‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 51 sur 208 · LIVRE PHEMIKU — CHAPlTItE VI · texte numérisé non relu

LIVRE PHEMIKU — CHAPlTItE VI

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Iratioii (lincninin iiidiro. Vn polit lioinard, omharrassô ilaii-s les goi"'iiions, l'iil pris; (loloiuh le f<arila précioiisiMiient, parco qtio jamais jiaivil rnislai'é n'avait ôtô vu à ([ualrc-viii^ts licin's {\>'< cùti's. I/eaii de la mcv (''lait sensibleinont moins salée rpraux îlos Canaiios. Des thons se montrai(Mit en .thondance, et ré(|uipaM de la ^ifia n'ussil à (M1 liafponncr un. ils paraissaient, ainsi rpii^ les herbes, venii' de l'oui'sl. Dans sa conlianee, (loloinb disait sur son journal, en pi-nsanl à son divin Maître : « J'espère que ee Dieu puissant, entre les mains de qui sont tontes les victoires, nous fera bientôt trouver une tene. »

Le 18 septembre, l'air rtail comme au printemps à Séville. La brise régulière poussait joyeusement les navires, qui cheiTliaienl à se devancer l'un l'autre, afin d'apercevoir la terre, et gagner la rente annuelle de dix mille niaravédis, promise par la Reine à celui qui le premier l'aurait signalée. Martin Alonzo Pinzon, dont le bâtiment était le meilleur voilier, prit les devants, parce qu'il avait vu (juaiitité d'oiseaux voler au couchant. Il assura au commandant qu'en gouvernant au nord, il allait trouver la terre à quinze lieues. Cependant , malgré l'insistance de tout son monde , Colomb ne consentit pas à se détourner. Cette fermeté parut une orgueilleuse obstination aux marins, déjà inquiets de la longueur de la roule. Leur frayeur embrassait avec transport l'espoir d'une terre voisin':» annoncée parle scnor Martin .\Ionzo, capitaine expérimenté, et de plus leur compatriote. Ce refus occasi(uina un sourd mécontentement et une secrète irritation dans les trois navires.

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Le 19 septembre il s'éleva des brumes sans venl, ce qui était pour Colomb un signe certain de la proximité de la terre. I! était convaincu du voisinnp:c des îles, luais il ne voulut point louvoyer pour les clierfher, son but étant d'arrivei' tout dioit au\ Indes. Il écrivit sur son journal : « Le temps est bon, et s'il l)laît à Dieu tout se verra au retour. »

Le jour suivant le calme s'alterna avec des brises légères el molles. Un vent doux prit le dessus; el il poussait la llotlille vers le sud-ouest avec cette constante rétrularité dont la durée conmiençait à inquiéter les équipages. On vit beaucoup d'iierbes. Trois alca- Iraz vinrent au navire amiral. On prit à la main un oiseau de rivage.

Le vendredi, dès le point du jour, des signes favorables apparurent vers l'ouest. l'n alcaîraz pas.sa près lies navires. Une baleine vint s'ébattre à la surface des Ilots. Les algues, les goémons frutescents ou raisins (lu liopique s'étalaient avec une telle abondance que la mer en semblait figée. Le taille-mer éprouvait, en les bii-sanl, les résistances de cette épaisseur. On était arrivé a ces parages depuis lors désignés sous le nom !■ « Mer d'iierbes », dont l'étendue occupe une su]mimie sept fois égale à celle de la lYancc.

L'aspect de cette verdure, qui d'abord récréait les

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yeux et souriait aux espérances des inalelots, car elle paraissait iiuliqucr l'approche des terres, maintenant par son immensité leur devenait une sérieuse alarme. Ils se croyaient |iarvenus à ces éternels marécages de l'Océan qu'on disait servir de borne au Monde, et de tombeau à la curiosité qui les affrontait. Ces l'amilles de plantes assemblées en nombre si inlini oll'raienl l'aspecl d'un marais incommensurable que le Créateur aurait étendu aux limites de l'Océan, afm d'en interdire l'accès à la témérité des humains. Celle immense et monotone végétation, qui des profondeurs des eaux paraissait s'élever comme une menace et peut-être un avertissement du ciel, faisait pâlir les plus intrépides. Il semblait que ces parages inqualifiables eussent été marqués pour dernier terme à la navigation; que, ces herbes salées s'épaississant de plus en plus, une fois les caravelles complètement engagées dans les inllexions de leurs mobiles forêts, le retour serait impossible. Et s'il n'advenait pas qu'on servit de proie aux monstres embusqués sous cette verdure, du moins était-il assuré que, pendant la lutte de la proue contre les vagues herbues, les provisions s'épuiseraient peu à peu, et que la famine avec ses horreurs et l'atrocité de ses conseils serait l'expiation d'une audace maudite. L'espi'it des matelots se trouvait involontairement traversé (rallVeuses images, suite des récils que faisaient les marins dans leurs veillées d'hiver, tantôt sur les contrées inhabitables du monde au midi, ou sui' le géant sous-marin du nord, le Craken, cet épouvantable polype, qui d'un bras se craiiqionnait à la mer Blanche, tandis que de l'autre il fouillait l'océan Germanique;

CmiISTOPHE COLOMB

Innlôl sur les friandes sirènes, les moines de mer, les cruels ôvèques à tète iiiitrée et les monstres anonymes, grands et petits, qui entraînent les navires dans les tourbillons. Parmi les officiers, les esprits les plus fermes, sans rien ajouter aux dangers réels, craignaient de voir les quilles donner contre les récifs cachés par celte verdure, et d'échouer, sans faire côte, au milieu de ces prairies d'où il serait impossible de se sauver en canot, car jamais les avirons ne se pourraient dépêtrer de leurs herbes longues et touffues.

Une autre cause non moins incessante d'inquiétude travaillait les trois équipages. Plus on avançait, plus le vent d'une extrême douceur semblait pousser régulièrement vers l'ouest. Or jamais, dans les mers connues, il n'y avait eu exemple d'une telle fixité d'impulsion. Us s'imaginaient que cette constance de direction, si favorable pour les porter vers ces terres incertaines de l'Occident, serait un obstacle insurmontable à leur retour, et qu'ils resteraient à jamais éloignés de la patrie.

Le S'a septeud)rc, on tint la barre à l'ouest-nordouest, et l'on fit environ trente lieues. L'herbe, loin d'être épaissie à mesure qu'on avançait, s'édaircit et disparut presque. On aperçut des damiers et d'autres oiseaux. Cependant l'équipage ne faisait que s'assombrir et que s'irriter. Il n'échappait à une crainte que poiu' lond)er dans un désespoir. Cette eonslancc du vent à jiousser vers l'ouest aigrissait ses terreurs. Le conunandant avait l)eau leur donner des assurances et des explications cosmograplii([ues, leur exaspéialion ne l'écoutait j)lus; déjà on avait cessé de croire eu lui;

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