‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 58 sur 208 · LIVRE PFVEMIF.H — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE PFVEMIF.H — CHAPITRE VII

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rAiiiiral, ne voiiliiiit pas qu'on abusât de leur naïvelé I ommcrciale, dôlcndilcos échanges disproiHiilidiiiu's.

Le I i octobre, au lever du soleil, l'Amiral fit armer la chaloupe de la Santa-Maria et les canots des caravelles pour aller reconaailre l'autre coté de l'île. Des peuplades, déjà inlbrmécs de leur arrivée, accouraient vers eux les appelant, Irur apportant de l'eau fraîche, des aliments et renilant i;iàee à Dieu de cette étonnante visite. Les insulaires s'interpellaient l'un l'autre, et stimulaient à grands cris leurs parents qui étaient encore dans les cases. Ils leur disaient : « Venez voir les hommes descendus du ciel. Apportez-leur à boire et à manger. » Et aussitôt hommes et femmes accouraient, apportant tous quelque chose. Ils bénissaient Dieu à leur manière, se jetant à terre et levant les mains au l'iel. Colomb remarqua, au milieu de hautes futaies, des jardins potagers facilement arrosés, des vergers liéiieieux, « et des pierres propres à la construction des églises. »

L'Ainiial retint à bord sept indigènes qu'il voulait ■inmener en Caslille, pour les présenter aux Rois, leur apprendre la langue espagnole, les faire chrétiens et les rendre ensuite à leur patrie. Puis il ouvrit ses voiles.

.\ peine éloigné dos bocages de San-Salvador, Colomb se trouva dans le plus heureux emban-as. A mesure qu'il avançait, surgissait des flots la riche ver.lure d'îles nombreuses, qu'on voyait poindre à toutes les lignes de cet horizon. L'œil ne pouvait les compter. Les naturels qu'on gardait à bord en nommèrent plus de cent ; et il y en avait encore beaucou]»

(I aiilros. Leur apparence invitait cgalcnieul la ciirio-

Ne sachant par où coniÊnencer son exploration de cet Archipel, le contemplateur de la Nature se dirigea vers i'ilr (pii lui parut la plus graudi', à une distance d'environ sept lieues. L'Amiral la nomma Sainte- Marie de la Conception. En débarquant il en prit possession dans la forme solennelle, c'esl-à-dirc en y faisant élever une Croix. Cette île à surface plane paraissait très-fertile. Par la physionomie, la nudité, la confiance, la douceur, les naturels rappelaient ceux de San-Salvador. Admirant aussi ces miraculeux étrangers, ils les laissaient librement parcourir leur terre, et leur donnaient avec respect tout ce qu'ils demandaient.

L'.\miral mit ensuite le cap sur une autre île, que, par ménagement pour les susceptibilités du Roi, il nomma la Fernandinc, même avant d'y atterrir. Ses habitants, semblables à ceux des îles déjtà visitées, paraissaient cependant, dit Colomb, « mieux appiivoisés, plus civilisés, même plus ruses ; ils marchandaient, au lieu de prendre tout uniment ce qu'on leur offrait (Ml échange. Us ti-availlaient le coton, fabri- ((uaient des hamacs, des mantilles et des caleçons pour les femmes mariées. Leurs cases, construites en forme de lente, témoignaient d'une propreté minutieuse. »

Pendant que, sous la protection d'un piquet armé, les hommes de corvée faisaient aiguade, Colduib promenait son ravissement au milieu des bois, et admiiail avei' gratitude celte maiinilicence. 11 cherchait à recon-

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nnitrc les espèces des plantes qui l'cnlouraiont. Son adminilion no pouvait se suffire. La végétation élalail un luxe eneoni])iant ; c'était la variété au milieu de rinlinilé. L'al)()iiilane(; el l'épaisseur des ari)res faisaient (pic les tiges, les troncs, les pousses confondaient leurs branches et unissaient leurs feuillages dans une si étroite intimité, qu'un même arbre paraissait porter sur certaines branches les feuilles du roseau, et sur d'autres les feuilles du Icnlisque. Pressés les uns contre les autres, les différents végétaux entrelaçaient et enchevêtraient confusément leurs branchages, au point de produire cette illusion que les botanistes ont depuis lors si souvent éprouvée dans ces contrées. Durant les premiers jours, Colomb crut que, dans ce pays de merveilles, les arbres diversifiaient ainsi leurs produits.

Les indigènes lui ayant fait entendre qu'à quelque ilistanee était une grande île appelée Saometo, dont le Uni portait des vêtements et beaucoup d'or sur sa ]iersonne, l'.Vmiral s'orienta aussitôt pour la découvrir.

11 reconnut une terre féconde, riante et pittoresquement accidentée d'éminences, couronnées chacune par de hautes forêts. En traversant la fraîche profondeur de ces bois, les brises en emportaient des parfums étranges, qu'elles dissipaient dans leurs jeux sur les flots. Le contemplateur du Verijc aspirait avec délice? ces senteurs inconnues de l'Europe, admirait la transparence des eaux, la douceur de l'air, l'éclat du ciel, et ne savait où aborder. « Mes yeux, dit-il, ne pouvaient se lasser de regarder une verdure si belle el si dilfé-

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renie du feuillai^c de nos arbres... Les fleurs et les arbres d(3 la plane nous envoyaient, une odeur si agréable et si euilnuunéc que r'étail la eliose la plus suave pour l'odorat ; » cl eonune siu' tous les points du rivage de nouveaux agréments le sollicitaient, il ne savait auquel donner la ]iréiérenee pour atterrir.

Endél)arquant, il put constater la supi'riorilé de cette île sur celles qu'il avait déjà vues. Elle était remplie de superbes futaies. De grands lacs y entretenaient une fraîcheur délicieuse. L'herbe s'y trouvait alors aussi haute qu'en Andalousie au mois d'avril. A tout manient, des volées bruyantes de perroquets, en passant d'une forêt à une autre, obscurcissaient le soleil, tant ces troupes étaient nombreuses. Les chants et les brillants plumages d'une foule d'oiseaux inconnus en Europe, la pureté de l'air embaumé, le frappaient de surprise. Les productions étranges de cette île, l'aspect si caractéristique de cette nature nouvelle le portèrent à lui donner le nom de la royale associée de sa foi, de ses espérances et de sou zèle évangélique. L'île Saometo fut donc appelée l'Isabelle.

A l'approche des étrangers, ses habitants s'enfuirent précipitamment de leurs cases, emportant tous leurs ornements, et n'y laissant que leurs meubles. L'Amiral défendit sévèrement de toucher au moindre de ces objets. Peu à peu, les naturels, voyant qu'on ne les poursuivait pas, s'approchèrent pour faire des échanges. Ouelques-uns portaient susjiendues à leurs narines de très-petites plaques d'or, qu'ils troquaient volontiers contre des morceaux de verre , de lasses cassées et

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