LIVRE PUEMlEll — CHAPITIIE V
romlail stôrilcson éloqncnrc; qu'on ne croyait point en lui; qu'il ne pouvait romposer à son irré son rlatmajorot la niaislrancf ; fornifr lui-niônio le rôlo de ses «'■(luipayvs; qu'il lui l'allait [Ji-endrc (i'(iu(! la contrainte et les étroites ressources du polit port de Palos mettraieul à sa porteîe , il acceptait avec une complète alinégalion de sa personne ce que la Providence avait décidé. Il était dans ses principes de ne pas tenter Dieu ; de ne point forcer les circonstances, mais de les subir avec résignation, tout en déployant avec opiniâtreté ce qui se trouvait dans le possible de l'action humaine. Il sentait comme une assurance invisible en son cœur, ne s'elTrayait aucunement des difli(^ullés, ne se préoccupait plus du dehors, et restait dans ce cher cloître, berceau de sa destinée, où il avait rencontré un ami incomparable, le plus intime et le plus aimant qu'il ait eu sur la terre.
Certain désormais que sa mission devait s'accomplir, il n'abandonnait pas son travail intérieur, et se bornait à jeter de temps à autre son regard exercé sur les détails de l'armement , que les Pinzon surveillaient d'autant plus assidûment qu'ils étaient fort intéressés au succès de l'expédition; les trois frères, et particulièrement le plus jeune, Vincent Yanez Pinzon ayant, sur les instances du Père Juan Perez, avancé à Colomb le huitième de la dépense totale qu'il devait fournir.
Pendant une de ses subites apparitions au milieu des ouvriers, Colondi surprit un exi)édient imaginé parGomez Rascon et Cristoval Quintero pour échapper à cette navigation qui les effrayait. Ils avaient disposé de telle façon le gouvernail de \aPinla, que les pièces,
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en apparence parfaitement emboîtées, seraient désassemblées ou démontées à la première houle. Il voulut les contraindre à recommencer leur travail; mais les charpentiers et les cal(;Us se cachèrent.
Ce fut alors que l'infatigable Franciscain rendit au monde de nouveaux services, en ramenant les ouvriers à la besogne, et les excitant par ses salutaires exhortations. Grâce à lui, plutôt qu'aux trois Pinzon et au garde du corps Juan de Penasola, resté en permanence sur le port pour hâter le départ, vers la fin de juillet les trois navinîs de l'expédition furent en état de prendre la mer.
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Jusqu'à ce jour aucun historien n'a détaillé les apprêts de ce voyage et précisé la nature de ses moyens d'exécution. On s'est borné à des conjectures peu mesurée>. On a pensé rendre cette expédition plus intéressante, en prétendant qu'elle fut accomplie sur « trois grandes barques, » dont une seule était pontée. La plupart des écrivains nous montrent Colomb, pressé de partir, se hasardant sur des embarcations que Roborlson compare aux « plus grandes chaloupes; » que Washington Irving nomme » des barques légères, ;> que M. de Lamartine appelle « les trois barques; » et que M. .4chille Jubinal désigne du nom de « barques côlières; » chélifs navires qu'eût fait sombrer la première tempête. Croire à une telle imprudence est bien peu connaître la sagesse de l'homme que Dieu suscita pour une pareille œuvre.
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LlVUli PKEMIEH — CllAI'lTltK V
Colonil) (iiii iii^ livrait rii'ii nn liasard, assurémcnl, n'aurait jamais commis cctlc téinérilé. Une se fût même ])oiiit mis en mer, s'il n'avait ohlenii seulement que lieux navires. Il en demandait au moins trois; et l'événement vint justifier ses prévisions, en prouvant que s'il n'eut eu avec lui que deux navires, jamais l'Europe n'aurait connu sa Découverte. Comment se serait-il confie à rOcéan avec « trois barques, » ainsi qu'on s'est plu à le répéter en croyant rehausser par cette témérité la valeur de son entreprise? Les dangers qu'il allait alTronter étaient bien assez terribles, sans y ajouter les torts de l'iniprévoyancc.
Il nous semble intéressant de restituer scrupuleusement à l'histoire, après une lacune de trois cent quatre-vingt-cinq ans, quelques détails précis sur les dispositions matérielles de cette expédition, la plus importante de l'humanité.
Ce qu'avait expressément demandé Colomb, c'était trois « caravelles. » En etïet , pour s'approcher des côtes, de plus grands navires eussent été un péril et un embarras.
Des savants ont longuement disserté sur l'étymologie, grt cque suivant les uns, arabe suivant les autres, italienne d'après ceux-ci, du mot caravelle; et soutenu le peu de contenance de ces navires. Nous ne craignons pas d'émettre une opinion absolument contraire à celle qu'on a si généralement adoptée relativement au chélil' gabarit des caravelles. Les faits ont une logique
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jiliis coucluanlc que les élymologios el les dcliuilions é nid lies.
