LIVRE PREMIER — CHAPITRE V
son ("poux, à ijiii l'ili' se Taisait un devoir de roniplaiiv en louh" ciioso, el dont ollo pivnail Ir» désir pour loi ; nonobstant la drl'avonr dos a|)i)arcnces, ro|)posilion de tout ce qui renloiiiail, Isabelle venait d'engager sa parole en laviin- de cet étranger.
Kn bien examinant celte confiance non moins subite qii'ini'-branlable de la Reine, on y remarque quelque chose de sublime et de mystérieux, comme rentrepiise dont elle allait devenir l'âme et la protectrice.
Le Pèii' .Iiiaii PiM'ez, ((ui, surmonfanl son effroi des grandeurs, des bruits de la Cour, était cependant resté exposé au retentissement des plaisirs et aux réjouissances de la conquête, se tenant à portée de la Heine, pour défendre sa gloire et celle de l'Église, en soutenant son ami, maintenant rassuré sur l'issue de l'affaire, se hâta de regagner sa paisible cellule.
A son arrivée, Colomb fut reçu par la Cour avec des honneurs extraordinaires. La Reine l'accueillit par de telles marques de .satisfaction et de bienveillance, qu'il put oublier à l'instant les souffrances passées. Ce moment trace le premier linéament de la mission de Colomb. Désormais la Reine est seule l'àme et le moyen de l'entreprise. Le cauteleux et défiant roi d'Aragon n-ste étranger à l'expédition. Il donne son nom et s:i signature aux actes de la Reine, suivant les conventions établies entre eux. Mais il fut bien entendu que l'entreprise était faite exclusivement par la reine de
Oa-slillr, à .'^L's piojjics risquas el péiils. Aussi de son vivant, les Ciistilians seuls eurent le droit de s'établir (lims les pays ([ue l'on di'couvi'ail.
Ce qu'avait demandé Coloiuh lui fui accordé, sans eu letianclier un iota.
Cependant les formalités nécessaires au passement lies écritures entre TAragon el la Castillc, pour le prêt fait à cette couronne, et les incessantes occupations qu'entraînait la nouvelle organisation de l'ancien royaume de Grenade, ne permirent aux Rois de signer que le 17 avril i'tdH, dans la ville de Santa-Fé, les articles du traité dressé, sous le nom de Capitulation, par le secrétaire du cabinet. Juan de Coloma.
Le 30 avril, on expédia le tilre des privilèges de Colomb. Ces lettres patentes portaient qu'il serait grand amiral de l'Océan, avec les mêmes prérogatives dont jouissait l'amiral de Caslille, vice-roi, gouverneur général de toutes les îles et terre ferme qu'il découvriiait ; que ses dignités seraient Iransmissibles à ])erpétLiité dans sa famille.
Le ,S mai, à ces l'écompenscs éventuelles, la Reine ajouta une faveur jili'iiii' d'exquise bonté, en nommant le petit Diego, fils aine de, Colomb, ])age du Prince royal, avec une pension annuelle de neuf mille quatre cents niaravédis. Cet lioniieiir si envié n'était réservé qu'aux l'iifanls di's plus illuslres maisons du royauMK.'.
Pour rarmemcnt de l'expédition, des motifs d'écoiiomi ■ lin>nl choisir le modeste port de Palos. Comme
LiVltE PRlîMIEIl — ClIAPITKl-: V
SOS lialtilniits étaient astirinls, en commutation d'amende, à fournir siTatnitenient à la couronne, pcnd.uil un an, deux earavelles armi'es et [lourvues de leuis éciiiipages, il leur lut l'njdiul «l'avoir à les mettre, dans li'di'lai de dix jouis, aux (iidies de Christophe Colomb. — Kxemplion de tous droits de fise, de gabelle, était accordée aux manliandises et provisions destinées à cet armemenl. — Ordre l'ut transmis de surseoir à toute action en justice et à tous jugements contre ceux qui feraient partie de l'entreprise.
Le 1:2 mai, Colomb, avant eu son audience de con^é, partit promplement pour Cordoue, où l'appelaient rpielques arrangements relatifs à l'éducation de ses enfants. Ce fut probablement alors qu'un neveu germain de sa femme, « honnête gentilhomme de Cordoue », Diego de .Vrana, se détermina à tenter avec lui cet effrayant voyage, à travers la mer ténéhreuse.
l'eu de jours après, Colomb arrivait à Palos.
Le Pcre Juan de Marchena, qui avait ouvert son asile à l'étranger pauvre et inconnu, reçut dans ses bras l'ami comblé d'honneurs et rempli d'espérance, revenant savourer avec lui les premières joies d'un bonheur doni il lui «levait la meilleure part. Colomb devint encore l'hôte de la communauté de Saint- François. Et, comme on le verra, l'assistance du Père Gardien ne lui fut ]»as alors moins utile qu'aux premiers jours de son ariiv('T A la Rabida.
CHUISTOI'IIE l