‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 63 sur 208 · LIVRE PREMIER — CHAPITRE Vil · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER — CHAPITRE Vil

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l'expression de Colomb, « la plus belle qu'aient jamais vue les yeux de l'homme ». Cuba, la perle des mers, justifie son lili'e de Reine t\u<' lui décernent les Antilies. La douceur et l'égalité de sa température, son exemption des ouragans ordinaires et de la violence des courants sou.s-marins, la salubrité de ses côtes, la commodité de ses ports, la purcié de ses eaux, la fraîcheur de ses montagnes plongeant leurs cimes dans un limpide azur, l'opulence de ses produits et la variété de ses perspectives, relèvent au-dessus de tout rapprochement. Constant objet de l'admiration du poëte, du peintre et du botaniste, elle excite l'opiniâtre convoitise d'une nation voisine, envahissante et inassouvie, nonobstant sa possession d'une moitié du Nouveau Continent.

.\u milieu de cet infini de choses inexpérimentées, Christophe Colomb s'efforçait de saisir les sublimes reliefs de la Pensée Créatrice; d'apprendre par quelles nouvelles merveilles la science de Dieu daignait se manifester à l'entendement, et de surprendre l'indice de quelque grande loi du Globe. Car, dès cette époque, il portait en germe tout ce qu'il déploya subséquemment d'observation philosophique et de tendance à la généralisation des faits.

La poésie, l'admiration, les grandes vues de ses inductions ne lui font jamais oublier le côté pratique, p^ utile et commercial des choses. Après sa découverte de plusieurs palmifères, il examine les herbes aussi hantes qu'on les voit en .-Vndalousie au mois de m;ii, et reconnaît entre leur multitude, dans certaines plantes, les caractères du pourpier et du cresson sau-

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\agc. Ayant remarqué l'abondance des lierhes qui poussaient prescjue au l)ord niùiue de la playe, sur la niai'ge des flots, il en eondut justement qu'en ce lieu la mer devait rester toujours calme. Effectivement, c(!lte côte se trouvait préservée, |)ar toute lalargiMir de l'ile, (irs violenc(^s du courant équalorial qui passe entre Cuba et le continent américain. L'Amiral remaripia un endroil qu'il jugea propre à la formation des nacres à perle. Il s'y trouvait |ilusieurs coquillai^i'S bivalves qui en sont une sorte d'indication. Les Indiens lui apprirent qu'il y avait dans cette île des perles et des mines d'or.

Empressé de découvrir cet or, le 29 octobre, l'Amiral leva l'ancre et navigua au coucbant pour aller à la capitale qu'indiquaient les Indiens. On reconnut bientôt l'embouchure d'un cours d'eau qu'il nomma « le Fleuve de la lune ». Vers le soir on en signala un autre, beaucoup plus large, qu'il nomma « le Fleuve des mers ».

Deux embarcations furent envoyées à terre pour prendre langue; mais toute la population avait pris l'alarme et la fuite en apercevant ces étrangers. Les maisons en forme de lentes militaires, posées çà et là sans régularité, offraient la plus extrême propreté extérieure, accompagnée d'une sorte d'élégance dans leur modeste ameublement. On y trouva des slatuetli's à figure de femmes et plusieurs masques linemenl ciselés. Il y avait encore là des chiens honteux et sans voix, inutilement fidèles au doniicili'. OiKdques oiseaux familiers vivaient dans li'ur taciturne compagnie. De nombreux ustensiles de pèche indiquaient le genre

LIVHE PHEMIKU — CHAPITIIE Vil

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d'industrie de rollo piMiplado. I/Amiral déiendit encore de louclier à aucun objet.

La inap:nitlrcncc qu'admirait ici Colond) ne méritait pas moins son élude. 11 remarquait l'indicible beauté des aibres et la saveur des IVuils. S:'s nuits passées dans la contemplation de celle Natun-, l'observation de la voûte céleste, étaienl charmées par le vat;al)ontiaii'e lumineux di's lucioles, la douceur de l'air, les émanations odorantes du sol et de l'onde baignant des plantes balsamiques. Il écoutait avec une mélancolique jouissance les petits symphonistes des bocages, le gazouillement des oiselets, les cantilènes à roulades perlées du rossignol variées d'inimitables trilles, recueillait tous les bruits de ce riche ensemble, discernar. les moindres notes dans l'étendue de cette mélodie, el reconnai.ssant jusqu'au cri de l'humble grillon, q :i rappelait aux matelots, durant les heures du quari, leurs jeux d'enfance au foyer de la patrie lointaine.

Son ravissement religieux et le poétique épanoui.^sement de ses émotions n'arrêtaient ni ne retardaieni ses investigations cosmograpirujues. En savourant li .sérénité de ces nuits calmes el embaumées, égalemenl exemptes de chaleur el de fioid, il se demanda pourquoi dans un rayon si peu éloigné des îles Baliama, entre lesquelles la chaleur était très-forte, il rencontrait mainti'nanl une température si modérée. Sa ré- IlexiiMi trouva la cause di' cetle différence.

