‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 83 sur 208 · LIVRE PREMIER — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER — CHAPITRE XI

natix, iH soif^ncnscment peints en blanc et en rouge. Ils précédaient le i)olil état-major de l'expédition. Arrivait enfin l'Amiral dans le costume de ses dignités, montant un cheval qu'il maniait avec aisance. Derrière lui, ses trois écuyers s'efforçaient de contenir la foule ardente à se précipiter sur ses pas. A tout instant, étourdis et presque effrayés de la bruyante curiosité qu'ils l'Ncitaienl, les Indiens regardaient leur protecteur l'Amiral, dont le sourire rassurait leur faiblesse.

L'histoire l'a constaté :

Ce n'était pas surtout pour voir les Indiens et les choses étonnantes portées à découvert dans leur cortège que se formait cette affluence. Une curiosité plus noble justifiait cet empressement. Chacun voulait contempler l'Amiral, graver dans le souvenir les traits de l'homme fijvorisé du ciel, qui avait franchi la mer Tii.NÉDREUSE, ct rcculé les bomcs de la Terre.

Tous les bras s'agitaient, tous les fronts se découvraient à son approche; c'était une immense salutation. Les mères le montraient à leurs jeunes enfants, et priaient pour lui. 11 s'avançait ainsi à petites journées, comblé de marques d'admiration et d'enthousiasme, recevant les applaudissements et les bénédictions des foules. Le Héros chrétien, doucement ému de ces démonstrations, rapportait à Dieu seul ce triomphe.

Toutefois , cet empressement incomparable des populations lui était une confirmation de la grandeur de l'œuvre pour laquelle la Providence avait daigné le choisir.

Dans son enthousiasme, le peuple ayant devancé par

Mû

celte ovation les ordres des Rois, l'ctiquette si rigoureuse de la Cour dut fléchir devant cet enlraînement unanimo. Autant pour satisfaire à l'opinion que poui' réniiinL'rf.'r d'une marque sans pareille un service sans égal, les Rois préparèrent à l'Amiral une réception jusque-là inouïe.

Le 15 avril, jour où Colomb devait entrer à Barcelone, une grande partie des habitants allèrent à sa rencontre; l'élite de la jeunesse les précédait à cheval. Une députation de la Cour envoyée au-devant de lui l'attendait en dehors des portes de la ville. Comme pour rehausser cette solennité, tout était douceur et lumière dans l'horizon. La nature hâtive de la contrée étalait la précocité de ses riches produits. Le soleil éclatait d'une .splendeur sereine. La brise de mer répandait avec sa fraîcheur les parfums des roses et des fleurs d'oranger commençant à s'ouvrir. Dans le palais des Rois, par une nouvelle disposition, la vaste salle des cérémonies avait été agrandie, rendue accessible à la vue du peuple et splendidement décorée. Sous un magnilique dais de brocart d'or étaient élevés deux trônes, une banquette en velours frangé d'or, et tout auprès, posé un peu en avant, un riche fauteuil.

Quelques instants avant son arrivée, précédés, suivant le cérémonial d'usage, de leurs hérauts d'armes, des trompettes, des messagers et de leur maison militaire, les deux Rois, le front ceint de leur couronne, revêtus de tous les attributs de la souveraineté, entrèrent et s'assirent chacun sur son trône.

Page 1