‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 74 sur 208 · LIVIII-: IMIEMIEK — CIIAPITIIE VU · texte numérisé non relu

LIVIII-: IMIEMIEK — CIIAPITIIE VU

de la Santa-Maria, ilrjà un puissant fortin s'élevait sur la i;rèvc; il ôlait construit en terre soutenue par des [)ieux reliés avec les grandes pièces de la charpente du navire. On avait creusé par-dessous une vaste cave, qui devait servir à renfermer les munitions de bouche et de çuerre, les marchandises destinées aux écliant;cs. La quantité de ces objets était considérable.

Pour garder ce fortin, sur lequel flottait le pavillon de Castille, Colomb choisit dans l'équipage de la Sanla- Maria les hommes qui paraissaient les plus solides, les mieux intentionnés. 11 leur adjoignit le bachelier Bernardin de Tapia, maître Juan, « le gentil chirurgien s, le fondeur de métaux et joaillier de Séville, Caslillo, le premier maître armurier qui était mécanicien, un constructeur de navires, un maître cali'at, un tonnelier, un tailleur; et les plaça sous le commandement de Diego de Arana, auquel il délégua tous les pouvoirs qu'il tenait lui-même des Rois. Il lui donna pour lieutenant Pedro Guttierrez, officier de la maison royale, et en cas d'empêchement de celui-ci : Rodrigo de Escovedo, neveu d'un religieux très-estimé en Espagne. Ce premier noyau de colonie se composait en tout de quarante-deux hommes.

L'autorité ainsi établie, Colomb munit cette avantgarde de l'ancien monde de tout ce qui se trouvait dans la Santa-Maria; lui laissa des instruments, des ustensiles de tout genre; du biscuit pour un an, du \\n, beaucoup d'armes, d'artillerie et la chaloupe du vaisseau échoué. L'Amiral remit à ces hommes des graines pour ensemencer les terres; leur conha toutes les marchandises avec lesquelles ils devaient se pro-

cnRisïopiiu; colomb

curer de For par voie d'écliange; puis recommanda, en particulier, les trois officiers au roi Guacanagari.

Colomb laissait donc les Espagnols sur ce sol nouveau dans les meilleures conditions qu'on pût souhaiter : pourvus abondamment de toutes choses nécessaires à la vie, à la sûreté et à la défense, entourés de dispositions amicales, sous la protection d'un monarque généreux. Avant de se séparer d'eux, il leur lit la jdus touchante alloculion que jamais père ait adressée à ses enfants. Il leur donna des conseils admirables de prévoyance et de pénétration. Il leur rappela le but glorieux de la découverte : la propagation de la Foi; les pria d'étudier la langue des naturels, et de les attirer au christianisme par leurs exemples et leur enseignement. Au nom des Rois, il leur presci'ivit de ne pas marcher isolément, et de couclier toujours dans la citadelle, surtout de ne jamais dé[tasser les États hospitaliers du Souverain qui les avait accueillis.

Le i2 janvier, l'Amiral Ht ses derniers adieux au roi Guacanagari. Il lui donna une nouvelle chemise; mit à son cou un collier on pierreries d'Afrique; sur ses épaules, un manteau d'écarlale; à ses pieds, des brodequins rouges; à son doigt, un anneau d'argent, que celui-ci préférait à For, et l'embrassa avec une bonté chrétiennement paternelle, tandis que le naïf Cacique, qui déjà l'aimait avec candeur, ne pouvant contenir sa tristesse, la répandait en larmes.

Le vendredi, 4 janvier, au lever du soleil, la Nii'ia, remorquée par sa chaloupe, sortit de la passe et gouverna à l'est, dans la direction d'une montagne élevée, que l'Amiral nomma Monte-Cristo. Colomb observait

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en liydroiiraplie, on naliiralislc, en poëlc; et son adiniralion intarissable pour cette nature si iiarmoniense dans son exubérance se trahit encore sur son journal.

