‹ Christophe Colomb (volume 2)Chapitre 93 sur 208 · LIVRE DEUXIÈME — CHAPITRE II · texte numérisé non relu

LIVRE DEUXIÈME — CHAPITRE II

rochers qui dominait le port une fortification naturelle aisée à rendre inipienable. Le docteur Clianca jiii^i'ait « ce lieu le mieux situé du monde, » et pensait que la Providence y avait conduit la flotte.

r.'esl là que dans les derniers jours de décembre débarquèrent enfin les hommes et les animaux, éi;alrmcnl l'alii^ués d'une navigation de près de trois mois, pendant laquelle par prudence ils avaient été soumis à uni' ration exifruë. Ce fut avec (rincxpiiinalilcs délices que les Espagnols prirent possession des ombrages odorants et des fruits inconnus de cette contrée, où sous un feuillage toujours vert les oiseaux faisaient leurs nids comme au printemps dans notie iùirope.

On renferma les provisions, les munitions et les bagages dans des maisons de bois qui furent promptement élevées.

Immédiatement, Colomb avant fait tirer les alignemenis et déterminé les projiorlions convenables, posa, au nom de la Très-Sainte Trinité, la première pierre de la Cité nouvelle, qu'il décora du nom tant aimé d'Isabelle.

Dans sa pensée, le service de Dieu passant avant tout autre, le premier édifice auquel on mit la main fut l'Église.

Trois bâtiments publics seulement furent construits en pierre. Les maisons des particuliers étaient faites de bois, de terre et de chaux. Chacun se prêtait à s'as surer une demeure propre. Les Indiens, que lassurait la présence alTablc de l'Amiral s'empressaient d'aider les Espagnols dans leurs travaux et se trouvaient uia-

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nouiTituro composée lanlôt de vôgélaux auxquels on n'était pashaliilné, tanlôlde vivres apportés d'Espasine, mais enfiiande partie avariés j)ar i'eili't de la cnpidili' des soumissionnaires, jointes aux influences nouvelles de l'air, du sol et de l'eau, produisirent des cas nombreux de lièvre.

La fraude des bureaux de Séville acarava la siluation de la colonie à ses commencements. Il y cul alors de cruels désenchantements et des découragemenls amers.

Comprenantla nécessité d'obtenir sans retard d'autres approvisionnements, l'Amiral se liàla de renvoy(M- la Hotte, dont il ne retint que cinq navires, destinés tant au service de la colonie qu'à de nouvelles découvertes.

Elle mit à la voile le ^2 février liili-, emportant en Espagne les Indiens, femmes et enfants, pris aux îles des Caraïbes, afin qu'une fois chrétiens ils pussent revenir et servir d'interprètes.

Un grand découragement s'empara des hommes de plaisir, fort étrangers à toute habitude de travail, et qui s'étaient attachés à Colomb, croyant ramasser des trésors au milieu des fleurs et des voluptés de ces hoi'izons inconnus. La réalité se montrait à leurs yeux. Plusieurs se conlièrenl leurs déceptions, leur mécontentement, et cherchèrent à sortir de l'exil volontaire qu'ils s'étaient infligé.

Profilant de la maladie de Colomb, ils prirent pour chef le trésorier Bernai Diaz, et convinrent de déserter en s'emparant de tous les navires, durant une nuit. Mais au moment même où allait s'exécuter le complot,

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LIVIIK DEUXIHME — CHAPITRE III

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I Aiuual, .-uhitcnicnt n'tabli, infomic de la macliiaalio», en lil saisir le prineipal aiileiu", sur lequel on surprit, édiles de sa main, les prouves de son crime. Au lieu de le faire juij^er suivant la rigueur des lois, il se contenta de l'envoyer en Espagne.

Pourtant, malgré la miséricordieuse indulgence de Colomb, ce châtiment, si légitime par le droit, la position exceptionnelle où l'on se trouvait, devint la source d'accusations et de rancunes implacables. L'orgueil castillan se révoltait de voir un étranger, un Génois, punir un hidalgo.

Prévenant de pareils complots, l'Amiral, pour occuper les mécontents, s'avança vers les montagnes de Cibao. Là gisaient les mines d'or.

Aûn de frapper d'étonnemenl les indigènes dans sa marche, il choisit ce qui restait de plus valide en hommes et chevaux, et partit dans le plus grand ordre, entouré de ses principaux oniciers, à la tète de toute sa cavalerie, qu'appuyait un bataillon d'environ quatre cents hommes divisés par sections. Il maintint dans sa petite armée l'ordre le plus scrupuleux, voulant étonner à distance par l'ensemble de ses mouvements.

.\prcs avoir franchi des escarpements abrupts, on découvrit une plaine majestueuse, s'élendant à. perte (le vue, arrosée de plusieurs rivières qui répandaient la IVaicheur et la vie sur leurs bords, où l'opulente végiHaliou des tropiques prodiguait son luxe iudes- ' l'iplilde.

A ce déjirienx aspect, profondément ému, le contemplateur de la Création arrêta son cheval, fit faire halte

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à la colonne, afin d'admirci' à l'aise cette splendeur cl de bénir publiquement l'Auteur de ces magnificences.

Colomb dédia cette plaine à l'Immaculée Conception.

En approchant des habitations, les trompettes sonnaient, les ensei|;ncs se déployaient et les tambours battaient la charge. Saisis d'admiration et de frayeur, les indigènes s'empressaient au-devant de ces puissants étrangers pour les contempler respectueusement, leur olfrir les fruits, les provisions et l'or dont ils jiouvaient disposer; tandis que d'autres, frappés d'épouvante, prenaient la fuite ou s'enfermaient dans leurs cabanes, se croyant à l'abri derrière leur clôture en roseaux. L'Amiral défendit de forcer le frêle asile qui faisait leur sécurité.

Pendant deux jours, l'étendard royal de Castille fut conduit au milieu de nombreuses peuplades. On atteignit ensuite les redans d'une chaîne de hautes montagnes : c'élait le district de Cibao, domaine du « Seigneur de la maison d'or )•>.

Afin de protéger les communications entre les montagnes de Cibao et le port do ris.ibelle, rAiiiiral choisit un emplacement avantageux, sur un plateau de rochers dont l'Yaque aux eaux pures et fraiciies formait la défense naturelle. Ingénieur né, il improvisa une Ibrleressc en ce lieu. Ihi haut des remparls formés de bois et de terre, la vue parcourait une délicieu.se savane. Ce fort fui nommé Sainl-Tliomas. Il y installa cinquanle-six hommes d'élite et (|uelqueschevaux sous le commandement de Pedro Margarit, père de famille.

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