‹ Christophe Colomb (volume 3)Chapitre 2 sur 12 · SI · texte numérisé non relu

SI

épargné ai soins ni veilles, de telle sorte que vous n'avez pas moins acquis une réputation de savaut que celle d'homme ayant hautement bien rodrité de la Religion.

Parmi vos œuvres, il en est une qui tourne tout autant à l'honneur de la Hetigion qu'au lustre de l'Italie : c'est la très riche Histoire par vous écrite de la vie et des actes de Christophe Colo&ib.

QUI, RNPLAMMé DR ZÈl.E POUR LA FOI CATHOtJQUR, AÂSOLUT, KN KKTBBIMIKNANT l.A PI,nS AUDACIEUSE DBS NàVIOATIONS, DE DÉCOUVRIR TJy UONDB HOU- TEAU, NON POINT POUR AJOUTER DB NOUVELLES TERRES A LA SOOVBRAINETÉ DB L'EsPAONB, MAIS AyiN DB PLACP.R DB NOUV^UX PEUPLES SOUS LB

RÊaNc DU CimrsT, cb qui veut dire de L'ÉaLisE.

(L<i TfsUt ilu Bref étant uniquement perMDDcl. ta cilalioD doit se buraer & ces lignes.)

sa destination, car ce nom mcneilleux signifiait: La Colombe portant le Christ.

Au temps préfixé, l'élu du Seigueur souleva lo voile qui, malgré une évolution de soixante siècles, dérobait encore aux nattons la totalité du domaine terrestre. Par lui s'est accomplie la Découverte du nouvel hémisphère et l'uninc^tion de l'iiumanité. Par lui s'est opéré le mouvement intellectuel le plus accéléré qui ait eu lieu depuis la dispersion des peuples, à l'ère de noti'e mystérieuse Haliel. Grâce à lui, nous possédons la première notion des lois fondamentales de cette planète. Grâce à lui, la forme et l'étendue de notre habitation nous sont enfin connues. Grâce à lui, l'homme a pu mesurer l'empire des mers el dresser la carie de nolro ciel.

Le névélalcurdu Globe rend à jamais irihulaires desongéoie: l'Iiydro^îrapliie, la géographie, la météorologie, la botanique, l'agriculture, l'histoire naturelle, la physiologie comparée, l'astronomie, la cosmographie, la philo^ophic cl l'histoire générale. Les résultats incalculables de ses travaux se feront sentir dans toute la durée des générations. Donc, aucun homme mieux que Christophe Colojnb ne peut èlro dit bienfaiteur de l'humanité.

Assurément la majesté de son rAle dans le Monde reste sans pareille; mais combien, en la considérant, n'apparait-elle pas plus haute et plus rayonnante dans rÉglise de Jésus-Christ!

Après l'heureux Jean-Bapliste préparant les sentiers duSaureur, lequel parmi lesenfunls de la femme

romparerons-nous au chrôtieo qui donna l'aulre moilié du Monde à relise pour y semer J'Êvangile ?

Dans sa divioc mîâsioo, Colomb a réalisé les pré- {lîciions du premier par le rang el du dernier par la date d'entre les prophètes. En accomplissant l'auoonce du Prince Isale, qui noa-suulement l'eDlrevil, mais prononçajusqu'â son nom, sous un voile allégorique, Colomba rendu possible l'établissement du Sacrificb i>BRPÉTUEL dont celui des Hébreux n'était que la figure! N'est-ce pas à lui seul que la Terre doit le bonheur de cette ofTrande de propilialïon qui, désormais, se rcuouvcllcinccssammentdans les chrétientés, etdu couchant à Taurore vase continuant d'un liémisphëre à l'autre, sans iolerruption, comme la germination, la vie et la rotation de nolreGlobesursonaxe?

Cependant, durant plus de trois siècles cet homme n*a été connu ni du monde ni de l'Église. Au milieu de rindifTéreace générale des peuples, Rome seule se souvenait de lui . Mais dès le jour où l'immortel Pie IX fut promu à la Tiare, la renommée du héros catliolique sortit instantanément des ombres de l'oubli

 son retour de Gaële, ce grand Pape, le premier des successeurs de saint Herre qui ait franchi l'Atlantique et vu le Nouveau Continent, nous ordonna d'écrire l'histoire complète du navigateur chrétien, dont, jusque-là, des bibliographes incrédules et des écrivains protestants semblaient s'être arrogé le monopole.

Avec une respectueuse gratitude nous avons obéi.

