‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 82 sur 208 · LIVRE PREMIER — CHAPITRE X · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER — CHAPITRE X

Tandis que les hommes revenus avec l'Amiral pouvaient goùler le cliai'me du repos, à la suite de tant do travaux et de dangers, lui, que trois fois sur quatre le sort avait désigné pour l'expiation de tous, devait remplir les vœux dont le chargeait une prédilection mystérieuse.

Après s'être acquitté des engagements accumulés par le sort sur sa tète, Colomb revint au couvent de son Ordre retrouver son ami, son guide spirituel, le Père Juan Ferez de Marchcna. Pendant plus de sept mois, il avait été sevré des aliments sacrés de la foi, privé du pain des forts. Il sentait le besoin de raviver son âme, de se rafraîchir par le calme bienfaisant de la Règle, de goûter le repos réparateur du cloître.

L'Amiral ne put guère passer que sept jours ta la Rabida. Il devait se rendre à Séville pour y attendre les ordres des Rois, et il arriva dans cette cité peu avant la dépêche de la Cour, datée du 30 mars, qui lui était adressée avec celte suscription significative :

« A DON Christophe Colomd, notre Amiral de l.v

MER OCÉANE , ViCE-Roi ET GOUVERNEUR DES ILES DÉCOUVERTES DANS LES InDES. »

La missive conlenail des félicilalions sur son heureux voyage, l'enf^ageait à prendre à Séville les dispositions nécessaires pour une nouvelle expédition sur des proportions plus dii^nes, et l'invitait à se rendre le plus tôt possible à Barcelone.

Ce fut seulement après son dépari que Martin Alonzo Pinzon osa rentrer à Palos. Lui aussi reçut de la Cour une réponse; elle était écrasante pour son orgueil et complétait par sa sévérité le châtiment de son envie. Ce dernier coup emporta sa dernière espérance. La jalousie haineuse alluma en son sang une fièvre dont il fut bientôt consumé.

JL^P

-__^^|Sp

^^fll^^^'

- - ■ ~^'" 1^^^^ ^^H^VwH

HHNB|p/ ' xjS

— Jïl^IRL^BBBVI

HpfPV'''--^iR'

l;^r . ; .^;'ï^^J^iS^^^

' '■■.■k.''iii'£'':i^-*/ii:i'-it:ir/S^

CHRISTOPHK COLOMB. — oO

';;-55si.1i«/; t

d'Ara"on et de Caslille aceoii raient le lonu' de son passage. Des villages reculés on se portait en masse à sa reneontie. « Tout son voyage fut pour lui un rontinuel triomphe. Les grands cliemins et les campagnes retentissaient des acclamations des peuples qui abandonnaient tout pour le voir. On sortait au-devani de lui de toutes les villes par où il devait passer. » L'encombrement qu'occasionnait son arrivée retardait forcément sa marche.

Son cortège, moins pompeux qu'étrange, s'ouvrait par des marins de la Nifia sous les armes, escortant l'étendard royal de l'expédition que portait un jiilote. Puis venaient des matelots chargés, ceux-ci de rames et d'arbres inconnus, d'énormes calebasses, de roseaux gigantesques, de fougères arborescentes; ceux-là de colon brut, de piment, de cocos, de gingembre; d'autres de couronnes d'or, de bracelets, de ceintures, de masques d'or, de couronnes de plumes, de conques superbes, de lances, d'épées en bois de fer, d'arcs et de ilèches sans acier. On portait des végétaux et des animaux inconnus, quelques-uns vivants, la plupart empaillés : des agoutis, des coris, des guascos, de grands lézards, des serpents à brillante écaille, des carets, des alligators, des flamants roses. L'aspect horlible de deux monstres, attachés sur des pieux, mélangeait d'effroi la curiosité : c'étaient deux iguanes. On les étalait au milieu des cris et des mouvements de quarante sortes de perroquets qui s'agitaient sur leurs perchoirs et jasaient en langue barbare. Venaient ensuite sept Indiens parés de leurs ornements natio-

IM

Page 1