‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 71 sur 208 · LIVRE PUHMIER — CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

LIVRE PUHMIER — CHAPITRE VII

riimiKulalilé ioii([iiise. Il se consulrTail dans ces gracioiix déserts coniiue un autre Jean-Baptiste, préparant les sonlirrs de Celui (pii allait venir avec sa grâce sanctiliaiiti' sous le syudiole eueliaristi(|ue. Elu de la Providenee, Chrisloiihe Colomb précédait les nouveaux apôties, ses frères les Franciscains, ses amis les religieux d{,' Saint-Dominirpie, que devaient suivre bientôt les saints émules de François-Xavier.

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L'Amiral s'eilbrçait d'ouvrir l'entendement des Indiens qu'il avait à bord, et les interrogeait fréquem- HiiMil, malgré l'insuccès de ses questions et la confusion de leui's réponses. Il reconnut, dès les premiers jours, leurs dispositions à l'Iiyperbole et au fantastique. Leurs assertions les plus claires ne méritaient jamais qu'une demi-confiance.

Colomb n'avait pas seulement à se délier des interprétations de ses interprètes, il devait encore se garder contre les assertions des savants et des voyageurs dont il s'était imbu. Il lui fallait se défier de ce qu'il voyait, de ce qu'il entendait et de ce qu'il se rappelait. Sans doute il aurait été plus près du vrai s'il eût osé, contrairement à sa modestie et à la prudence vulgaire, se dégager complètement des errements des cosmogralilies, qui faisaient alors autorité, pour ne .s'en rapporter qu'à ses seuls pressentiments. Un peu de présomption eût épargné à son génie bien des perplexités. Xatui'ellement il ne pouvait expliquer les choses qu'il rencontrait que par celles qu'il savait déjà; dans sa marche l'esprit humain n'atteignant l'inconnu que ]iar

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II' <oiiiiu. Coloitili avail lu Ii;s cosmographes, lesgéograplios, les voyngeurs, el Marco Polo comme les autres. Enlrc tous ces livres, le « Tableau du monde, » Imago mundi, du cardinal Pierre d'Ailly, paraît seul avoir acquis sur son esprit un crédit auquel le raiiL; ecclésiastique el l'orthodoxie de l'auteur n'eurent pas moins de pari que sa science. Néanmoins, tout en s'autorisant des assertions de certains écrivains, il ne s'y rapportait jamais d'une manière absolue. 11 doutait, il conjecturait, il présumait possible, mais sans rien aflirmer péremptoirement. Sa pénétration, ses pi'essenlimenls, nous dirions volontiers son instinct de révélation, l'empêchaient de tomber dans l'égarement d'un svstème.

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Le G décembre, l'Amiral entra dans une anse qu'il plaça sous l'invocation de la Vierge. Au sud-ouest de cette anse s'avançait un très-beau cap ; en hommage à Marie, la douce Étoile de la mer, il le nomma le Cap de l'Etoile. On vit aussi plusieurs promontoires et des havres auxquels il imposa leurs noms. Il continua d( naviguer en vue de la côte; et « à l'heure des Vêpres r jeta l'ancre dans un port admirable i)Our la sûreté et la magnificence du site, qu'il nomma Saint-Nicolas en l'honneur du saint dont ce jour était la fête.

Le vendredi, 7 décembre, on mit à la voile pour suivre Ja côte au nord-est. On découvrait au loin, dans les terres, de hautes montagnes et. sur les plans inter-

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tnôdiaires, des rampagnes, des collines dont le porl ol li's teintes rappelaient la Castille. L'Amiral remarqua des arbres ipii ressemblaient aux chênes verts, aux yeuses et aux arbousi(;rs d'Espayue. Il trouva la lempéralure plus rafraîchie (pi'à Cuba. Vers le soir, il entra dans une anse qu'il nomma la Conception. L'Amiral, voulant examiner les poissons de ces nouveaux parages, lit mettre dans sou canot des filets, et avant qu'il y lût entré, un mulet s'élançant tomba dans l'embarcation. Il était tout pareil à ceux des côtes d'Espagne. Les marins prirent des saumons, des sardines, des soles et d'autres poissons semblables à ceux de la Castille. L'aspect général de cette contrée, tant par la culture que par la disposition du paysage, différait de la physionomie tropicale de Cuba, et rappelait vaguement la Castille.

Le 8 décembre, jour de la Conception, une violente pluie accompagnée de vent retint tout le monde à bord. L'Amiral put vaquer librement à sa tendre dévotion pour la sainte Vierge. La fréquence des averses rempèchant de pavoiser les navires, il fit, pendant les heures des offices, tirer des salves en l'honneur de Marie, conçue sans péché.

Le lendemain, la pluie persista. L'humidité, la forme des nuages, le ton de l'atmosphère, rappelaient aux Espagnols les effets du mois d'octobre en Andalousie. Les plaines qu'on apercevait retraçaient aussi à leurs souvenirs quelque ressemblance avec la Castille; et, à cause de ce doux rapprochement, l'Amiral donna le nom d'île espagnole (isla Espafiola) à cette île dont le nom primitif était multiple pour les indigènes.