L&s conséquences de notre œuvre sont maintenant

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rîsibles. La vénération des catholiques pour le Rét^ lateur du Globe est allée s'arûrmant chaque jour plus hautement. Témoin de leurs pieux désirs, l'illustre métropolitain des Antilles françaises, S. Ém. lecardinat Duunet, archevêque de Boi^Jeaux, s'en est faîL rîDterprète auprès du Snini-Siége; aussi aimons-nous à reproduire en léle de ce volume les Irails du Prince de l'Église, qui. le premier, a eu l'honneur d'une û noble initiative.

Depuis lors, nombre d'évÔques Français, Espagnols, Italiens, Delgcs. Suisses, Grecs, Âu^çlais, Mexicains, Colombiens. Krésiliens; des prélats de TAmérique du Noi-d, de ^^^ua(eur, de TAujérique du Sud; les délégats Apostoliques de la Syrie, de l'^yple, de l'Arabie ; des évéques de l'Albanie, de la Bosnie, de rilerzégo* vine, de l'Asie Occideulaltj, de l'extrême Orient, de l'Arriquo du Nord cl de l'Afrique Australe, de l'Océan Indien, des Antilles, de la Manlchourie, des diverses régions de la Chine, du Japon, de la Polynésie et de la Nouvelle-Calédonie; des Princes de ^I^,'lise, des Primais, des l*atriarclie<» se sont joints à la demande de l'Éminentissime Archevêque de Bordeaux ; et l'on espère du nouveau Souverain Pontife la juste récompense due aux mérites de l'iocompai-able Senilcur de Dieu.

Que les libres penseurs le sachent bien : la supériorité de Christophe Colomb étant principalement •la résultante de ses vertus catholiques, vouloir le juger selon l'esprit du monde, avec les prétentions et les préventions scientifiques de notre temps, serait

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doublement une erreur et une injustice. Nous avons donc pr^senlê le névélaleur du Globe Let qu'il fui vérilablement, el non pas tel que l'avaient dépeint des biographes ennemis du principe qui lit sa grandeur el au gloire.

Ne pouvant publier inti^p*alemenl, avec des illus- Iralions, les deux gros volumes de notre histoire de Colomb, nous en avons résumé dans un seul la substance, sans omettre aucun des faits palhêliques don! se compose le drame de sa vie; et nous pouvons raftirmer : quiconcpie aura lu ce livre, possédera une compléic idée de Thomme auquel premièrement l'époque actuelle doit la connaissance de notre univers.

/rriog. dibnte par ces BgMS ; c Od ne sai: ri«n de certain sor les premières années de Cfarisltfhe Cokicab. L'époque, le lieu de a nawoiy» sont esreloppés d'une égale obscurité. Ses ancêtres m sm pas mieux connus. Et telle a été h scérililé fatigaBla des eommentAt^urs, qu'il est difBdle de décourrir la vérité, an milieu du dédale des conjectures qui TefttooreoL >

El après ces mots, an lien de s'efforcer de procurer i ses lecteurs un fil historique pour les tirer de ce labyrinthe de perplexités, il ne bit lui-même à sou tour qu'afgraver leur embarras, en au(mealaot leur încer- , titude.

Quant à DonS| robscurilé que des causes multiples ont f&it mrstérieusemenl incuber sur les ooouDeno»meots de Phorame qui doubla notre Globe ne nous a; point semblé irapénéirahle.

C'est par la date de la mort de Colomb qu'on arrive à préciser celle de sa naissance. On sait qu'il mourut i Valladolid, le 30 mai 1506, à Tige de soi^oaie-dix ans. Il était donc né en l-lâ5.

TaUeesl la vérité.

Qu'iroportenl les prétentions de Cuccaro dans le HoQtferrat, de Pradello dam le Plaisantin, d'OncgIia, de Finale, de Boggiasco, de Quinto et Nervi dans la rivière de Géoes? En vain le petit boui^ de Cogoletto ft'ob&tine-i-il à étaler, aux regards du voyageur, TinicTiption qui lui décerne te titre de patrie de Cliristopfae

Colomb ; nous n'avons pas à nous préoccuper de ces amours-propres de clocher, ni des discussions plus ou moins érudites par lesquelles Savooe aussi a réclamé cette gloire. Aucune de ces discussions n'a prouvé que Christophe Colomb naquît hors de Gênes ; et plusieurs des documents produits durant leur cours laissent voir qu'il était GiÎDois. Il n'est plus permis de douter de ce. fait, devenu patent el irrécusable, tant sont nombreux et concluants les dirers ordres de témoignages sur lesquels il repose.