Deux jours après, dans l'après-midi, le niatoiot en vii;ie dans la hune signala une voile à l'avant : (•'('(ait la Piiita, ([u'une forte biise poussait v(Ms rAinirai.

Vainement Martin Alonzo Pinzon cspérait-il (pie l'Océan déroberait sa désertion dans son immensité ; la Providence le ramenait, à travers l'espace, sous les yeux de son chef, en vue de la petite Nina, ce point imperceptible dans rincommensurablc étendue. Contraint par le vent à rejoindre rAmiral, le capitaine de la Pinla le suivit au port de Monte-Cristo, et passa sur son bord, cherchant à s'excuser. Les raisons qu'il donna de sa séparation étaient toutes mensongères, et plusieurs même manifestement contradictoires. Cependant Colonili eut l'air de les admettre, de peur d'aggraver le mal, car les deux navires étaient commandés par les Pinzon ; la plus grande partie des équipages se composait de leurs parents ou de leurs concitoyens de Palos. A toute occasion, surtout depuis la Découverte, l'aîné des trois frères lui avait fait durement sentir son isolement et sa qualité d'étranger. 11 savait de quels excès étaient (capables sou orgueil et sa grossièreté, irrités ]iar l'envie. 11 se contint, ne voulant [)oint, dit Las Casas, «t donner lieu aux tentatives de Satan, qui chercliait à empêcher ce voyage, ainsi qu'il l'avait fait au couuuencement ». 11 se résigna et sacrilia son amour-propre, son instinct de la justice, sa dignité persouuelli', à l'accomplissement d'un devoir plus grand encore que ses droits.

(.auisToriit LoLoMii.

CHRISTOPHE COLOMBJ

Maliii'c son ilôsir de côloyor l'Espagnole, la conduite des Pinzon démonlrail À rAïuiial le besoin de regai;ner le plus tôt possihl(^ la Casiille. D'ailleurs, le mauvais élal des caravi'lles rexii^cail iuipéi-ieusemenl. Le 7 janvici', on avait dû boucher une voie d'eau dans lu cale de la Nina.

-^''J^'^^ E vendredi 11 janvier, l'Aminil mil "^ -'" ^V'-t donc à la voiio. Tout en <on(iniianl ;'i ~ '■^^ longer les cèles de Tili' Espagnole, il s'élonnail de son ('lendiie.

Avant de rcnlivr en Caslilli', ('.(iloin!» y-' eût souhaité rencontrer ci'lte race de Cariù ^^^ ou de Coniôa, tant redoutée des [lays qu'il avait visités, cl apercevoir les mangeurs de cliair humaine,

CIIlilSTOPIlE OOLOMD

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ces révollôs contre l'ordre providentiel, qui oulraïïcaii'nl la iialiire el, par lUi.' tîoiiriiiandisc révoltante, allaieni voler do^ li(iiiinies, les destinant à leurs repas. Cette aboininalidn lui seiiiblail impossible; pour y croire, il voulait la prendre sur le lait. .Mais un vcnl favorable pour retourner en Espagne s'étant levé, il dut reprendre la route de l'Europe, d'autant ruieux que les deux caravelles faisaient maintenant bcaucoiqi d'eau. Rester n'était pas moins dangereux que partir. Dans cette situation el à cette distance, il n'y avail |iius de secours à espérer que de Dieu.

L'bomme de la Providence mit le cap sur l'Espagne, au nom de la Sainte Trinité, parce que, dit le vénérable Las Casas, « malgré la grande quant iti'- d'eau que faisaient les caravelles, il espérait que Notre-Seigneur, qui l'avait amené dans sa bonté, daignerait le reconduire dans sa miséricorde >■>.

Au début, la mer fut assez bonne; on éprouva des variations de vent très-fréquentes. Dans les jours qui suivirent, les flots s'animèrent; on vit quantité de thons; on aperçut aussi des paille-en-queue, des fous, des damiers, des frégates. Cependant la mer était unie, la température douce et la brise excellente. Colomb en rendait grâces à Dieu.

