LIVRE DEUXIÈME - CHAPITIt K IV
cos laliludcs, où la vue alli'int uno portée immense, il vil poindre les cimes bleues de hautes montagnes : c'était la Jamaïque, où pourtant on n'arriva qu'après une journée de navigation. L'île parut d'une merveilleuse beauté.
Comme on approcliail du rivage, une flottille de grands canots de guerre, montés de cond)attants bariolés de peintures, le chef orné de plumes, brandissant leurs armes et poussant des cris de menace, sortit des anses nombreuses pour s'opposer au débarquement. Quelques présents calmèrent cetle fureur, et l'on jeta l'ancre dans un port que l'Amiral nomma « la Sainte- Gloire », tant les harmonies de la Nature eu rendaient le séjour délicieux et faisaient éprouver à son ravissement comme une impression des pures jouissances des prédestinés. Ensuite, il se dirigea sur un lieu convenable au i-adoub, une voie d'eau s'étant déclarée dans la Nina.
L'Amiral prit possession de celte île suivant la forme accoutumée et, la mettant sous la protection de l'.Vpôtre des Espagnes, lui donna le nom de Saint-Jacques. En trois jours, la réparation de la caravelle fut achevée. Colomb, après avoir suivi la côte dans une longueur de vingt-cinq lieues sans trouver le moindre indice d'or, lit orienter sur Cuba
Le 18 mai, il reconnut un cap avancé qu'il nomma Sainte-Croix. Une tempête telle que jamais Européen
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n'en avait éprouvéi' dans ces rlimats les mit en prantl l>éiil. Quand elle fut dissipée, ils se trouvèrent au milieu d'écueils à fleui- d'eau, d'ilols el de cayes, entre lesquels ils (irent une lieue, visiblement guidés par la Providence. Un nombre infini de petites îles, les unes basses et sablonneuses, les autres élevées et verdoyantes, formaient comme un labyrinthe. Ne pouvant leur donner à chacune un nom particulier, Golondj les ajjpela collectivement les Janlliis de la Reine. Ses officiers le suppliaient de quitter ces parat;es, où reculer n'était pas moins difficile qu'avancer. On courait le risque d'échouer à tout instant. Des coups de veut venant de divers côtés forçaient à des muiu'uvres continuelles. On était doublement en danger, à cause des rochers (jui menaçaient les quilles el des fonds vaseux qui ne retenaient pas les ancres.
.\ travers d'incessants dangers et d'incroyables fatigues, il n'en poursuivit pas moins l'exploration de ces îles, autant parsemées de beautés que de périls. La plupart étaient inhabitées. Dans la plus grande, (pie l'Amiral nomma Sainte-Marie, ils trouvèrent des cases dont les habitants s'enfuirent à leur approche, quantité d'oies, de hérons et quatre chiens muets, d'asl)ecl ignoble, que les indigènes engraissaient pour leur régal. Une vi''gétalion vigoureuse recelait dans ses profondeurs des multitudes d'oiseaux pélagiqui'S : des cormorans, des alcatraz, des canards siflleurs, mêlés aux bandes sautillantes des chevaliers, des sarapicos, aux troupes de flamincos écarlates. Les vols et les
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