Dans l'acte d'Inslilulion de Majorât, Tait le 93 février l'iOS, au profil de sa descendance, Christophe Colomb devenu grand amiral de l'Océan^ vice-roi des Iodes, dit en propres termes qu'il est n& à Gênes: f Siendo yo nacido en Genova ; i plus loin, il recommande à SOS héritiers de favoriser, sans nuire à la couronne d'Espagne, tout ce qui sera à l'honneur et i raccroissement de Gênes, Tille noble et puissante sur mer : < Ciudad noble y poderos^i por la mar. > Il explique cette prédilection en disant encore : C'est de lâ queje suis sorti, et c'est lâ que je suis né : < délia sait, y en ella nacf ■ *

A travers un espace de soixante-huit ans, dans la }roprc famille de Cobmh, trois généralionsde témoins [attestent qu'il est né à Gènes.

Contre l'autorité d'une telle affirmation, résuUanl d'actes authentiques ou revêtus de formes solennelles, qu'a-t-on opposé jusqu'à ce Jour? dns négations sans ^preuves, des prétentions sans bases, des considéraLion^

lérilcs tirées elles-mêmes d'inductions risiblemenl titorlurées, dans lesquelles, si la lo[:iqne des faits «si

misérablement violeDtée, en revanche les vanilés locales $e donnent satisfaction plénière.

Donc, nous le répélons :

Son père était Génois. Il s'appelait Dominique Colomb, et élail fils de Jean Colomb, domicilié à Quiato» où il parait avoir joui d'une certaine aisance.

Dominique Colomb prit pour femme une villageoise de fiisagno, Suzanne, fille de Jacques Fonlanarossa, qui l'avait pourvue d'une petite dot, partie en espèces, partie en biens-fonds. 11 s'établit à Gônes, d'abord dans la maison qui lui appartenait personnellement. Cette maison, ayant boutique, et & laquelle se trouvait contigu un jarilin arrosé par un puits, était située bors des murs, du côté de la porte Saint-André, sur la route de Bisagoo, le pays de sa femme, qui en est tout voisin. Dominique Colomb possédait encore un petit patrimoine dans la vallée de Nura, et quelques lots de terre aux alentours de Quînlo. Toutefois, afm de suppléer 4 la modicité de ses revenus, il s'occupait du cardage des laines, et avait un métier pour la fabrique des draps, auquel il employait habituellement im ouvrier et un apprenti.

Ce fut dans celte maison du faubourg que vînt au monde Christophe Colomb. On le présenta aux fonds baptismaux dans l'antique église de Saînt-lL tienne, alors isoléesurson petit monticule, et que desservaient t^ religieux bénédictins. C'est l'églîse vulgairement appelée à Gènes : * Saint-Étienne de l'Arco, >

Quelques années après, ayant déjà plusieurs enfaols. Domiuique Colomb crul de son ialérët de louer sa propre demeure, sans doute à l'un de ces petits aubergistes ou laveruiers qui avoisinent l'entrée des villes, Qlde se rapprocher du quartier spéciniRment habiti^- des bonnetiers, teialuriers et cardeurs de laine. A cet e0et, il prit à bail, dans la rue de Mulcento, une petite maison ayant au l'ez-de-chaussée, outre la pièce d'entrée éclairée par la porte, une salle contiguë, pourvue d'une fenêtre garnie de barreaux de fer assez sveltes, mais rbien reliés entre eux, etqui pouvait servir de boutique. Sur Tannicn cad.t3irc âc. la république de GÔncs, cette maison portait le numéro 166. Elle appartenait aux rc- , %ieux béa=diclius. Plusieurs livres de recette de leur 'communauté, échappés aux désastres des révolutions et existant encore .'mjourd'bui , mentionnent les payements successifs eiïeclués par Dominique Colomb. Dominique Colomb eut quatre fils : Christophe, [Barthélémy, Pellcgrino et Jacques. Il avait aussi une [fîlle, laquelle, n'espérant pas mieux de la Tortune, voulut épouser un charcutier du voisinage, nommé Jacques Davarello, et que l'obscurité de sa condîiioa dérobe, dès son vivant, aux regards de l'histoire. Pellegrino Colomb mourut ayant dépassé l'âge de la majorité ; il travaillait au métier do son père. La plupart des écrivains ont oublié ou ignoré son existence.

Les ancêtres de Colomb appartenaient à la noblesse. Cela est certain.

