‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 8 sur 208 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

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son iinz aqiiilin so terminait par di^s narinos corrcclos, mais s'ouvrant un }iini largement à leur I)aso. Les coins assez manfués liiî sa bouche en rendaient la finesse particulièrement expressive. Signe de l)onlé, sa lèvre inférieure débordait un peu l'autre. Il avait le menton graiieusement creusé d'une fossette. Quelques taches de rousseur parsemaient ses joues qu'animait un teint vif. Sous l'incessante élaboration d'iuie pensée iini([ue, depuis trois ans, sa chevelure, d'un blond tirant au châtain, commentait à blanchir.

Cette diversité de tons, ces contrastes alliaient à sa verte virilité l'éclat d'une maturité précoce. Ses airs de tète en rapport naturel avec ses altitudes, et ses attitudes, allant si bien à sa stature, formaient entre son corps et son être moral une parfaite unité. Sa démarche, son port, ses gestes, trahissaient une dignité innée dont il ne se doutait pas. Malgré son incertitude du lendemain, sa condition précaire et la modestie de ses vêtements, nulle part sa présence ne pouvait passer inaperçue.

Les facultés les plus larges lui avaient été proportionnées sur ces indices extérieurs. A une rare finesse d'ouïe, il joignait une portée de regard qui rapprochait les lointains et lui donnait l'exacte appréciation des distances. Sa délicatesse de goût lui permettait des distinctions insaisissables au vulgaire. Mais ces avantages le cédaient encore à sa subtilité d'odorat, qui discernait tout d'abord les diverses combinaisons des senteurs. L'exercice précoce de ces sens en avait développé la puissance de perception. Son vif amour de la

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Xalurc 1p portail incessammenl à la ronlcmplalion, diiranl le jour, el à l'observalion des astres, pendant les nuils sereines. En naviguant près des eôtcs, il aspirai! avce délices les parfiuiis balsamiques emportés du rivai^e ; et sur les Ilots, au lari^e, humait curieusement les brises cliargécs d'émanations salines et amères. 11 admirait avec tendresse les n'uvres du Créateur, recherchait avidement les Heurs, les oiseaux, les productions de la mer, et suitout savourait les parfums de la xéiiétation.

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Forcément simple dans ses habits, Christophe Colomb n'avait d'autre luxe que la propreté. La sienne était exquise. A la plus minutieuse netteté du corps, à l'absence de taches, de déchirures et de négliii-encc sur ses habits, qu'il savait faire durer longtemps, il tâchait de joindre la blancheur et souvent la finesse du linge, toujours vaguement imprégné du parfum des roses et des cassies ou des Heurs d'oranger qu'il laissait sécher, en remêlées à ses bardes, dans son coffre de marin. Son attrait des odeurs suaves ne s'émoussa jamais. Il aimait les Heurs odorantes, les plantes aromatiques, les bois odoriférants, les gommes balsamiques, les parfums en essence et en poudre, les sachets, les eaux de senteur. Dans sa pauvre chambre, qu'ornaient uniquement quelques curiosités d'histoire naturelle, au milieu de ses caries et de ses manuscrits, s'exhalaient de doux arômes. Il se plaisait aussi à parfumer ses gants, et surtout son papier à lettres.

Cette élégance de goût lui était naturelle comme son

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talent d'ccuyer, sans exercice de l'équilalion. Son lari des convenances, dos à-propos, sa façon d'èlre cl de paraître dénotaient tont d'ahord le parfait i,n^nlilIioiTinie. Son seul visagi- Irahissait sa noblesse d'i-spril et certain air d'autoiili'' ([ui l'rappail les yeux intelliî;ents. Il l>araissail « lionime noble et d'autorité, ce que son pourill et contenance montroit fort bien n, dit Oviedo.

Bien que, dès l'âge de quatorze ans, Clirislophe Colond) eût toujours été sur mer ou séjournant dans les ports avec les marins, il ne partageait point leurs défauts ordinaires. 11 détestait les jurements, les cliansons déshonnètes; buvait peu de vin ; ne pouvait souffrir les jeux de basard ; méprisait les plaisirs faciles; n'avait aucun pencbant pour la table, et gardait à terre ses liabitudcs frugales du bord. Son extrême sobriété lui faisait adopter un régime presque tout végétal. 11 avait contracté dans les ports du Levant des habitudes de riiygiène arabe. Il se passait aisément de viandes, pour vivre surtout de pain, de riz, d'œufs, de légumes frais, de dattes, de raisin sec, de grenades, de pastèques et d'oranges. Au vin, il préférait comme boisson de l'eau édulcorée avec du sucre brun des Canaries et parfumée de quelques gouttes de fleurs d'oranger.

Cette frugalité s'accompagnait d'un esprit d'ordre, d'arrangement et de ponctualité, qui l'empêchait de jamais remettre au lendemain ce qui pouvait être fait le jour même ; il connaissait le prix du temps. On ne le vil jamais agir au basard, en dehors des conseils du devoir ou de la logique. En aucune chose il ne

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s'arrôlait au bien, s'il espérait parvenir au mieux.

AITcetueux pour ses proeiies, alTaljle envers sou enlouragc, montrant à ses inférieurs la bienveillance de la supériorité, rempli d'une urbanité qui ne s'apprend pas sur le fionl d'un navire, son aisance d'élocution, le tour pittoresque des images, ses expressions, souvent hardies, toujours heureuses, rendaient sa conversation attrayante. Les vibrations du timbre grave et pur de sa voix faisaient, suivant ses émotions, profondément pénétrer sa parole; et l'on comprend fort bien l'accueil que lui firent les quelques riches négociants génois qui avaient un comptoir à Lisbonne.

Malgré cette douceur habituelle, Christophe Colomb était par sa nature impatient, enclin à la colère. Sa fulgurante rapidité de pensée, activant l'ardeur de sa force, accélérait sa circulation; alors il devenait terrible. Mais ce premier mouvement, impétueux comme la violence, ne nuisait jamais qu'à lui-même. La réflexion, non moins subite que l'emportement, maîtrisait celui-ci, et réprimait fortement ses écarts, li semblait que cette extrême irritabilité lui fût donnée comme une épreuve, une occasion de se combattre , de vaincre sa propension naturelle, de surmonter cet obstacle interne avant d'emporter les obstacles extérieurs. L'impatience la plus excessive fut infligée à celui qui devait devenir le modèle de la patience même, afin d'accomplir son œuvre immortelle.

Se souvenant de l'exemple paternel et des recommandations de sa pieuse mère, Christophe Colomb avait conservé à bord les habitudes chrétiennes de son

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