‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 50 sur 208 · LIVRE PIIKMIER — CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE PIIKMIER — CHAPITRE VI

par la miséricorde divine. Légat de la r'rovidonce et député (le l'Apostolat vers les nations inconnues, il puisail en Haut les secrets de sa force. Le protestantisme ne pi'ul le niei' : « Coloml) se r(^^ardait comme placé sous la ijardc immédiate de la Providence dans son entreprise solenni'ile. » Vainement l'immensité entr'ouvrait-elle devant sa proue l'espace illimité; loin de le glacer d'épouvante, cet infini dans lequel il s'engoufl'rait n'était à son esprit qu'un sujet d'inveslit^ations grandioses.

.Ayant instinctivement conscience de la sublimité do sa mission, sachant que «ce voyage entrepris au nom de la Très-Sainte Trinité » tournerait à sa gloire et à J'honneur de la religion chrétienne, il ne craignait aucun péril, et tenait pour un rien ses fatigues, ainsi qu'il l'écrivait plus tard au chef suprême de l'Eglise, je Vicaire de Jésus-Christ. Toutefois, malgré .sa conliance, loin de se reposer tranquillement sur les faveurs (le « Sa Haute Majesté », et de s'endormir dans une douce quiétude, sa prudence restait jour et nuit en éveil. Comme il répondait à Dieu et à la Reine des existences qu'ils lui avaient confiées, il ne se déchargeait sur per.'jonne du soin de la surveillance. A l'exception (ks heures pendant lesquelles il .s'enfermait régulièrement, pour fair(! l'oraison ou réciter l'ollice (les religieux franciscains, suivant .son habitude prise à la Rabida, il passait ses jours et ses nuits sur la dunette du ("hàleaii de poupe, surveillant la barre, observant la mer, l'air, les astres, moulant parfois dans les hunes afin de voir plus loin, et de mieux juger les régions que sillonnaient les navires.

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Isolé par son soùt, rétiqnclle et le respect, il se livrait à cette conlcmplalion passionnée des œuvres du Créateur, qui fut rlicz lui, dès l'adolcsponn^ la première jouissance de l'esprit, ainsi qu'elle devint dans sa vieillesse la plus suave consolation de son ànie.

Mieux que tout aulre au uiomie il savait comprendi-e les indications des Linuids phénomènes et les muols avertisscmenis de la Nature. On sr< trouvait dans celle latitude, inconnue avant lui, où li'S influences de l'air et des eaux, complètement nouvelles, déconcertaient In théorie et les instruments de la science nautique. C'est la partie de F.Mlanlique où se modilienl ramerlume, la salure, la densité de la mer; où la constance de la température égale seule son aménité; et où les gracieux rafraîchissements de la brise prennenl une assiduilé aussi commode à la fatigue de l'homme qu'utile à sa sérénité d'esprit. Colomb remarquait « un changement extraordinaire dans le mouvement des corps célestes, dans la température de l'air cl dans l'i'lal de la mer. »

Interrogeant sans cesse la face inconnue de la uouveJle nature qu'il découvrait, son génie tâchait de tirer des phénomènes extérieurs quelque révélation sur le caractère des parages qu'il venait de soumettre. Ses yeux sondaient l'horizon. Sa subtilité d'odorat questionnait les moindres effluves des senteurs salines qu'apportaient les vents. A tout instant, il goûtait l'eau puisée à des hauteurs divei'ses, pour juger de sa température. Sa sonde jaugeait la profondeur de l'abîme. Il expérimentait la direction et la force des courants pélagiques, recueillait avidement lesherbes, les plantes passant près de son bord; car tout pouvait à sa péné-

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