Dans les veines de ce cardeur coulait un sang très-

pQr.SesaleuxdesœDdaientd'une souche militaire, issue de la Lombardie, doolles branches collatérales avaient pris racine en Piémont et sur le Plaisantin, tandis ^« d'autres, iransplanlées en Ligurie, s'étaient ^-ues forcées de s'aUacher aux choses de la mer et du négoce. Indir> bilablemeot, dans la premièra moitié du quinzième aèclc, il existait h G^ncs plusieurs Colombo, unis par une ancienne parenté ; mais leurs conditions étaient devenues bien diverses, leurs rapports se ressentirent de cette différence de rang. Les uns se trouvaient haut placés par leurs seiTÎces et leur fortune, tandis que d'autres occupaient une position secondaire ou même ignorée dans la marine marchande. D'autres encore, habitant tes bourgs de la Ligurie, s'y adonnaient i la culture de leur modeste patrimoine. Ces liens de parenté et de voislnige donnèrent lieu aux prétentions qui se produisirent par la suite relativement à la véritable patrie de Cliristophe Colomb.

Les Colomb portaient d'azur à trois colombes d'argent, et pour devise ces mots : < Fides, Spes, Charltas. » Sauf d'insignifiantes nuances, ces amies étaient communes aux diverses branches de l'antique famille lombarde, et appartenaient aux Colomb de Plaisance aussi bien qu'à ceux du Moniferrat et de la Ligurie.

Soit qu'il edt ou non conservé les armes de ses aïeux, Dominique Colomb parut toujours se souvenir d'eux dans sa conduite. 11 agit suivant sa condition, comme un homme que noblesse aurait obligé. Il ût de sa famille un modèle de la sainteté du devoir. Le respect, la piété ûliate, l'aflectioa fi-otemelle, la modestie dans

l'élévatioa, le courage dans Tadvet-sité, la magoanimité, la pnreté chrétienne, voilà ce que l'ouvrier en laine montra nu monde. Et celui que sa pau\Teti obligeait de marier sa fille au charcutier Jacques Bavarello sut, avani de quitter cette terre, que l'alné de ses fils en avait augmenté l'espace ; qu'il était Grand Amiral et Vicfî-Roi. Ce fui dans ses enPants qu'il plul A Dieu de bénir ce vieillard laborieux, ignoré des maisons patriciennes, et qui, après avoir compté comme un autre Jacob, dans les longues années de son pèlerinage, des jours bons, d'autres mauvais (et ces derniers furent les plus nombreux), se vit avec complaisance, à la fin de sa course, revivre par un fils revêtu de splendeur, éblouissant de gloire.

Jamais le cardeur do la rue de Mulcento n'a reçu un mot d'égards des biographes de son ûls. On s'est borné à dire : € Les parents de Colomb étaient pauvres, mais honnêtes. » Ce cerlifical de moralité, délivré sérieusement par l'école prolostaole, serait blessant s'il n'était ridicule. Est-ce que l'honnêteté seule eût produit Texemple de ces trois fds, qui, toujours respectucui etreconnaissants, surent, malgré Icurpropregfiue, soulager la vieillesse de leur père ; fidèlement unis entre eux. pleins de déférence pour leur frère aîné, se trouvèrent au niveau des entreprises les plus difficiles comme des situations les plus élevées ; supportèrent les gniodinirs aussi naturellement que les revers, et ne défaillirent en aucune occasion ? Ne sent-on pas ici quelque chose de supérieur & la simple moralité? PTaperçoil-on pas l'essence de la noblesse, ta vertu *? Si la noble origine de ce cardeur n'était prouvée du

reste, l'influence de son exemple suffirait pour témoigner d'une Iradilion héraldique, qui se perpétuait à son humble foyer, etrévéterla pureté de race résistant aux étroites nécessités de la vie, à la moDOlonie et à la fatigue des labeurs quotidiens. C'est de cette iaOmîté que Dieu tira l'agent de la plus grande opération qui ait eu lieu parmi les hommes.

Frappé de l'intelligence de son fils Christophe, l'artisan s'efTorça de seconder la Nature, et de procurer h ce petit garçon l'instruction la plus complète qui se donnât aloi-s. li Teuvoya  l'Université de Pavîe, où son extrême jeunesse était sans doute patronnée par quelque membre de sa ramilie, originaire des États lombards.

D'ailleurs la science de ses maîtres ne put guère lui profiler, car à quatorze ans il était déjà embarqué; et nous savons qu'entre sa sortie de l'Université de Pavie et son enrôlement maritime,' il passa quelque temps travaillant, comme apprenti, au métier de son père.

