‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 38 sur 208 · LIVRE PREMIER — CIIAPlTItE V · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER — CIIAPlTItE V

i|iràci'l|i' i''|)(i(|ni', l'iix-inriiii's |iail;iL;i'airiil la crnvani'r viili^aiii'. l'n''cis(;inpiil ccllo aiini'c-lM. dans la prélaco il'im livn^ iM'oIiilu'', le jiiiiscoiisnlli' l'Vinanilo de Rojas |)arlait scnini.SL'inoiU df. l'oiseau lUnk. l'iiis d'un sirrlc après la découverlc de l'Ainériqui", le dur d'Aiiim, \iro-i(]i (lu JFi'xiqno, croyait que dans la partie ini(Uiniio de la Nouvcllc-Kspagiiê vivairnl des aigles à drux lèics.

On s'expliquera aisément ces croyances et cette épouvante , si l'on se ra]ipelli' ([u'alors il n'i'xislait pas une seule mappemonde qui n'indiquât, par l'image de monstres de plus en plus alTreux, les degrés voisins de la ligne éijuinoxiale. Comment le peuple, les matelots auraienl-ils échappé à Teneur commune? Aller dans la MEii ïksécreuse, c'était alTronter l'emljraseinent par les feux du soleil, s'engoidTrer dans l'oliscurité du chaos, s'exposer à être détruit dans les airs ou enseveli sous l'abîme éternel du noir Océan. Kl les intrépides ]iilolcs (pii avaient l'i-i'iiucnli' Lisljoiuu' ou navigué aux Canaries cl aux Açores, tout en rabattant beaucoup de ces frayeurs, n'en étaient pas moins convaincus de rim[)OSsil)ilité de jamais Ijaverser la MER TÉNÉDREUSE, l'épouvantable Bahr-al-Talmet des Arabes.

Cejiendant le temps s'écoulait. Malgré l'ordre royal, et leur protestation d'obéissance, les autorités de Palos n'avaient encore fourni aucune caravelle. Le mouillage é'tait compliMiMiicnt dé'Si'rt. Tous les jU'opriiMain's de navires les allaient cacher dans les criques éloignées ou les emmenaient dans d'autres iiorts, pour les soustraire à la ré(|uisilion.

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\j(' :2()jiiiii, lu Pii'ine, inform(''o dr col obslarle, cxpi:- (liaà Palosle ganle ilii rin'iis .liiaii île Penasola, homme énergique, avec poiivuir iJi; IVapper d'une amende de deux cents mai'avi''dis, par eliaqiic jour de relard, ceux qui se reluseraienl à l'exéculion de ses ordres. Il élail autorisé à l'aire saisir sur la côte d'Andalousie tout bâtiment et loul maiiii (pii parailraienl proj)res à ce nouveau service.

Ce fut une grande désolation pour les propriétaires de navires et les hommes de mer. On contestait, on se (léhallait; auxsiipjilicalions s'ajoutaient des promesses ; mais rarnieuient n'en allait pas plus vite. Cependant .luan de Penasola lit saisir de vive l'orce une caravelle, bonne voilière, nommée la Pinla, qui appartenait par moitié à deux habitants de Paies : Gomez Rascon et Cristoval Quintero. Ces gens-là se regardaient comme perdus, eux et ce bâtiment, toute leur fortune. Il maudissait la venue du Génois hâbleur et intrigant, qui avait surpris à la sagesse des Rois l'ordre de cette navigation désastreuse.

Les callats, les charpentiers se disaient malades ou se cacliai(Mit, jjour ne pas être forcés de travailler à la réparation de la caravelle. On ne trouvait ni bois, ni étoupes, ni goudron, ni câbles. La rigueur de la mission donnée à Juan de Penasola ne réussissait pas mieux que les raisonnements de Colomb. Il fallait trois navires ; on n'en tenait encore qu'un seul. Déjà une sombre exaspération agitait les esprits.

Dans cette situation critique, li' zèle du Pèic Juan

LIVllE PREMIER — CHAPITRE V

PiTc/ viiil au si'i'oiiis lii^ son ami cl de la popiilalimi

l.r Franciscain esl naliiivllcincnl .sympatliiiiiic au jUMiplo, à cause de la |iaii\reté de sa vie el de riiuiniiité de son coslunie. Il en est aimé, parce que visiblemeiil il l'aime. Sa modesh; laiiiiliarité l'allire comme son dévouenienl l'atlaclie. Le Gardien de la Uabida jouissait, en outre, d'une considération personnelle parmi les gens de mer. Il se mêlait aux matelots, plaisantait sur leur terreur, rassurait leurs familles, et allait l'aire de l'enrôlement i)ar ses paroles, ses démonstrations jusque dans les ports voisins. Le zélé Franciscain attendait de celte expédition l'extension du royaume de Jésus-Christ, une grande gloire pour l'Égiise, (pii, la première, avait encouragé celte découverte, et un bienfait pour toute la civilisation. Il sentait, comme l'avait dit si justement la Reine, que Colomb allait dans « ces espaces de l'Océan accomplir des choses trèsimportantes au service de Dieu ». Hien qu'en défendant son hôte, il soutint un peu, à son insu, ses propres idées ; calholiqiiemeut il prenait une part active à son œuvre, s'honorait de coopérer à son apostolat, de servir ainsi à réaliser le souhait du bienheureux fondateur de l'Ordre Sérapliique dont l'ardeur aurait voulu prêcher Jésus-Christ, sa croix et sa pauvreté dans tout l'univers. Aussi le Père Juan Ferez travaillait-il de cœur el d'âme à convertir les poltrons, à décider les irrésolus. Il préparait le recrutement des équipages pai- ses persuasions el l'autorité de sa science.

