LIVRE PREMIER — CHAPITRE VI
on ne faisait cas ni de ses promesses ni de ses menaces. Le respect de son autorité, la soumission au nom sacré des Rois étaient perdus. Il ne lui restait plus aucun moyen humain d'être obéi et de continuer l'entreprise. Coloiid) n'eut alors d'autre ressource que d'invoquer Celui qui l'avait toujours assisté. Dans ces conjonctures, un vent opposé se leva soudain, comme pour démentir leurs sinistres appréhensions.
En constatant l'opportunité du vent que Dieu lui envoyait, Colomb écrivit tout simplement ces mots sur son joui-nal : « Ce vent contraii-e me fut très-secourable, parce que les gens de mon équipage étaient en grande fermentation, s'imaginant que dans ces mers il ne soul'llait pas de vents pour retourner en Espagne. » La révolte était imminente, sa reconnaissance regarda cet à-propos si heureux comme un bienfait signalé du ciel.
Mais l'apaisement des esprits ne pouvait être de longue durée. Le lendemain, ils étaient retombés dans leurs vagues terreurs. C'était un dimanche. Les algues, les ulvas, les raisins du tropique reparaissaient en couches épaisses. La plaine s'étendait herbeuse dans tout l'espace visible. La brise poussait lentement vers l'ouest, sans faire onduler les vagues. Le calme prolongé des Ilots était à son tour devenu suspect. Les murmures croissaient parmi les matelots. Les méconlents disaient qu'on avait atteint ces parages stagnants où les vents perdent li'ur impulsion, et la mer son balancement, car on s'éloignait du séjour des hommes. On allait à une perte inévitable. On se rappelait ces animaux ([ui s'attachent à la quille des navires et les
CHRISTOPHE COLO.Ml.
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CHRISTOF'HE COLOMB
l'elicniiiiiil, jus(|irà ce (ju'ils devienuenl la pi'oie des inonslres domiciliés dans les prolbiideiirs des grolles soLis-inarines. Di'j'à Colonib venait (ri''iniiser ses raisonneniMils; il n'avait auniii moyen humain de, l'assnrer ces imaginalions cxasiiérées par leurs jiropres l'antômes, quand au milieu de ces perplexilés, toul à coup, sans que le venl se fil sentir, la mer devint si grosse que « tous en étaient trcs-élonnés ». Colomb, remerciant sou maître, notre Dieu, écrivit sur sou journal ces mots : « Ainsi la grosso mer njc lui Irèsprolîtable, ce qui n'était pas encore arrivé, excepté du temps des Juifs, quand les Égyptiens parlireul d'Egypte à la poursuite de Moïse, qui délivrait les liélireux de Fesclavage. »
Le 24 septembre, on continua de faire route à louest. Un fou vint sur les vergues. On vil beaucoup de damiers.
Le 25, mardi, on poursuivit avec une faible brise vers l'ouest.
La Pinla se trouvait alors si près de la Sanla-Maria (pie le commandant s'entretint avec Martin Alonzo Pinzon, au sujet d'une carte qu'il avait envoyée, ti'ois jours avant, à ce dernier dans sa caravelle. 11 la lui redemanda; et Pinzon la lui jeta, de son bord, au moyen (l'une corde. Sur celle carte étaient iigurées jtar liyi>otliés(î (pielques îles. Martin Alonzo }ii'nsait {pi"ils l'taii'ut dans ci's jiarages; Cobuub lui disait (pie sans do;ite, entraînés jiar les courants au nord-est, les caravelles n'avaient pas fait autant de chemin que le croyaient les pilotes. Cette conversation à hauti; voix el la ri'ponse du coiiimandaul avaient peut-être ]iour
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