En quittant les rues étroites et sombres de Gènes, si l'on monte sur les remparts, ou si l'ou vient à gravir les sévères montagnes qui la dominent et renferment de tous cMés, ne lui laissant d'issue que sur la ttédilerrauée, comme pour la contraindre â tenter celte voie, on se trouve ébloui de la lumière inondant la transparence de l'air, tout imprégné de senteiu*s inergiqncs. Le vif azur des Qots se jouant sur

des rivages d'un encadrement enchanteur, les loiatains éclatauts du golfe ligurien élèvent l'âme, on transporlant sous d'aulres cieux la pensée. Ou sent que, malgré sa magnificcDcc, rcnceinlc de la ville de marbre ne peut suflire A l'imagination de ses enfants. On comprend que, en effet, la mer est la vie, la sève et la force de celte cité. Un attrait gént^-i-al disposait les jeunes Génois aux aventures de la mer. Christophe Colomb, qu'un amour précoce de la Nature portait A la contemplation des œuvres divines, et qu'un secret iaslincl poussait à l'étude de la géographie, préféra la mer aux travaux sédentaires et monotones de sa Ciroillc.

A cette époque, la navigation était une rade école. L'installai ion de bord ne faisait aucune concession aux commodités de la vie. L'esjiace était slriclemcnt ménagé. La marine marchande se trouvait forcément un peu guerrière. Seulement, elle se boinait à garder la défensive; mats, exposée aux pirates do toute D.ilion, aux attaques les plus inattendues, elle se tenait prfite A la riposte. Malgré son petit bagage scientifique emporté de l'Université de Pavie, le jeune écolier dut, suivant les usages de cette époque, commencer son apprentissage de mer en qualité de mousse. Perdu dans les rangs suballrrnes, la longueur de la pratique, l'observation, l'expérience lui enseignèrent seules la théorie de la mer. Formé A celle dure école, ta connaissance des armes lui devint aussi familière que celle des vents et des manœuvres. Sans doute, il puisa dans cette habitude du danger de la part des

flots el des hommes, dans la fréqueoco des complicatioDs les plus împréTues et les plus teiiibles^ ce sangfroid uai à la promptitude de résolution, cette sûreté de coup d'œil et celte ferme précision du commandement qui, sur mer, font le saluL des navires.

Nous savons qu'il avait parcouru toute l'éteodue de la Méditerranée, navigué dans le Levant, à cette <'poque sillonné par les pirates de rArchipel, les corsain:s mahomi^tans et les forbans des Ivlats barhareaques. Pendant un de ces combats obscurs et vaillants que n'a pas retracés l'hisloire, il reçut une blessure profonde dont la cicatrice, longtemps oubliée, se rouvrit vers les dernières années de sa vie, qu'elle mit en péril. Exposé aux aventures les plus dangereuses, il passa sur les Ilots plusieurs années, durant lesquelles aucun rensolgremeni ne vient éclairer les vicissitudes de cette nide existence. La première fois qu'un document historique permet de saisir sa trace, il navigue sous le pavillon français. Mais déjà il est homme de mer, et l'un des officiers du fameux Colombo, son grand-oncle, qui commandait une flotte pour le compte du roi René contre le royaume de Naples, en 1459 C'est ce Colomb, que Sabellicus appelle c illustre Archipirate »; en d'autres circons lances, il est à bord d'un autre capitaine, Colombo dit fe Jeune, neveu du célèbre t Archipirate >, vrai Duguay-Trouin de la Ligtiric. On distinguait le neveu de l'oncle par le surnom de Moto — Colombo il Mozo.

Vers celte époque, Félève intelligent de ces detn nobles loups de mer, Christophe, à son tour, était devenu maitre. Le roi René lui donnait un commanr

demcDl persoûoel pour une eipédUion qui exigeait une audace el une babileld peu communes.

On ne doute point qu'ensuite Colomb, pendant les quatre années que le roi René employa à tenter U conquête de Naples, n'ait continuil à le servir.

Nous ne pouvons nous défendre ici d'un souvenir rétrospectif, sur cette guerre qui transplanta notre famille des États de Napics dans ceux de Provence, et lui valut ainsi d'être rrani;aise. Le comte Ccsare Roselli ayant pris parti un peu tardivement pour le duc d'Anjou, l'excellent roi René, et servi sur terre la cause que défendait par mer Christophe Colomb, fut contraint de s'expatrier après l'échec qu'éprouva le roi de Provence. Il se réfugia à bord de la Qoite qui tenait encore la baie de Naples. Nous aimons à penser que ce fut, peut-être, sur le vaisseau que commandait Christophe Colomb; et qu'il fui ainsi donné au dernier de DOS aïeux du sol italien, de connaître le Révélateur de ce Globe, dont nous avons écrit la première histoire française.

