I.IVHF. PUEMTEH
CHAPITIII': IV
lai ions, de ses prières cl de ses instances. Sept ans (l'insuccès ne ralcnlirenl point son zèle et n'affaiblirent pas sa confiance. El comme on le verra bientôt, la protection de ce pauvre moine, relire sur son rocher de la Habilla fut plus ulilc au futur Hévé!ateur du l'ildlii', que ses diverses relations avec les grands du monde, les seigneurs de la Cour, les puissants Ducs (jui possi'daient des ports, des Hottes et des années.
Pour écouler celle proposition dans un pareil moment, cl revenir ainsi, toute seule, àun i)lan condanmé par la Junte savante, il fallait que la Reine lût inclinée bien puissamment à celte entreprise. Au milieu de ses embarras financiers et de son incertitude sur le terme de la campagne, s'occuper encore de ce projet était une marque sijiuificative de l'adhésion qu'y donnait insliuclivemenl son ca'ur.
Nul mieux que le Gardien de la Rabida n'était en étal d'exposer à rintelligente Isabelle la sublimité de Colomb. Ce n'était pas seulement de son projet qu'il pouvait discourir; seul il pouvait révéler la prédestination et les intentions si saintes de l'homme que la Providence lui envoyait, en récompense de sa vie, pour en éterniser 1?. gloire.
Aussi le Franciscain obtint-il plein succès.
La Reine, sans plus se souvenir de la Junte de Salamanque, ne se rappelant que les éloges donnés à Colomb par les deux Géraldiui, le Grand Cardinal d'Espagne, le professeur Diego de Deza, Alonzo de
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archevêque M?'" Talavera, assisté d'un nombreux clergé, vint les recevoir processionnjllement.
Les réjouissances Iriomplialos de la conquête n'étaicn l pas encore terminées, que la Reine donnait audience à Colomb.
Le seul aspect de ce noble étranger de qui la rapprochait, à son insu, une secrète communauté de foi et de génie, la rassura contre les objections de la Junte de Salamanque. Il n'y eut dans cet entretien nul débat sur le projet, parce qu'il ne subsista aucun doute sur sa réalisation. La Reine y donnait son adhésion par instinct, elle sentait en cet homme une compréhension supérieure des choses; il lui offrait une personnalité exceptionnelle. Sa seule présence trahissait sa grandeur intérieure. Elle croyait en Colomb.
Le projet étant donc accepté sans contrôle, sans restriction, tel que l'inspiration l'avait conçu, il ne restait plus qu'à fixer les avantages qu'on attribuerait à son auteur, après la réussite. Une commission, encore présidée par le prudent Fernando de Talavera, fut chargée de régler ce point. Colomb eut à conférer avec elle, et à lui ftiire connaître ses prétentions. Il dut les poser catégoriquement.
Alors cet honuue, à la pensée plus vaste que le Monde, laissa percer la grandein- de ses espérances par le prix (pi'il lixail à leur réalisation. En l'entendant, les cominissaires durent ètie frappés de stupeur. Voici, en effet, les principales conditions posées par
MVltr, PREMIER — CHAPITRE V
Xi,
fêl t'tranger, aux couronnes d'Ai-agon et de Caslille. Il serait :
Vice-Roi ;
Gouverneur général des îles et terre ferme à découvrir ;
Grand Ainiial de la mer Océane;
Ses dignités se transmettraient héréditairement dans sa famille par ilioil d'aînesse.
Il recevrait royalement la dîme de toutes les richesses, perles, diamants, or, argent, parfums, épiées, fruits, et productions quelconques découvertes ou exportées dans les régions soumises à son autorité.
En enlendanl de telles prétentions, les commissaires s'indignèrent de sa hardiesse. L'orgueil de ces courtisans se courrouçaità l'idée qu'un Italien, qu'on avait si souvent tourné en dérision ou pris en pitié, tandis qu'il se morfondait dans les antichambres, sollicitant des audiences, osait aujourd'hui slipuler des titi'es qui le placeraient au-dessus des plus nobles maisons d'Espagne. La conférence fut suspendue.
Veut-on recueillir à l'instant le secret de celle ambition gigantesque? Secret touchant qui lui échappa quelques jours après dans une conversation familière avec les lîois, et qui, dit-il, « les fit sourire » ; le voici dans sa pieuse candeur.
Christophe Colomb tenait comme déjà réalisée sa découverte de terres ignorées, auxquelles il aurait le bonheur d'annoncer le Christ Rédempteur. Il prévoyait des dangers sans nombre, de terribles obstacles, des
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CHKISTOI'IIE COLOMIl
raviuix inri>ss;uils. lui ictuiir tir ics laljciirs, il a^iiiiail à une récompense mai;niliqiie, la seule qu'il crût dis^ne (le SOS œuvres. 11 avait n'^solii, au umvi'ii ilrs trésors i|u'i! ivlireiail di' ses découvei'les, d'aflVanehir le saint Si'|uil(ii- du joiio dos Musulmans. Il voiiiail traiter d'abord de sou raeliat à raniiahli', et s'il n'y |iar\enail, lever à sa solde cimitiante niillc liimniirs d'infanterie elcinq niilli.' clievanx jiour arrarlici' aux jimlanalions de Mahomet le tonibisui de .lésus-llhrist. Il aurait remis aussilùt le "ouveriu;nient de .lérusalem au SainL-Sié"e, se bornant, pour lui, à l'honneur d'èlre le fiirlionnairo de l'Étrlise au seuil dr cette terre uiiraruleuse où fut accomplie notre Rédemption.
Les commissaires de la (lour ne pouvant devinei' l'intime pensée de cet honnne, ne virent dans sa préntion qu'une outrecuidance insolente, aussi ti''m('- I lin' qui' son projet d'aventures sur l'Océan. Prohableluent, ils ne discutèrent même pas une telle vanité, cl s ' bornèrent à en rélërer aux souverains.
Fernando de Talavera. imbu de si's pré'ventions contre le cosinographe génois, rcjirésenla à la Heine i] l'il y aurait un grave inconvi''nient pour Leurs .\llesses à jiasser un traité' au sujet d'une expédition (|ui avait i''l '' ji:l;i''i' cliiiiii''iiqiie ; que l'insuccès les exp:iserait à la moipierie des cours étrangères et diminuerait dans leurs Etats le respect que l'on avait pour leur sagesse si célèbre; qu'en admettant même la i/'iissili', accorder des privilèges si exorbitants à un inconnu, siirloiit un étranger, serait inévitableiiicn! ; iiKiindrir dans l'oiiininn le prestige de la majeslé'