‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 72 sur 208 · LIVRE l'HEMIEll — CHAPITHE VU · texte numérisé non relu

LIVRE l'HEMIEll — CHAPITHE VU

nrcillos et aux narines des rciiillets d'un or très-lin, (|u"i'lli's (ionnorenl avoc omiirossi'incnt, n'ayant ^ur elles nulle chose à oITrir. L'Amiral reeommanda expressénKMit do les traiter tous avee la plus i;randc affabilité, comme s'ils étaient déjà chrétiens, « parce que ce sont, éerivail-il aux lîois, les ini'illcnres gens du mondi', et surtout parce qm^ j'ai une grande espérame en Noire-Seigneur que Vos Altesses les rendront tous ciu'étiens ».

Le 18 décembre, dès les premières clartés de l'aube, rAniiral, hdèle à sa dévotion à la Vierge, fit pavoiser les deux caravelles et saluer par leur artillerie ce jour où la jiiété des Espagnols commémore rxVnnonciation dans l'église de Sainte-Marie-de-l'O. Après « l'heure des Vêpres d, le jeune Roi de la contrée ariiva porté dans un palanquin, escorté d'une garde d'honneur de deux cents hommes, et accompagné de deux graves personnages, peut-être ses ministres, et au moins ses conseillers. En ce moment, l'Amiral soupait dans la salle du château de poupe. Le Roi ne voulut point qu'on le prévînt de sa visite. Il entra d'un air aisé dans la salle, alla droit à l'Amiral, le salua courtoisement, s'assit près de lui, et, d'un geste, commanda à ses gardes de se retirer, ce qu'ils liront avec les marques d'un profond respect. Il ne retint que les deux personnages importants, qui s'assirent à ses pieds. L'.Vmiral le lit servir aussitôt, pensant qu'il s'invitait à souper; mais il ne fit que goûter des lèvres à ce qu'on lui oQrail; il parut le faire uniquement pour répondre à la politesse de l'.Vmiral, et envoya le reste à ses gens. Au sortir de table, sur son signe, l'un de ses

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o\ï\cici-f- lui aiiporta une ceinture ornée de deux plaques (Toi' (l'un travail délicat. Le jeune Roi rolIVil à l'Auiiral, qui, ajirès l'avoir acceptée gracieusement, lui montra la caravelle el le conduisit dans sa cliambre. (lonnne le jeune Roi regardait d'un œil d'envie la courle-poiule ilu lit, FAïuiral lui en lit don, en y ajoutant un collier de beaux grains d'amhre qu'il avait au cou, des brodequins de couleur rouge et un llacon d'eau de lleui's d'oranger, espéi'anl, ])ar ces ])irsenls, se concilier sa bienvrillance et l'atlirrr plus aisiMucnl au cbrislianisme.

L'Amiral lui montra le crucifix, les portraits des souverains d'Espagne, lui parla de leur grandeur, de leur puissance. Mais le monarque et ses conseillers croyaient que les royaumes de ces souverains étaient dans le ciel et non dans ce monde.

Après son dé])art, son frère vint à bord d'un air câlin et bassement obséquieux mendier cpielques colilichels. On sut de lui rpie, dans l'idiome du pays, les souverains s'appelaient Caciques.

L'Amiral ne voulut point quitter ce livage sans lionorei' aussi l'eudilème de la Rf'ilcmplion. Il lil faire une tiès-gi'ande Croix et la planta au centre même de la peuplade, pouilafamiliariserd'avance avec ce signe. Les indigènes s'y prètèn'nt avec empressement. Ils s'agenouillèrent devant ce symbole sacré diml ils ignoraient la signification, en làiliant d'imiliT tous les mouvements et même les paroles des espagnols pendant leurs prières. \ juger de l'avenir par ces heureuses dispositions, Colomb « espérait, en Nolre-

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Soigneur que toutes ces îjes se feraient rhrétiennes y>..

Le lendemain, dans la nuit, on mit à la voile pour continiKM" la reronnaissan('(! de la côte de rKsiiai;nolc.

Le vendredi i[ décend)re, l'Amiral découvrit un ])ort incomparablement supérieur à tous ceux qu'il avait vantés. Il ne lut pas nécessaire en ce lieu (l'ajipe 1er les indigènes. La renommée avait précédé les hommes ventis du riel. A dix heures du soir, un canot chargé de curieux impatients accosta les caravelles. Le lendemain, une grande foule couvrait la plage. Hommes et femmes offraient aux étrangers célestes, les uns un peu d'or; les aidres, une calebasse d'eau fraîche et du pain d'igname agréable au goût. Ils ne semblaient pas posséder grand'chose. Colomb recommanda la plus grande décence envers ces simples enfants de la nature.

