LIVRE PREMIER — CHAPITRE IV
On avait résolu le siège de Baza. Il fallait, sans perdre un jour de la bonne saison, enlever cette place, l'une des plus fortes que tinssent les Maures. De nouveau le projet de Coloiul) fut laissé en suspens.
Incessamment retrempée dans la foi, la résignation de ce vaillant chrétien s'égalait à la persistance presque fatale des causes qui reculaient sans fin son entreprise. On ne voit pas qu'en cette désespérante situation il ait exprimé une plainte, trahi la moindre impatience.
Le siège de Baza n'était pas une simple combinaison stratégique; il contenait l'avant-dornier mot de la Croisade. De son succès allait dépendre le sort des Maures en Espagne. Colomb prit son épée et se rendit au camp.
Là, dans les rangs subalternes, il se dévoua en silence, et servit avec autant de bravoure que d'humilité la cause de la Croix. II paraît même avoir donné d'excellents avis sur les opérations du siège. Mais son manque de fortune, sa qualité d'étranger et de marin empêchèrent le Conseil du Roi de les mettre à profit. Divers échecs essuyés au commencement de la campagne, et des pluies torrentielles jointes aux maladies que multipliait la pénurie des vivres, dégoûtèrent les priucijxuix guerriers. Le Roi était sollicité de lever le siège de peur d'un désastre. Avant de s'y décider, il consulta la Reine, alors établie à Jaën. Isabelle l'en
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empêcha, promcllant de fournir li's liommes, l'argcnl, les vivres, les nninilions. Elle cnp:aî^ea aussilôl aux villes de Barcelone cl de Valence ses joyaux, sa vaisselle d'or et d'ari^cnl, se fit mnnitionnaire "rnéral ilo l'armée; personne n'en ayant voulu soumissionner la fourniture, tant à cause de l'état des routes que du danser des embuscades maures. Elle enrénimenla six mille pionniers pour réparer les chemins défoncés, construire des ponts, traîner la grosse artillerie; loua quatorze mille mulets, et organisa, sous la protection des escortes, un service régulier de transport, qui ramena l'abondance et l'espoir au milieu des tentes. Afin de stimuler l'ardeur chrétienne, elle envoya au camp deux franciscains venus de la Terre Sainte, chargés d'un message menaçant du Soudan d'Egypte.
Malgré les touchants récits de ces religieux, le siège traînait en longueur. 11 y avait de l'hésitation dans Tallaque, de l'incohérence dans les ordres. On manquait d'ensemble et de vigueur. Isabelle le comprit et arriva au camp. La présence de ce grand général changea la face des choses. Une réforme soudaine s'opéra dans les habitudes des assiégeants. Dès lors, plus de querelles personnelles, de tiraillements, de conflits dans les ordres. On niulliplia les cheminements, on avança les parallèles; la garde des tranchées fut vigilante, l'attaque régulière et continue. Ni nuit ni jour, il ne se passa plus une heure sans que l'artillerie ne battît les murs de la place et ne gènàt les travaux de réparation. Si bien que, découragés par cette activité encore inconnue dans les sièges, les Maures, sentant
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riiiuliliti'' d'une jifiis longue résistance, demandèrenl à caïutuliT.
La riMldition de Baza, on semant reiïroi dans totil rislaiiiisme , condilail d'alléijresse l'Espagne chrétienne. Séville prépara une réception magnifique aux deux Hois, qui firent liiomphalemenl leur entrée dans ses murs. Colond) vil les l'êtes succéder aux fêtes, et des réjouissances, mortelles pour lui, éloigner encore la re]irise des l'onlerences qu'il allenJail depuis plus de deux ans.
\ peine les souverains étaient-ils remis do la fatigue do ces longues réjouissances, qu'une négociation de mariage pour Irur lilli? aînée, l'Infante Isabelle, avec l'infant don Alonzo, liérilier présomptif de la couronne de Portugal, absorba leur attention.
De nouveiîes fêtes précédèrent l'union des deux infants, qui eut lieu en avril I iOI. Des splendeurs nouvelles accompagnèrent et suivirent cette cérémonie. Le cours des plai.sirs et des solennités semblait interminable. Les banquets, les carrousels, les danses costumées, les marches nocturnes à l'éclat des illuminations, étourdissaient la vie et repoussaient l'intempestivc gravité des discussions scientifiques. De quelle patience dut être muni Christophe Colomb 1
Il fut impossible, avant le retour de l'hiver, de reparler du projet discuté à Salamanque. Cependant le rapport que la Junte devait remettre aux Rois n'était point encore rédigé. Colomb, sachant bien quelaReine ne prendrait aucun repos avant que Grenade ne fût
CHRISTOPHE COLOMR
sous la domination de la Croix, no voulait pas attendre les préparatifs d'une guoiTo noiivolle. Il rassembla les cll'orts de ceux qui l'aimaient, et obtint que la Junte statuerait définitivement sur son projet.
L'évèqus d'Avila, Fernando do Talavera, présida de nouveau cotte réunion. Son opinion n'était pas cliancée. Tous les membres de la Junte déclarèrent à l'uiianimilé que ce projei reposait sur une base fausse et imaginaire; son auteur affirmant comme vérité ce qui était impossible.
Malgré ces tristes conclusions, la Reine n'abandonnait pas le projet. Son génie ne condamnaitpoint celui de Colomb. Cependant, comme la guerre qu'elle allait porter à Grenade entraînait des frais énormes. Fernando de Talavera fut cbargé de dire à Colomb que l'épuisement du trésor cmpêcliait la Reine de songer actuellement à son entreprise; mais que, dès la fin de la guerre, on reprendrait l'examen de sa proposition.
Après tant d'années d'attente soumise, de démarches persévérantes, d'espérances déçues, celte réponse aurait atterré tout autre esprit que celui de Colondj. Mais endurci aux privations, aux railleries, aux dédains de la superbe ignorance, il soutint avec fermeté ce nouveau mécompte. Voulant absolument que l'Espagne, dont le zèle religieux et le caractère clievaleresque intéressaient ses plus intimes sympathies, profitât de sa découverte, il en proposa l'entreprise à l'un dos plus grands seigneurs deCastille,leducde Médina- Sidonia, qui avait à lui une flotte, des ports, et même un corps d'armée.