoup sur celui des marins et des cosmographes, les inductions purement scientifiques ne sufliraieut pas à ses juges, se décida, malgré le danger d'être soupçonné d'hérésie, à discuter enfin les textes mêmes des Écritures et l'opinion des commenlaleurs.

L'ardeur de son apostolat parut alors le transfigurer aux yeux de son auditoire. La majesté de sa personne, l'éclair de son regard, l'illumination de son front, la pénétrante sonorité de sa voix donnaient à l'autorité de celte parole convaincue une persuasion irrésistible pour toute àme élevée. La poésie et la majesté des livres saints électrisaicnt son cœur; l'énergie de son langage s'ennoblissait par la grandeur du sujet; et il tournait contre ses adversaires, en les développant avec magnificence, ces mêmes textes sacrés dans lesquels ils avaient cru lui montrer sa condamnation.

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On a jTaidc le souvenir de sa noble attitude devant la ,hinlo. Plusieurs des assistants se sentirent entraînes. Parmi eux, le premier professeur de théolopjie de Saiul- Elieune, le dominicain I)iei,^o de Deza, prit sa défense et agna à sa cause les premiers maîtres de l'Université. Colomb avait doue [)onr lui la qualité, sinon la quantité des suffrages. Mais les esprits méticuleux scolasliques opiniâtres trouvaient singulièrement ]iri'somplueux à un marin de contester, malgré l'opinion de saint Augustin et de Nicolas de Lyra. Et on répanait même une vague rumeur qui devenait dangereuse dans ce pays où l'Inquisition, établie depuis peu, déployait l'activité de ses nouveaux ressorts. Heureusement le Nonce, M"'' Scandiano, n'ignorait rien de ce qui se passait. L'ancien Nonce du Saint-Siège était là. Son jeune frère, Alessandro Geraldini, pressentant le péril, obtint une audience du Grand Cardinal d'Espagne. Peu de mots suffirent à lui démontrer que l'opinion de Nicolas de Lyra, tout excellent commentateur qu'il lût, et de saint Augustin lui-même, si éminent par la jdiiiosopliie et la sainteté, ne pouvaient faire autorité en matière de cosmographie et navigation, sciences étrangères à leurs travaux. L'opinion du Nonce apostolique, du Grand Cardinal, et de l'ex-Nonce Antonio Geraldini arrêtèrent l'eflet de ces perfides insinuations, dont le Saint-Oftice avait déjà pris ondjiage.

La Cour n'attendit pas la fin des conférences ; elle quitta Salamanque le iHi janvier 1 i87 ])our aller en .Vudalousie.

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Avant le printemps, la Junte se srpara sans avoir rien conclu. A runaniniilé elle condamnait le projet, soit comme chinicri(]ui% soit comme impraticable. Toutefois le procès-verbal de ses opérations ne fut point alors rédigé et remis à la cour. L'entrée en campagne contre Malaga fit pour l'instant perdre de vue le projet de Colomb. Fernando de Talavera ne put s'en occuper. D'un autre côté, il n'y prenait aucun intérêt, ne croyant pas à la possibilité de l'entreprise; d'autre part, oblige d'accompagner la cour en qualité de confesseur de la reine, malgré sa récente promotion à l'évèché d'Avila, il lui eût été bien difficile de suivre cette alTaire, tous les membres de la Junte s'étant dispersés.

Cependant, en dépit de leur stérile issue, les conférences de Salamanque avaient mis en relief l'érudition, la science, les vues gigantesques de Cbristoplie Colomb. Son projet s'était acquis une notoriété immense, et son nom une sorte de popularité. A partii de ce jour, la Cour commença à trailer avec considération cet étranger. Sans rien conclure, sans s'engager avec lui, on était aise de le questionner à moments perdus, de l'entretenir de son plan. Le Roi, tout en refusant de risquer un ducat, caressait comme un songe d'or cette idée de terres inconnues à l'extrémité des Indes, pays des épiées, des pierreries et des diamants.

11 parait qu'à diverses reprises Colomb fut appelé à la Cour.

Des sollicitations inutiles et une attente sans cesse

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déçue occupèrent presque tous ses jours, durant l'année suivante.

Pourtant, il ne dépendait que de lui d'exécuter enfin son plan, et d'obtenir le prix qu'il s'adjugeait pour sa découverte. Le roi Joam II, le seul Portugais qui eût su deviner son génie, avait fait adroitement reprendre ses négociations avec lui. Colomb, dans sa réponse, ayant sans doute, pour nioliver son refus, exprimé la crainte qu'une fois sous la main du monarque, les conseillers ne prissent quelques prétextes pour attenter à sa liberté, le Roi lui envoya un me.'^sage, daté du 20 mars, contenant un sauf-conduit. La suscriplion de la lettre portait ces mots : « A Cbristoplie Colomb, notre ami particulier, à Séville. » Mais Colomb, nonobstant sa gène, son impatience et le cours des ans, resta inébranlable dans son refus.

Les souverains avaient quitté Saragosse au printemps, pour tenter un coup de main sur le territoire des Maures. Dans le courant de l'été, ils appelèrent Colomb à la Cour, ainsi que l'étalilil un mandat de troi< mille maravédis payé par leur ordre le 1G juin li8N. Ils prirent leur quartier d'biver à Vailadolid, qu'ils quittèrent dès le mois de février pour rinduslrieuse ville de Médina del Canipo, où ils voulaient recevoir l'ambassade que leur envoyait le roi Henri VII, désirant contracter avec eux alliance. Au commencement de mai, ils allèrent à Cordoue. En ce moment le projet de Colomb leur parut devoir être eniin sérieusement îxaminé.

Cependant un empêchement survint encore.

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