LIVRE DKUXU^.MK — CHAPITRE
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fans forliino, qu'il avait rorommandé aux Rois : cirronslanco à noter, car col ollicicr ingrat et rebelle devint ensuite ime dos principales causes des malheurs de la colonie et des embarras de l'Amiral.
La fécondité du sol semblait incroyable. Les légumes germaient en trois jours et arrivaient à maturilé dans trois semaines. Le ;30 mars, jour de Pâques, un laboureur offrit à l'Amiral des épis mûrs du blé semé à la lin de janvier. On était certain d'obtenir deux récoltes par an. Pourtant cette espérance ne pouvait remédier aux maux actuels. La fièvre sévissait. Les ouvriers robustes, accablés de travaux, tombaient dans le découragement et faisaient peu de travail; les hidalgos, enveloppés dans leur orgueil, se livraient à d'amers regrets, maudissaient l'.Viniral et la Découverte. Ils consommaient, sans aucune utilité pour la colonie, les vivres qui diminuaient à vue d'œil. La })lupart des viandes étaient gâtées, les médicaments épuisés ; il ne restait puisqu'une petite provision de vin. Le blé seul, mieux conservé, offrait quelque ressource ; mais il fallait le ménager avec parcimonie.
L'.\miral commença par rationner tous les membres de la colonie, sans exception de rang et de personnes. 11 se soumit le premier à la loi commune.
Cette mesure de salut parut insupportable à certaines gens. La provision de farine étant épuisée, on
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distribua des râlions do hlT' tel qu'il existait, on magasin. Ciiacun fut donc ol)iiL;é de moudre soi-même, avec un moulin à bras, sa portion de farine. Or, il n'y avait pas assez de moulins. En outre, les volontaires, les liidalgos, ceux qui, habitues aux aisi'S de la vie, n'étaient venus dans File que pour ramasser de l'or, se refiLsaient à ce labeur. Les malades, les convalescents ne pouvaient s'y livrer; les hommes de corvée, obllués de faire seuls celte besogne, iiar surcroit à leurs travaux, devenaient malades ou feijjnaient de l'être. Colomb jugeait inique de faire tomber tout le poids de cette calamité sur les pauvres ouvriers. L'établissement d'un moulin public et l'achèvement du canal qu'il voulait faire passer par le milieu de la ville pouvaient seuls remédier à ces inconvénients. Il décréta le travail à ces deux ouvrages d'utilité publique obligatoire sous des peines sévères. Celte mesure révolta l'orgueil castillan. Les liidalgos se trouvèrent profondément humiliés d'être contraints au travail manuel. 11 leur paraissait naturel que les ouvriers, minés par la continuité des fatigues et l'insuffisance de la nourriture, fissent seuls au milieu de celle jiénurie générale le canal, le moulin, les fours, et achevassent, au détriment de leur vie, les magasins et les édifices publics.
L'âme dn'élienne de Colomb, s'élevant au-dessus des considérations do rang et de prérogatives, maintint le principe de l'égalité devant la loi du péril et du salut commun. Il courba les préjuges du sang sous l'auloritc du malheur. Tous les liommes valides, mis
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LIVHE DEUXIÈME — CIIAPITilE III
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en réquisition Pl dirigés par pscouades sur le chantier (les travaux, payèrent de leur personne. Le chAlimenl des récalcitrants assura l'exéculion de ces mesures. AïKMint^ ronsidéralion nn put l'arrêter, et son infloxihiiilé sahilaire lui un !j;rief que les Castillans ne pardonnèrent pas.
Colomb mettait en appliration celle maxime des reliijic'ux dos premiers siècles : « Celui qui no travaille pas ne mérite pas de manger. » Aux nobles fainéants cl aux égoïstes paresseux, il oITril le choix entre le travail et le retranchement des rations; à cause de cela, les consommateurs inutiles lui firent une réputation de barbarie, que l'appui du Vicaire Apostolique revêtit d'une apparence de vérité-.
Dès l'arrivée, ce religieux, jusqu'alors plein de considération pour Colomb, fut en dissentiment avec lui relativement à la complicité présumée de Guacanagari dans la ruine du fortin. Il l'aurait voulu frapper sur iMi soupçon, pour montrer la supériorité des Espagnols, qui pénétraient dans la pensée .sans être dupes des protestations et des apparences. L'.Vmiral .s'était montré plus confiant, plus prudent que lui; de là son éloignement pour Colomb. Deux fois il avait inutilement conseillé des mesures précipitées et violentes contre Guacanagari. Le Père Boïl n'était pas habitué à donner ses avis en pure perte. Il fut profondément indisposé contre l'Amiral, qui semblait plutôt croire à ce sauvage qu'à sa pénétration de diplomate. De là l'inimitié du bénédictin conire Colomb. Ce germe, d'abord caché sous des formes polies, se produisit d'une manière afiligeante lorsque l'.Vmiral contraignit aux Ira-
vaux (rurgcnce les hidalgos oX volontaires qui n'iMaiml pas à la solde royale.
Le Vicaire Apostolique censura publiquement luie mesure impérieusement imposée parle salul louimun. Le Père Boïl taxa Colomb de « cruauté », et les gentilshommes, aigris par leur jirélendue huuiiliation , s'autorisèrent du Vicaire Apostolique en conirevenanl aux ordres de l'Amiral. Celui-ci, ne pouvant exercer di' ( hàtimenls corporels, diminuait ou retrancliait leur ration, comme cela se pratique à bord. C'était le seul moyen de dompter l'insolente paresse.
A travers ces contre-temps, les Iravanx s'exécutaient grâce à la fermeté de Colomb. Il fit partir la garnison de l'Isabelle pour l'intérieur de l'île, afin de la reconnaître complètement. Cette mesure offrait à la colonie l'avantage d'assurer ses vivres pendant im tenqis plus long et d'habituer les soldats à la nourriture des indigènes.
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pclile caravello qui l'avait lamono en Europe, et chargeant son nom l'appela la Santa-Clara, on souvenir (le la première fille de l'Ordre Séraphiqne. Il iiienail un étal-major peu nombreux, mais choisi : l'astronoiui; Fr. Juan l'erez de Marchcna, le médecin en chef docleur Ciiauca, le géographe Juan de la Cosa, le pilote Francisco Nifio, le notaiie royal Fernando Perez de Luua, el le fidèle écuyer DiegvO Mendez.
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Le 2i avril, l'Amiral sortit du port avec deux autres navires, se dirigeant vers les possessions de Guacanagari. Il pensait que le Cacique viendrait le trouver et renouer leurs anciens rapports. Mais, à la vue des caravelles, Guacanagari s'était enfoncé dans les forêts. Cet éloignemenl vint de nouveau confirmer la j)réventiuii répandue contre lui. Pourtant Colomb ne le condamna pas encore. Le Cacique avait peut-être craint qu'on ne lui disputât le trésor de son cœur, celle fière Cataliua dont les Espagnols avaient eux-mêmes remarqué la sauvage élégance, et il l'était allé cacher dans la profondeur de ses bois.
L'Amiral remit à la voile le lendemain, par des vents variables. Enfin, après quatre jours d'habiles manonivres, il doubla le cap Maysi.
11 continua d'aj)puycr sur l'ouest en vue des côtes. Ses navires étaient suivis d'un nombre infini d'iuilicns en canots venant leur l'aire offrande de fruits, de pain de cas.sa\e, de poissons et de calebasses pleines d'une eau excellente. Couuiic les autres insulaires, ils les croyaient descendus du ciel. L'Amiral leur distribua
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