Des messages réitérés prièrent l'Amiral de vouloir bien visiter une peuplade voisine, avant de quitter ces bords. Comme cette habitation se trouvait sur sa route, l'Amiral s'y rendit. Le Cacique, venu à sa rencontre, l'attendait, entouré des siens, sur un tertre audessus de la grève ov'i s'agitait une foule avide de voir. Tous priaient le chef des voyageurs célestes de ne plus s'en aller, de rester parmi eux. Mais les messagers d'un autre Cacique vinrent aussi le supplier de ne point partir sans que leur maître l'eût pu voir. « L'Amiral déféra volontiers à sa demande. Le Cacique avait fait préparer de grandes quantités de vivres ; il en surchargea les embarcations espagnoles. Ensuite ses sujets voulurent, à leur tour, donner des provisions et des l'erroquets. Us demandaient à grands cris que l'Amiral

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ne s'en allât iilus; i-l le voyant s'embarquer nialgiv toiiles leurs instances, ils le suivirent en canots jusqu'aux caravelles. Colomb les traita avec beaucoiq) de bienveillance, leur distribua des crains de verre, des anneaux de lailon et des grelots, non point parce qu'ils l'importunaient jiour en avoir, » dit Las Casas, mais c parce que cela lui parut ('onvenablc et qu'il les regardait déjà comme chrétiens. »

Le grand Cacique Guacanagai'i, jeune et gracieux souverain, dans son désir de voir aussi les hommes arrivant du ciel, envoya un de ses premiers officiers invil(?r l'Amiral à mener ses vaisseaux près de sa résidence, et lui offrit une ceinture à laquelle pendait, en^ guise d'aumônière, im masque de bois léger, mais dont les grandes oreilles, la langue et les yeux étaient d'or pur. Cet envoyé ne comprenait guère le j)arler des Indiens de San-Salvador, cl ceux-ci n'entendaient pas davantage son idiome. Il fallut que Colomb, éclaircissant leurs mi'-prises réciproques, devinât dans leurs signes l'objet de ce message.

Le vent ayant manqué, l'Amiral ne put se rendre près du gi-and Cacique Guacanagari. 11 envoya sur les embarcations le notaire royal et quelques officiers le saluer de sa part.

Une irrésistible curiosité poussait les peuplades riveraines vers les caravelles. La veille plus de mille personnes étaient venues en canot, apportant chacune quelque don. Et, faute de place, plus de cinq cents s'étaient risquées à la nage, alin de voir aussi ces étrangers célestes. Cinq Caciques avec toute leur famille étaient accourus. L'.Vmiral fil des cadeaux

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à tous, parce qu'il jugeait ces petits présents bien em- [.loycs.

Pendant la nuit les embarcations ramenèrent le notaire royal et les officiers envoyés par l'Amiral au ijrand Cacique lie la contrée, le roi Guacanagari. Sur leur route s'étaient empressés une foule de canots avides de contempler les hommes célestes. Conduits à la résidence royale, ils y avaient été reçus en i;rand apparat. Guacanagari envoyait, en attendant sa visite, « des perroquets avec plusieurs morceaux d'or. »

Le lundi 24 décembre, avant le jour, l'Amiral sortit du port, par un bon vent de terre, gouvernant avec l'intention de visiter, en passant, le grand Cacique Guacanagari. Comme le vent mollit bientôt, on fit peu de chemin dans cette journée. Le soir, on continua d'aller sans brise sensible. La Nina était en arrière à une demi-lieue.

Après onze heures, FAmii'al se sentit fatigué. Pendant deux jours consécutifs et toute la nuit précédente, l'aflluence des indigènes, les cadeaux à faire et à recevoir, les échanges à surveiller, les questions à poser aux interprètes, leurs réponses, véritables énigmes à expliquer, les messagers qu'il fallait accueillir, ceux qu'il importait d'expédier, le classement et la conservation des différents produits de ces contrées qu'il voulait emporter en Castille, ses exercices religieux,

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ses remarques du terrain, du climat, et les soins multipliés du commandement, ne lui avaient pas laissé une s(Mile minute de répit. Cédant au besoin du repos, une heure avant minuit, il descendit dans sa chambre et se jeta sur son lit, tout habillé. L'Amiral devait èlre parfaitement tranquille sur la situation du navire. La mer était calme ; on se trouvait dans des parages connus que les chaloupes avaient sondés quelques jours auparavant; d'ailleurs un olhcier surveillait la baire.

Pourtant, malgré la défense renouvelée durani le voyage d'abandonner le timon aux novices, même dans la bonace, dès que l'Amiral fut couché, le lieutenant de service en fit autant; une heure après, le timonier, livrant le gouvernail à un mousse, gagna son hamac: et les hommes de quart se couchèrent également pour dormir plus à l'aise. Le mousse se sentit à son tour gagné par le sommeil, et la Sanla-Maria fut insensiblement poussée par les courants vers un banc de sable. De plus d'une lieue on entendait les brisants ; mais si profond était le sommeil de l'équipage, qu'il ne se réveilla qu'à la voix de l'Amiral. Car celui-ci, aux premiers cris du mousse alarmé du choc, s'était précipité hors de sa chambre et s^occupait de remédier au sinistre, avant que personne se doutât qu'on fvit échoué. Dans un instant les pilotes furent tous sur le l)ont, avec le maître du navire qui était de quart cette nuit-là.

L'Amiral commanda de mettre à flot le canot amarré en porte-manteau sur l'arrière de la Sanla-Maria, d'y charger une ancre et d'aller la jeler un peu au large, derrière la poupe. Le mailie et ses hommes sautèrent

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