La dernière journée de la vie militaire de Colomb fut marquée par une circonstance dramatique, dont les suites nous inclinent & croire que cet événement s'accomplit par un dessein particulier de la Providence,

Colomb, après avoir quitté les mers du Levant, se trouvait embarqué comme officier sur un vaisseau qui prit feu près des côtes du Portugal ; il dut se jeter à la mer. Los vagues se déroulaient dans un espace de deux lieues avant que d'expirer sur la côte la plus voisine. Quelque habile nageur que fût Christophe,

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il était ioévilablempiiil perdu si la Providence d'cûI envoyé à sod aide. Les Qots poussèreat sous sa maio un de ces larges avirons, à cette époque encore usités pour suppléer aux voiles et manœuvrer duraut les calmes. Au moyen de cet appui, il put reposer un peu ses membres, se maintenir à ta surface, cl altetadri? ainsi le rivage. Après avoir l'cmcrcid l'.\uieur de son wlul, il pai'viat, la charité publique l'aidant, à gagner Lisbonne, où il savait devoir renronlrcr plusieurs de SCS compalnolcs, parmi lesquels il eut la douce satisfaction de trouver son second frère Barthélémy Colomb.

anse du cap Sacrum, vulgairement nommé Sagres, sur une liaulcur pittoresque d'où la vue domine au loin sur la mer, s'y fit bâtir un palais approprié à l'étude de la cosmographie. Dans la paix de la soliiiidc, ce noble esprit s'adnnnait aux mathématiques, à rasironomic, composait une biblioLhèque nautique, se procurait les copies des voyages dont on avait ouï parler, faisait traduiredes manuscrits arabes, attirait â lui les bommes eiperts aux choses de la marine et changeai! sa royale demeure en école navale.

La mort du docte prince vint ralentir l'impulsion que son génie donnaitaux découvertes. Cependant Lisbonne était encore la ville des progrès maritimes. C'était là que se trouvaient lei plu* habiles constructeurs de navires, que se vendaient les meilleurs planisphères, les ouvrages d'astronomie, que se confectionnaient les mappemondes, les cartes marines les plus exactes et qu'abondaient les pilotes capables. Le nom de Pilote désignait alors tout officier de mer qui ne commandait pas en chef un navire; on l'appliquait même aux capitaines en second dans la marine militaire. Les lieutenants de vaisseau étaient tous appelés Pilotes. Un assez grand nombre de marins, qu'avait attirés â Lisbonne la muniljcence du prince mathématicien, y conlinuaieni leur réâiilcace, malgré la perte de leur royal protecteur.

Il n'est donc point surprenant que le pilote Uarthclemy Colomb, frère puîné de Christophe, s'y fût établi, quoique tardivement, afin d'utiliser ses talents de géographe, dont on ne peut nier la supériorité.

Ce fut avec bonheur qu'il ouvrit son logis àsoniVére

naufragé; il éproiiTsit pour son atné ane tendresse mètée dé déférence. Il s'eflbrça de le retenir auprès de lui. Toutefois cette hospitalité ne lui devint pas onéreuse. Clirisloplie avait une écriture superbe, ne maniait pas moins liabitement le crayon et le pinceau que la plurae. 11 faisait aussi des cartes, des plans; s'occupait à copier des manuscrits, à transcrire des livres rares, parce que, malg^ré l'inveutiou de l'imprimerie, en Portugal la typographie était encore à l'étal d'enfance; les ouvriers compositeurs ne se rencon- Iraient pas aisérnenl; les livres se mainLenaient donc à un prix, assez élevé. Et comme son amour de lagéograptiie, son goût de l'élude, lui axnient rendu familiers les ouvrages les mieux appréciés des lecteurs du port de Lisbonne, il los achetait pour les revendre A projios; et de la sorte faisait, dans l'occasion, un petit commerce de librairie. Par ce moyen, non-seulement il subvenait â ses propres besoins, mais avec son économie et les privations que s'imposait sa tendresse filiale, il pouvait apporter quelque adoucissement à la vieillesse peu fortunée de son père. L'historien des Indes, Gon2alo Femandcz de Ovicdo, son ennemi, lui rend ce témoignage qu'à Lisbonne, et d'ailleurs en quelque lieu qu'il fût, i il eut toujours soin de pounoir aux besoins de son père >, malgré la difficulté de sa propre situation. Les dehors prévenants de Christophe Colomb lui avaient facilité des relations parmi les marins, et valu le meilleur accueil chez plusieurs négociautâ génois établis à Lisbonne.

