LIVRE PREMIER — CHAPITRE XI
Le Prince royal prit place sur la banquette.
Le fauteuil resta vide.
Au deliors s'entendait le frémissement indescriptible de la multitude; les rues étroites d(î llarceloue regorgeaient d'une foule impatiente de voir. A tous les balcons ornés de fleurs, de tentures et de femmes s'agitaient les bouquets, les éventails et les mantilles. De cbaque terrasse, même des toits chargés de spei'tateurs, partaient mille bruils confus, pleins de feslivité. Peu à peu, cet immense bourdonnement grandit, se renforce, va croissant et se change on retentissantes acclamations, dont les accents arrivent à l'oreille des Rois.
Les cris animes de la foule et le retour des seigneurs ( nvoyés aux portes de la ville annoncèrent l'arrivée du cortège. On vit bientôt entrer, entouré des ofticiers de l'expédition, l'étendard royal, si heureusement ramené de l'autre bord de la mer TÉNÉnREUSE. On admirai! ces hommes au teint hàlé qui l'avaient suivi à travers tant de jtérils. La i-uriosité couvait du regard les objets inconnus ra|)[)orlés de ce monde nouveau : les plantes, les animaux vivants ou conservés, surtout les Indiens nus et timides, coloriés de leur plus belle façon.
Colomb parut entin, aussi simple, aussi modeste dans la magnificence de son costume que lorsqu'il s'éloignait des murs de Santa-Fé. Celait la modestie qui s'ignore et la simplicité qui naît de la grandeur. Mais son cœur était inondé d'une sainte joie, car son front rayonnait d'une sérénité sublime. La splendeur
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an triomphe semblait, illuminant ses tempes, éclairer d'une auréole les ondes vivement argentées de sa chevelure. Sur ses traits épanouis de bonheur transpirait le sentiment de l'auguste mission qu'il avait accomplie.
En apercevant le Révélaleiu- du Nouveau Monde, par un élan subit, les deux Rois, se dressant sur leur séant, firent un mouvement en avant comme pour aller vers lui, et lui tendirent gracieusement les mains. Toujours soumis à l'autorité, Colomb allait en signe d'hommage, pour baiser les mains royales, fléchir le genou, suivant l'étiquette deCastille; mais Isabelle et Ferdinand ne le soufl"rirent pas. La Reine confusionnée d'une telle modestie le fil asseoir près d'elle sur le siège qu'on lui avait préparé. « Don Christophe Colomb, dit Isabelle, couvrez-vous, Amiral de l'Océan et Vice-Roi du Nouveau Monde. » Les yeux brillants de joie, d'attendrissement et d'admiration, la Reine (( ne s'assit qu'après que sur son ordre Colomb se fut couvert comme un grand d'Espagne et se lut assis le premier dans le fauteuil qu'on avait placé exprès devant le trône. » Quand ils l'eurent obligeamment complimenté, les Rois l'invitèrent à leur faiic le récit de sa Découverte.
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Inutilement la réception do Colomb à Barcelone a-t-elle été plusieurs fois décrite. Toujours les historiens, négligeant la partie spirituelle et chrétienne de cette solennité, ont presque passé sous silence le discours de Colomb pour celte inauguration du Nouveau