Le lendemain l'Amiral, continuant sa route à l'ouesl. reconnut un ia|i avancé dans les flots, si rirbemenl

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rouverl d'arbres palmifcres qu'il le nomma c le cap des Palmiors ».

Colonil) ponsa que relie vasle terre, aux influenees si cararlérisres, élail peul-èlre le conlinenl asiatique, et qu'il se trouvait à cent lieues environ de Zayto et de Ouinsay.

Le vi'iidredi, 2 novembre, l'Amiral résolut, pour lixer ses doutes, d'envoyer un message au souverain de cette région. Il cboisil à cet elTel le polyglotte Luiz de Torres, juif converti, autrefois attaclic à la rainille du gouverneur de Murcie en qualité de précepteur, auquel il adjoignit deux Indiens comme inlerprèles éventuels. Ces messagers, pourvus de verroteries pour se procurer des vivres sur leur route, devaient aller vers le grand Kan et lui apprendre l'arrivée, dans ses Etats, de l'Amiral cbargé d'une lettre et de présents de la part des rois d'Espagne, désireux d'établir avec Son Altesse des relations amicales. Colomb leur donna des instructions très-détaillées sur les remarques à faire dans celte excursion. Pendant leur absence, l'Amiral commanda quelques réparations aux trois navires, mais en ayant la précaution de n'en coucher qu'un seul à la fois sur la côte, pour éviter toute surprise, et d'en tenir toujours deux prêts à combattre, bien que d'après l'apparence on n'eût guère à redouter les indigènes.

Les messagers revinrent au bout de six jours.

Au lieu du grand Kan et de sa capitale, ils n'avaient trouvé qu'un village de cinquante feux où ils avaient été reçus comme des êtres descendus du ciel.

En revenant, les messagers rencontrèrent siu- li'ur

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route beaucoup de gens, tant hommes que femmes, qui portaient à la main dos liiubes sèches, renfermées dans une autre feuille également sèche, roulée en forme de flageolet, et allumée par un bout, tandis que l'autre bout était dans leur bouche et qu'ils le suraient en aspirant, et faisaient ainsi sortir de leurs lèvres un petit nuage de fumée. Ils désignaient cette sorte de flageolet ou de grand cigare du nom de tabago « tabac » , que nous avons donné à la plante même.

Ces envoyés avaient parcouru des terres parfaitement cultivées, parsemées de hameaux, vu quantité d'arbres, de fleurs, d'herbes balsamiques et d'oiseaux tout à l'ait inconnus en Espagne, à l'exception des rossignols, des perdrix et des oies qui y abondaient. D'ailleurs, ils n'avaient pas ouï parler du grand Kan; même les interprèles et les habitants n'avaient pu se comprendre à cet égard. Rien n'indiquait non plus 3hez eux l'existence de mines d'or.

Mais si l'on ne voyait point d'or dans cette fertile contrée, il s'y trouvait des âmes à sauver, des populations pacifiques à convertir, et Colomb augurait bien de leurs dispositions religieuses. Il exprimait aux Rois ses espérances en ces termes : « Je tiens pour dit, Séi'énissimes Princes, que dès l'instant où des missionnaires parleront leur langue, ils se feront tous chrétiens. J'espère en Nôtre-Seigneur que Vos Altesses se décideront promplement à y envoyer, alin de réunir à FKglise des peuples si nombreux. »

Puis il annonçait aux Rois qu'il avait mis son vaisseau à flot le jour même; qu'il allait à la rechenlie de

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l'or. « Je me dépèche afin de partir jeudi, au nom de Dieu, et aller au sud-est à la recherche de l'or, dos épiceries et des terres à découvrir. »

L'Amiral sortit du i( Fleuve des mers » se dirigeant; d'après l'indication des Indiens, sur l'île nommée lîabèque où ils disaient par signes que l'on ramassait de l'or sur la plage, la nuit, aux flambeaux. Pendant dix-huit lieues il longea la côte, sans vouloir s'en approcher. Le lendemain, mardi, il reconnut un cap qu'il appela le cap Cuba.

Le 14 novembre, il s'éloigna à l'est, courant à la découverte de cette Babèque, dont les Indiens ne cessaient de vanter les pierres d'or. Il se trouva porté dans un archipel tout à fait nouveau. L'œil ne pouvait compter ses nombreuses îles. Elles étaient grandes, montueuses, ombragées d'arbres magnifiques. Lu pureté de l'atmosphère, l'éclat de la mer entrecoupée do ces masses de verdure qui semblaient sortir des flots, ravissaient les regards de Colomb. Il appela cette mer si richement jonchée d'îles, « la mer de Notre-Dame ».

Le vendredi 10 novembre, au moment où Colomb sortait de son canot pour prendre ])OSsession de la première de ces îles, dans la forme consacrée par sa pieuse habitude, on aperçut, couchés surune élévation du teriaiii, deux très-grands madriers, l'un plus long que l'autre, et le plus petit posé sur le grand, en forme de Croix, si bien qu'un charpentier n'aurait pu trouver une proportion plus exacte. Tombant aussitôt à genoux, le messagerde l'Apostolat remercia son Maître de celte nouvelle bonté. Il révéra celle Croix qui lui

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