A dater de son séjour dans cette ville, sauf de

courtes lacunes, les principaux évéoemeuts de sa vie se dérouleot dans un ordre non inierrompu, et restent entièrement accessibles à l'invesiigalion. A proprement parler, ici commence son histoire.

Le premier fait qui le concerne, depuis son abordage quasi-miraculeux en Portugal , touclie & ses habitudes de piété. Son assiduité édiliante aux offices eut pour conséquence Tévénenient de sa vie qui lui fut la plus propice occasion de développer son gëme, d'élargir ses facultés comparatives, de se confirmer dans sa vocation, de communiquer avec les savants et les grands de la terre.

Christophe Colomb, achevant alors sa trente-troisième année, avait atleinL le coinplément de sa vigueur physique et de sa perfection intellccluelle. Sa taille, fièrement élancée, prenait de sa robuste complexioa une màic élt^ance que rehaussait sa fermeté de maintien, si naturellement assortie à son caractère. Son visage allongé offrait un pur ovale. Bien qu'il eât les pommettes lâchement accusées, ses joues assez arrondies en adoucissaient les contours, et, par une décroissance insensible, continuaient Thannonieuse ligne qui formait son menlon. La noble ampleur de son front révélait celle de sa pensée. Une auguste méditation semblait peser sur l'arc de ses sourcils et leur imprimer un léger Ihtnceoient. Dans ses yeux, d'un bleu clair, rajûunaîL une sérénité limpide. La courbe da

80D n^i aquiiîn se tcrmiD.iit par ilcs narines correctes, mais s'ouvraut un peu targnincnl à leur base. Les coins assez marques de sa bouche en rendaient la finesse particulièrement expressive. Signe de bonté, sa lèvre inférieure débordaiL un pou l'autre. Il avait le menton gracieusement creusé d'une fossette. Quelques lâches de rousseur parsemaient ses joncs qu'animait un teint lit. Sous l'iooessanle élaboration d'une pensée unique, depuis trois ans, su chevelure, d'un blond tirant au châtain, commençait à blanchir.

Cette diversité de tons, ces contrastes alliaient i sa verte virilité l'éclat d'une maturité précoce. Ses airs de tète en rapport naturel avec ses attitudes, et ses alti- 'udes, allant si bien à sa slalure, formaient entre yua corps et sou être moral une parfaite unité. Sa démarche, son port, ses gestes, trahissaient une di^ité innée dont il ne se doutait pas. Mal^ son incertitude du lendomnin, sa condition précaire et la modestie de ses vêtemeals, nulle part sa présence ne pouvait passer inaperçue.

Les facultés les plus langes lui avaient été proportionnées sur ces indices cxtèheui-s. A une rare finesse d'ouie, il joignait une portée de regard qui rapprochait les lointains et lui donnait l'exacte appréciation des distances. Sa délicatesse de goât lui permettait des distinctions insiusi.ssables au vulgaire. Mais ces avantages le cédaient encore A sa subtilité d'odoi'at, qui discernait tout d'abord les diverses combinaisons des senteurs. L'exercice précoce do ces sens en avait développé la puissance de perception. Son vif amour de la

iature le portait incessamment à la contemplation, durant le jour, et à l'observation des astres, pendant les nuits sereines. En naviguant près des côtes, il aspirait avec délices les parfums balsamiques emportés du rivage ; et sur les flots, au large, humait curieusement les brises chargées d'émanations salines et amêres. Il admirait avec tendresse les œuvres du Créateur, recherchait avidement tes fleurs, les oiseaux, les productions de la mer, et surtout savourait les parfums de la végétalioD.

