LIVRE PIlKMIEIl
CHAPITIIR V
rovalr. Sons l'iiiiluoncc des obsorvations de son ron- IV'ssour, la Reine liésila.Klle fil. proposera (lulonib des conditions un peu dill'érenles, quoique Irès-avantageuses encore. Sans doute on lui olTril, comme eu Portugal, des revenus, des litres, nu liouveruemenl, dignes de salislaire tout autre cœur que le sien. Mais il n'accepta aucune de c^^-^ conditions, et ne rabattit rien des siennes. Ce qu'il avait dit était dit. Déjà il tenail à sa demande royalement, comme un souverain à sa parole. Dans tous ses entretiens avec les tètes couronnées, alors que trop souvent ses vêtements accusaient sa détresse, il avait naturellement, par son langage élevé, empreint d'une dignité familière, liaité les princes d'égal à égal ; maintenantqu'arrivaitl'iii'nre d'accomplir sa mission, il agissait comme il avait parlé.
Il se relira fièrement.
Ni sa iiauvreli'', ni les six ans passé's à la i^onr d'Ksjiagne en infructueuses démardies, ni le cours du temps qui menaçait de livrer à la mort son ^»rojel, ne purent l'ébranler. Plus de dix-buit ans s'étaient consumés pour lui en tentatives diverses, et pourtant il préférait recommencer de nouveau ces difficu!lueuses négociations auprès d'un autre Klal, plutôt que de dérogiîr à ce qu'il pensait être de la dignité de ses droits.
Cependant, en dehors de la commission, l'énormité (le -ses prétentions préoccu[)ait les conseillers de la Couronne. Le Iloi montrait déjà de réloignemenl pour ce projel. L'iniluence que rarclievèque di' Cienade
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o\(MT;ut sur la lîi'iiic avili I paralysi' la voloiili'' d'isa- Ijcllc. 11 lui sembla ([u'effeclivemenl la quasi-royaulé ikuiiandri' par Colomb serait un prix tro]» onéreux, quelles que fussent les (iécouverles.
La conférenee élail déjà rompue ; la négociation l'ut abandonnée. N'obtenaiil jxiint et ne cédant pas, inilexible dans sa résolution de ne rien diminuer de ses droits, Colomb jeta les yeux vers la France, dont le Roi venait de lui répondre. On était à la (in de janvier ; il ne voulut pas penln^ un joui' de plus en ]iourpaili'rs inutiles avec les Espagnols, sa détermination (Haut immuable. Il lit tristement ses adieux à .ses rares amis, et eni'ourcbanl sou mulet, le poussa sur la route de Cordoue, où le réclamaient quelques dispositions de famille avant que d'abandonner pour jamais peiil-èlie la Caslille, mainlenant devenue a son co?ui' comme une seconde pairie.
Autour d'Isabelle, cet astre des destins nouveaux de l'Espagne, gravitaient quelques esprits d'élile (jui reflétaient les clartés de son inspiration. Amoureux de la vérité, observateurs de la justice, souliailant la gloire de Dieu, passionnés pour la grandeur de leur souveraine el de la nation espagnole, le départ de Colomb leur |)arul une perle immense, irréparable, qui préparait peut-être une honte et un regret éternel à leur pays. L'un de ces hommes, Luiz de Santangel, -eceveur des droits ecclésiastiques dans l'Aragon,