Il allait tantôt seul, tantôt accompagné de son ami.

CllllISTdPHE GOLUMIi

iii:iis parldul uù l'iiii \iiyait (loloiiih, on ('lailsùr (l'a|)iM'rrvdii- aussi le Gaiilii'ii delà lîahida. Il se miillipliail d'iiiii' laroii |)rodiiiieuse. L'adivili!' de son ardi'ur til sensation dans la contrée. Plus de vint;! ans ai)rès, les lénioins de son zèle en gardaient le souvenir. El alors même (|ue le nom dn Père Jnan Percz de Mareliena avait dis|iaru de finel(|ues niTMiioires, la rolie du l''ianci.seain y laissait eiirore son empreinte. On ne pouvait parler du di'parl de Coioud) sans se rappeler (pi'un Franciscain raccomj)agnait, Tassislail et le délendait partout.

Cependant, malgré l'assistance du Père Juan Perez, souvent !a fi-ayeur, la routine, un conte saugrenu défaisaient, dans une seule veillée, le résultat de sa prédication nautique durant plusieurs jours. On a la prcuvi' (|u';'i ri'ltc (''poque, siu' la côte d'Andalousie, il l'iail uiiiipii'iiii'iil lirnit de celte expédition. Tous les marins tenaient pour chimérique l'idée d'une découvciie de terres dans la mkrtknkdreusk ; c'est pourquoi ■iiicim pildlc ni' viiulail s'ciiiliai'ipnM'.

Le Gardien de la [ïai)ida prit un pai'li décisif.

II y avait alors à Palos une famille riche et considérée, don! la maison, qui suhsislail naguère, paraissait avoii' été la plus belle de celte petite cité. Elle appailiMiail aux ti'ois frères Pin/on, tous trois hommes de mer éprouvés. Juan Perez de Mareliena iitconnaitre à Coloml) l'aîné des trois irèn's, Martin .\lonzo Pinzon.

LIVItE PIIEMIER — CIIAPITIIE V

C'i'iail un homme de ihéoric el de pratique, cxpériiiienlé aux cliosos do la iiiaiine.

L'idée d'un vovaiie à Iravors la mer Ti';Ni':unF:usE, qui leiriliait tous les marins de l'Andalousie, n'effraya pas ainsi Martin Alonzo Pinzon. Il était depuis peu arrivé de Rome, où déjà plusieurs fois l'avait appelé son commerce. Il en rapportait dans ce dernier voyage quel([ues idées qui l'avaient préparé natiu-ellement aux grandes vues de Colomb.

Martin Alonzo Pinzon connaissait particulièrement un des bibliothécaires du pape Innocent VIII, qu'on disait fort versé en géographie. Ce savant lui avait montré une carte mappemonde, sur laquelle se trouvait indiquée dans la mer océane une terre sans nom, vers l'occident. Ainsi que le Gardien de la Rabida avait eu le prossenliiui-nt des terres inconnues, lecosmographe de la bibliothèque papale s'était peut-être élevé aux mêmes aperceptions. D'ailleurs, à Rome, l'idée de Colomb ne pouvait être ignorée. Nous savons qu'à l'époque de sa correspondance avecToscanelli, celui-ci liV'quentait la cour pontificale. Ce fut de cette capitale lia monde chrétien, que le savant Florentin écriv!l sa seconde lettre au navigateur génois. II n'est pas croyable que Toscanelli, résidant à Rome, pour étendre ses connaissances cosmographiques, en inti'rrogeanf les voyageurs qui y arrivaient des pays lointains, eût tenu secret ce hardi projet de découvrir l'extrême Asie par la roule de l'occident.

Ce projet, qui devait enfanter de si grands résultais pour l'Eglise, ne pouvait être indilTérent au successeur du Prince des Apôtres. Depuis plusieurs années le

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Sainl-Siégc était informé des idées de Colomb. Co dessin intéressait d'autant plus le Saint-Père, qu'il avait été inspiré à l'un de ses compatriotes. Inévitablement, il en avait été qucslion à diverses époques, soit ))ar l'ex-légat Antonio Geraldini, soit par l'ambassadeur espagnol Slrada, soit par la correspondance du comte de Tendilla, l'ancien envoyé de Castille ; et surtout par le Nonce apostolique, Mgr Baribélemy Scandiano. Les rapports ulléi'ieurs de Ciu'istoplje Colomb avec le Saint-Siège montrent qu'il avait d'abord dfi communiquer sa résolution au chef de l'Église, et appeler sa bénédiction sur le but de ses travaux. Une tradition constante à Rome l'établit. Rome, encore de nos jours, le rappelle. La famille du pape Innocent YIII savait l'intérêt que prenait l'illustre Pontife au projet de Colomb ; c'est pourquoi elle fit inscrire sur son tombeau sa participation intime à la Découverte, qu'il n'eut pas la joie de connaître ici-bas.

Nous sommes fondés à n'émettre aucun doute sur cette carte, portant la désignation d'une terre à découvrir. Une telle indication pouvait exister par l'effet de cette mystérieuse initiative des grandes choses qui est le propre de l'Eglise romaine, ou comme conséquence et témoignage de la commimicalion précédente des idées de Colomb, directement soumise par lui-mènic au Souverain Pontife.

Quoi qu'il en soit, dès qne Martin Alonzo Pinzon revenant de Rome, et Chrisloi)lie Colomb qui y avait des relations, se furent mis en rapport, cultes s'anlanirent.

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