Le 21 janvier, l'air se rafraîchit considérablement. On vit encore beaucoup d'oiseaux, mais peu de poissons. L'eau de la mer était plus froide. Le lendemain, il y eut un grand calme. Les Indiens s'amusèrent ;\ nager autour des navires. On retrouva des herbes dont maintenant on ne s'alarmait plus. Les jours suivants, lesrumbs furent très-variables. Fréquemment la Ninr

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('lait obligée do liimimicr ses voiles pour allendre la Piula, qui allait mal à la bouline, et s'aidait pou de la misaine, à cause de l'avarie de son iiiàl, que Martin Alonzo l'inzou avait négligé de rr|iarer pcudanl sa (ir-serlion an trafic de l'or.

Le ciel perdit bientôt sa transparence. Des change nienls incessants (h; vents rendirent les manœuvres eonlinues. On avançait peu ; les provisions solides s'épuisaient; il n'y avait plus que des patates, du biscuit et du vin, ce qui soutenait mal les forces au milieu d'une pareille fatigue.

Le vendredi 2,") janvier, après le lever du soleil, survint un grand calme. Les matelots réussirent à prendre mi llion et un énorme requin, ce qui fut un heureux renfort pour la cambuse. Durant les jours suivants, on lit faible route ; l'air et les flots restaient dans une lourde mollesse. L'.Vmiral continuait cependant à remercier Dieu de l'état de la mer. Le ciel, toujours plus couvert, devint pluvieux ; le temps froid. L'Amiral lit mettre à l'est.

Le 1-2 février, un vent, précurseur de la tempête, frissonna dans les cordages : la journée fut pénible. Le soir, trois fois des éclairs partirent du nord-est : c'était l'annonce de l'ouragan. L'Amiral s'apprêta aussitôt à le bien recevoir. Il fit carguer toutes les toiles, ne conservant qu'une basse voile, diminuée par les ris, surbaissée au grand mât, seulement pour aider à relever la caravelle, que les vagues plongeaient dans leurs sillons. On alla à arbre sec, c'est-à-dire à mâts et à cordes. Les flots noircis se mutinaient violemment; riiorizon i)renait un aspect formidable; la mer, gon-

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née cl mugissante, creusait d'immenses abîmes, en sou- JL'vanl vers les ciciix ses llols, qui s'eiUre-ciioqiiaicnt incessamment par Fimpiilsion des vents coulraires ; les ini.'iiihriires de la Nifia gémissaient péniblement sous le ciioe des lames monstrueuses. Toule manieuvie devenant impossible, la caravelle laissa aller au vent. La PinUi, que sa mâture avariée empêchait de lutter plus longlenqis, se mit à fuir devant le vent. Elle dis])arut liientot dans le lointain des vallées écumcuses.

La persistance de la tempête avait intimidé les malins les plus intrépides. Us tournaient leurs yeux vers l'Amiral, et celui-ci tournait son cœur vers Dieu, uni- (jue ressource dans un péril si imminent.

Il proposa aux marins de faire un vœu ; de tirer au sort pour savoir lequel d'entre eux irait en pèlerinage à Sainte-Marie de Guadeloupe, portant un cierge du poids de cinq livres. Pour cela, l'on comi)ta un nombre de pois cliiches égal à celui des personnes qui se trouvaient à bord, en ayant soin d'en marquer un d'une croix avec un couteau; on les jeta dans un long bonnet en laine de marin, qui fut bien remué. Tous s'approchèrent, chacun à son rang, suivant les préséances.

C'était à l'Amiral de commencer; il plongea la main dans le bonnel, et amena le pois chiche marqué de la Croix. Peu après, sous la terreur du péril croissant, on résolut encore un vœu. Il s'agissait d'aller en pèlerinage à Notre-Dame de Lorette, dans les Ktats ponlificaux. Celte fois, le sort tomba siu' le nommé Pedro Yila, matelotdu Port-Sainte-Marie. Unpeu plus tard, le redoublement de la tem]»ète in.spira un Iroisième v<eu. Un tira au sorl pour aller à l'église de Sainte-Claire, à Moguer,

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