‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 87 sur 208 · LIVRE PREMIER — CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER — CHAPITRE XI

poniiis FjiL'tiis, iv|ian(lit des larmes de bonheur en apprenant ce prodige. Désormais les Héros des premiers ttMiips, les diMiii-dioux du paganisme, les expéditions labuieuses ou iiistoriques de l'anlicpiilé se trouvaient éclipsés. La réalité venait d'effacer la mythologie et de surpasser l'imaginalion.

Le signe de la Rédemption avait été porté à travers les redoutables espaces de l'Océan ténébreux, Make Tenegrosum, au delà de l'incerlainc Atlantide, par un homme dont le nom, merveilleusement symbolique du Salut, rappelait la colombe, emblème de l'Esprit-Saint, et signifiait Porlc-Croix, Christoferens, Christophorus. Et ce héros était un chrétien exemplaire !

Après sa Découverte, Christophe Colomb eût pu mourir satisfait. Bien qu'il n'eût encore rencontre que (les îles, sentinelles avancées d'un continent totalement inconnu, par cela seul le Nouveau Monde était trouvé ; il avait accompli son œuvre. Mais Dieu destinait à son zèle d'autres épreuves et d'autres récompenses.

Pendant qu'au loin, dans tous les États chrétiens, le nom de Colomb excitait l'admiration et la louange, sa personne recevait en Espagne des hommages et des honneurs inusités. A toute heure il était admis chez les Souverains. On le traitait avec la plus extrême déférence. La reine Isabelle ne pouvait se lasser de l'in-

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terrogreret de l'entendre. Elle lui créa des armoiries, en lui permettant d'écartelcr dans son blason les armes royales de Casiille et de Léon avec les siennes propres. On n'arrêtait aucune idée sur la prochaine expédition sans la lui avoir .soumise.

Une salislailion sujiéiieure à ces honneurs vint combler d'un bonheur intime le Yice-Uoi des Indes. Il eut la joie d'apprendre que son respectable père, conservant toutes ses facultés intellectuelles, jouissait de son triomphe, comme autrefois le Patriarche Jacob de l'élévation de son fds Joseph. Lui aussi était alors le premier après le Roi. Colomb, en arrivant, avait envoyé vers son père un homme de confiance lui porter les marcpies de sa pieuse affection et lui demander la permission d'attacher à sa fortune son jeune frère Jacques, ouvrier cardeur à Gènes. Le vieillard consentit avec courage à briser ce dernier lien de famille et à rester sans enfant.

Au moment dont il s'agit, Jacques Colomb, âg(' de vingt-six ans, travaillait comme ouvrier cardeur à Gènes. En recevant la lettre de son frère, il abandonna sans orgueil son métier pour se trouver, au bout de quelques semaines, aide de camp de l'Amiral de l'Océan, puis administrateur et gouverneur général par intérim. Avec ces grâces que répandait la Providence sur la postérité du vieux cardeur, en quittant .sa boutique pour se mêler aux grandeurs et aux illustrations de l'Espagne, le modeste Jacques Colomb, désormais appelé don Diego, ne parut nullement déplacé dans ce rôle.

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Il souliaitait pouvoir échapper à ces bruyantes louanges, à ces réceptions d'apparat, pour s'en aller à Rome déposer au pied du Sainl-Siégc la relation de ses voyages et implorer des faveurs spirituelles. Mais le service de la couronne ne permettait pas celte absence. Le roi Joam II de Portugal brûlait de devancer l'Espagne dans les nouvelles expéditions et s'y i)réparait clandestinement.

Aussitôt qu'ils en eurent avis, les Rois déployèrent une rare activité. Un ecclésiastique mondain, don Juan de Fonseca, archidiacre de Séville, fort en crédit auprès du roi Ferdinand, fut chargé de pourvoir à. l'armement de la Hotte. A côté de cet Ordonnateur Général de la marine, on créa une place de Contrôleur Général, à laquelle fut promu Juan de Soria, bureaucrate de race ; puis un emploi de Payeur, qui semblait destiné de droit à l'estimable François Pinelo, membre de la municipalité de Séville. Il avait fait prêter à la Reine cinq millions de maravédis pour cet armement.

En quelques semaines, un grand travail fut terminé. Dans la seule journée du 23 mai, les Rois revêtirent de leur signature dix-sept ordonnances, cédules et commandements relatifs à l'expédition. On mit on adjudication la fourniture des vivi'cs de bord et des munitions Iransportables. On organisa le service médical.

Deux jours après, l'Amiral fut nommé Capitaine général de la flotte des Indes, et autorisé à nommer lui-même, directement, à tous les emplois de ce gouvernement nouveau. On lui remit le sceau royal, l'jisuitc les Souverains, dans un acte solennel,

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