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Les uns l'appelaionl Bohio, qui signifiait « maison ou vaste (Icmoure » ; les autres, en bien moins iirand uomiire. la nommaient Jlaïti, qui vont dire « haute teiie »; la plupart l'apitelaiont Qutsqucya, mot exprimant « la grande terre ou le grand tout ». Car ces jieuples ne connaissaient pas de terre plus étendue.

Le 1:2 décembre, l'Amiral consacra sa prise de possession de l'île Espagnole par un signe naturel à sa piété. \ln présence des deux équipages, il fit planter à l'entrée du port, sur une élévation aperçue de fort loin, une très-grande Croix; non pas simplement pour constater de plus liant les droits de la Castille et sa prise de possession, mais « principalement, dit-il, en sicMî DE .Iésus-Christ Notre-Seigneir et en l'honneur DE L.\ CURÉTIENTÉ ».

Depuis six jours, inutilement il avait tenté d'entrer en rapport avec les naturels. Ceux-ci, dont toutes les habitations reculées étaient disposées de manière à voir de loin venir, s'enfuyaient dès qu'approchaient les étrangers. Aussitôt après la cérémonie religieuse, on réussit à s'emj)arer d'une femme, (pii fui amenée à bord de la Sanla-Maria. Elle était fort belle et trèsjeune et portait aux narines un anneau d'or, ce qui était de bon augure. Elle conversa avec les Indiens des caravelles, leur langue lui étant familière. L'Amnal la fit habiller à reur()pi''enm% parer de veri'oteries de Venise, de grelots, de bagues d(^ laiton, et la iiMivoya à ses foyers, accompagnée de trois Indiens qui devaient s'aboucher avec les habitants. Mais les trois interprètes, retenus par la peui', n'osèrent pas

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suivre la joiino fommc jusqu'A sa bourgade cl revinrent aux caravellos à Irois lii'iu'es aprrs iniiuiit.

L'Amiral envoya iieiil' homiiies armés, résolus et inlellijieiits, ayant un Indien iidiir interprète, observer le pays et se mellrc en rapport avec les indiijènes. Ils trouvèrent à quatre lieues et demie une boui-ijade déserte. Kn apercevant les étrangers, les liabitants s'étaient enfuis après avoir enfoui dans la toiie tout ce qu'ils possédaient. L'interprète indien courut sur leurs tnices, leur criant de revenir, que les cbrétiens n'étaient point de Caniba, mais, au contraire, qu'ils arrivaient du ciel, et donnaient de fort belles choses à ceux qu'ils renconlraii'nl. l'eu à peu, les indigènes se nipproclièrent et, au nombre de plus de deux mille, entourèrent les neuf Espagnols, qu'ils considéraient avec une vénération mêlée d'effroi. Us tiraient de leurs cases les meilleurs alimenls pour les oITiir à ces hôtes venus des cicux. Sur ces entrefaites, survint une troupe de gens portant respectueusement sur leurs épaules iindienne qui avait reçu les dons de rAmiral. Une partie de ses joyaux élail portée en grande cérémonie devant elle; une foule immense, conduite parle fortuné mari, allait aux caravelles remercier lie ses bontés le chef des hommes célestes. L'interprète, ayant cru entendre à bord que l'Amiral désirait un perroquet apprivoisé, exprima son désir; aussitôt ils lui en apportèrent de toutes parts, en pui' don, sans vouloir rien accepter en retour.

Les neuf Espagnols revinrent avec ce corlége. remarquèrent dans leur tra^(>l de magniliques contrées cl des cliauiris en culliui' plus beaux (lUi' la ranipngno

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de Cordoue. Bien qu'on fût au milieu de décembre, les arbres étaient verts et chargés de fruits; les herbes JKuites et fleuries comme en Casliile au mois d'avril. Toutefois, au milieu de ce luxe de la nature, ils n'avaient trouvé aucune apparence d'or.

Le vendredi, l'Amiral se mit de nouveau à la recherche de l'Ile de Babèque, tant préconisée des Indiens au sujet de l'or. Mais les vents contraires le portèrent sur l'île de la Tortue, fertile, bien cultivée, et rappelant aussi confusément la terre de Cordoue.

Le 10, l'Amiral, en se rapprochant de l'île Espagnole, rencontra un canot conduit par un seul Indien. Il admira l'audace de l'insulaire, qui, sur ce fragile esquif, affrontait un vent si violent. Il le recueillit à son bord avec sa chétive embarcation, le combla de bontés, lui donna des billes de verre, des grelots, des bagues de laiton, et le fit déposer à terre près de la bourgade, sa résidence. Puis il jeta l'ancre dans un port voisin, qu'il nomma « Port de la Paix », et attendit.

Ce qu'avait prévu l'Amiral se réalisa bientôt. L'Indien, étalant ces dons inconnus, attroupa autour de lui ses compatriotes; il leur vantait la numificcnce des hommes descendus du ciel. Pourtant il n'eut pas la joie de leur apprendre une nouvelle. Déjà l'arrivée des voyageurs célestes avait retenti en ces parages; l'annonce de cet événement se propageait promptoment d'une bourgade à l'autre. Plus de cinq cents insulaires accoururent vers l'ancrage. Parmi eux, quelques femmes d'une remarquable beauté |iortaieul aux

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