Nous (lisons donc que les earavelles n'étaient i)as aussi petites qu'on le su[)j)osc. Evidemment leur destination impliquait des dimensions proportionnées à leur emploi. Or, elles remplissaient à la fois l'ofliei' de nos bricks et de nos gabarres; servaient à transporter des troupes, des vivres, de l'artillerie, et à combattre dans la liaute mer. Des caravelles furent les seuls navires envoyés par l'infant don Ilenrique, en découverte, dans l'Océan ou sur les côtes do l'Afrique occidentale. Lorsque le roi Joamll descendit à tenter, au juéjuilicc de Colomb, son expédition clandestine, il Ot partir une seule caravelle, sous le prétexte d'aller ravitailler la colonie du Cap-Vert. Et dans ce moment même, en apprenant les préparatifs de la Castille, le Portugal, projetant d'empèclier par la violence l'enlreprisc de Colomb, envoyait contre lui seulement troiscaravclles.
Donc les caravelles n'étaient pas d'un si faible tonnage.
Celles qu'on avait armées à Paies pour ce voyage suffisaient rigoureusement à leur objet. Une circonslance de celte navigation même l'établit positivement. Le plus petit des trois navires, la caravelle dont le nom indiquait l'exiguïté, laiV//;«, en français : « la petite, » pourvue seulement de voiles latines, connue les bateaux pccbcurs de Marseille, se trouva dans le cours de celle campagne, par suite d'un accident de mer, porter cinquante-six personnes avec leur équipement, des échantillons nombreux d'objets inconnus à l'Europe, une surcharge d'ai'tillerie, une j)artie des
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^Vrtfflj agrès de I;i Sauta-Maria , sans que ce poids fît baisser siMisibii'iiierit sa lionne de, ilultaison. D'après le témoi- 'j:iwj;o de Colomb, elle pouvait porter au moins « cent lioMinios de plus. »
ï^ans èlre toujours poiitèi>s de la poupe à la proue, les caravelles portaient à l'avant et à l'arrière, qui étaient fort élevés, un solide cliàteau en bois, dispose poui- l'atlaquc et pour la défense. A cause de leur i^rande élévation au-dessus de l'eau, on les classait parmi les l>àtimenls de baut bord. Les moyennes caravelles étaient munies de six ancreset de quatre mâts. Le liremier, près de la proue, portait une voile carrée surmontée d'un trinquet de gabie; et les trois autres simplement des voiles latines. Dans les grandes caravelles, le gréement du mât du milieu et du mât de proue était fait pour des voiles carrées. Et au moyen des deux autres mâts à voilure latine, on obtenait des évolutions sous toutes les allures. Par un bon temps, les cai'avelles pouvaient fournir une marche de deux lieues et demie à l'beure.
LfiSauta-Maria qui était pontée, c'est-à-dire pourvue d'un tiliar de la pou[)e à la proue, avait donc deux mâts à voilure cariée, et deux mais à voiles latines. Le grand mât portait au-dessus de la voile carrée deux bonnettes aiguilletées. Nous savons qu'on employa dans le cours de la navigation l'artimon, la civadière, y/ la misaine, le tréou, ce qui impliquait des buniers, des gables, des baubans, un système de cordages et de poulies assez compliqué. La dimension de la Santa- M(u .« peut nous être connue fort ajiproximativement.
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Nous savons que sa grande chaloupe avait une longueur de trente ])ieds (environ dix mètres). Or, d'après les proportions alors établies dans la construction navale, le rapport de la chaloupe à la caravelhî donnerait pour celle-ci une longueur de quatre-vingl-dix pieds de quille, et une largeur de vingt-six pieds sur le pont, ce qui est à peu près la dimension des bricks de guerre de douze à vingt canons. La Scoita-Maria avait à l'arrière, sur la dunette, un double-iiont; à l'avant, un petit château. Le premier pont et le château ciaienl percés de sabords pour les bouches à l'eu. Dans le premier pont à l'arrière étaient amarrées des pièces de gros calibre nommées bondiardes ; et dans le pont supérieur, des canons de laiton, tandis qu'à l'avant se IrouvaiiMit des pierricrs et des espingardes. Huit ancres étaient attachées à la proue et aux lianes de la lourde caravelle.
Loin de jug"r trop petite la Santa-Maria, Colomb la trouvait beaucoup trop grande. Mais comme dans ses terreurs la connuuni.' de i'alos n'avait voulu fournir aucune autre caravi'Ile , Ibrce fut de s'en contentei', pour éviter d'interminables délais. Ce navire de belle apparence et très-solide, quoique déjà ancien, était pesant, médiocre marcheur, et peu proi)re à une expédition de découvertes.
La seconde caravelle, la Pinla, à voilure carrée et la troisième, la Niria, à voilure latine, avaient un pont à l'arrière et un pont à l'avant; mais l'espace compris entre l'avant et l'arrière n'était point couvert d'un tillac. On avait simplement relevé les bordages d'une