LIVRE PREMlEIl — CHAPITRE VI
dans pos parages. Mais li' rnininaïKlMiil, assuré de Imii exislcncc, refusa absoliiinenl de se délounier de sa roule. II voulait pousser lout droit aux In<les. « Perdre scm temps en chemin, dil-il, aurait été manquer de prudence et de raison. » Les murmures prirent alors un caractère dcliaine.
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Tant de fois déçus par les signes qui semblaient leur promettre la terre, les équipages, maintenant, n'ajoutaient plus foi à ces trompeuses apparences. Ils tombaient dans une taciturnité, indice du dernier découragement. Les matelots se réunirent d'alxjrd dans l'entre-pontde l'.Vvant, par groupes de trois ou quatre, à rinsu des officiers, pour se consoler et soulager leur frayeur en se la confiant; mais ils ne faisaient que l'accroitre, et s'aigrir en se communiquant leurs alarmes. Ces réunions devinrent de jour en jour plus fréquentes et plus nombreuses. Le mécontentement étant général, l'on ne prit plus la peine de le déguiser. On s'excitait presque ouvertement à l'insubordination et à la résistance. Naturellement, en leur qualité d'Espagnols, ils détestaient cet étranger qui avait résolu, ilisaient-ils, de lisquer leur vie avec la sienne pour se laire grand seigneur, à leurs dépens. Ils le désignaient l'ulre eux par les surnoms de Génois, de gausseur et de hliujucur, alin de pouvoir parler de lui jusqu'en sa présiMice à mots couverts. C'est ainsi d'ordinaire que piéludenl les révoltes à bord. Les vieux marins ju-
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goaicnt que la persistance du commandant à s'enfoncr^r ditns rOiiosl, qui ne finit pas, élait une folie, lis rappelaient les tristes pressentiments de leur famille , l'ellVoi (le Palos tout entier , l'opposition qu'avaient faite les eosmographes de Salamanque à ce projrl du Génois. Ils regrettaient leur confianec dans le Gardien de la Rabida devenu la dupe de cet intriL^ant hâbleur. Tous .«'accordaient à reconnaître que pousser plus loin leur navigation, c'était aller à une perte certaine.
Di;jà l'on avait démontré au commandant l'imprudence de son obstination; mais il n'avait tenu aucun compte de ces représi'ntalions si .sages. Prières et représentations, rien n'avait fait sur cette opiniâtreté diabolique. Il entendait leurs niurniures, voyait leur tristesse, leur anxiété, et n'en continuait pas moins de les pousser à une mort lamentable.
A ce danger, reconnu de tous, n'était-il pas temps d'apporter remède? Ils avaient déjà trop prouvé peutêtre leur obéissance et leur bravoure, en pénétrant jusqu'en ces parages que nul n'avait vus avant eux. Devaient-ils par une aveugle soumission travailler à leur jiropre ruim?? Puisque le couimandanl avec sa {('■nacilé di; fer n'avait aucun égai'd à leiu's plainles, que rien ne touchait son obstinalion orgueilleuse, ils devaient enfin, cédant à la nécessité, pourvoir euxmêmes à. leur conservation, et lui laire subir cette loi du salut commun qu'il méconnaissait si méchamment.
Il fut donc convenu que nuitamment on le ferait sauter par-dessus le bord, à un moment qui serait ultérieurement fixé. Pour ceci il y eut secrètement accord entre les trois é(juipages. Nous avons la preuve
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