Forcément simple dans ses habits, Christophe Colomb n'avait d'autre luxe que la propreté. La sienne était exquise. A la plus minutieuse netteté du corps, à l'absence de taches, de déchirures el de ni^lii;cnco sur ses habits, qu'il savait faire durer longtemps, il' lAchait de joindre la blancheur et souvent la linesse du Unge, toujours vaguement imprégné du parfum des roses et des cassies ou des fleurs d'oranger qu'il laissait: ftéchcr, en'reméléesà ses bardes, dans son cofl're de marin. Son attrait des odeurs suaves ne s'émoussft! jamais. It aimait les fleurs odorantes, les plantes aromatiques, les bois odoriférants, les gommes balsamiques, les parfums en essence et en poudre, les sachets, les eaux de senteur. Dans sa pauvre chambre, qu'ornaient uniquement quelques curiosités d'histoire naturelle, au milieu de ses cartes et de ses manuscrits, s'exhalaient de doux arômes. Il se plaisait aussi à parfumer ses gants, et surtout son papier A lettres.

Cette élégance de goût lui était oalarelle comme son

talent d'écuycr, saos exercice de l'équilation. Son lact des convenances, des à-propos, sa façon d'Ôlre et de paraître dénolaienl tout d'aI>ord le parfait gentilhomme. Son seul visage trahissait sa noblesse d'esprit et certain air d'autorité qui frappait les yeux iotenigenls. il paraissait < homme noble et d'autorité, ce que son pourfil et contenance montroit fort bien >, dit Oviedo.

Bien que, dès l'âge de quatorze ans, Christophe Colomb eût toujours été sur mer ou séjournant dans les ports avec les marins, il ne partageait point leurs défauts ordinaires. Il détestait les jurements, les chansons déshonncles ; buvait peu de vin ; ne pouvait souffrir les jeux de hasard ; méprisai! les plaisirs faciles ; n'avait aucun penchant pour la table, et gardait à. terre ses habitudes frugales du bord. Son extrême sobriété lui faisait adopter un régime presque tout végétal. H avait contracté dans les ports du Levant des habitudes de l'hygiène arabe. 11 se passait aisément de viandes, pour mre surtout de pain, de riz, d'œufs, de légumes frais, de dalli!?, de raisin sec, de grenades, de pastèques et d'oranges. Au vin» il préférait comme boisson de l'eau édulcorée avec du suci'e brua des Canaries et parfumée de quelques gouttes de Qeurs d'oranger.

Cette frugalité s'accompagnait d'un esprit d'ordre, d'arrangoùient et de ponctualité, qui Tempèchait de jamais remettre au lendemain ce qui pouvait èire fait le jour même ; il connaissait le prix du temps. On ne le vit jamais agir au hasard, en dehors des conseils du devoir ou de la logique. En aucune chose ii ne

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s'arrèlail au bieo, s'il espérait parvenir au mieux.

Affectueux pour ses proches, affable envera son entourage, moDtrant â ses infi^-rieurs la bienveillance de la suptiriorilé, rempli (l'une urbanité qui ne s'apprend pas sur le pont d'un navire, son aisance d'élocution, le tour pittoresque des images, ses expressions, souvent hardies, toujours heureuses, rendaient sa conversation attrayante. Les vibrations du timbre grave et pui' de sa voix Taisaient, suivant ses émotions, profondémeui pénétrer sa parole ; et l'on comprend fort bien l'accueil que lui firent tes quelques riches négociants génois qui avaient un cotnptoii' à, Lii»huune.

Ma^ré cette douceur habituelle, Christophe Colomb était par sa nature impatient, enclin à la colère. Sa TulguraDle rapidité de pensée, activant l'ardeur de sa force, accélérait sa circulation; alors il devenait terrible. Mais ce premier mouvement, impétueux comme la violence, ne nuisait jamais qu'à lui-même. La réOexion, non moins subite que l'emportement, maîtrisait celui-ci, et réprimait fortement ses écarts. D semblait que cette extrême irritabilité lui fût donnée comme une épreuve, une occasion de se combattre, de vaincre sa propeosion naturelle, de surmonter cet obstacle interne avant d'emporter les obstacles extérieurs. L'impalieQce la plus excessive fut inûigée à celui qui devait devenir le modèle de la patience même, afin d'accomplir son œuvre immortelle.

Se souvenant de l'exemple paternel et des recommandation^ de sa pieuse mère , Christuplm Colomb avait conservé à bord les habitudes chrétiennes de son

enfaoce. Nous savons, par son propre témoignage, combien la mer avait été un aliinenl inépuisable pour i élévations vers Dieu. Dès »3n arrivée h Lisbonne, il allait rég:ultèrement, chaque matin, entendre ta messe à l'église de Tous^I es- Saints, attenante à «n couvent de femmes. Son air de distinction et la piété de sou recueillement furent remarqués à travers les grilles du cloître. Une noble demoiselle qui s'y trouvait, parmi les dames pensionnaires, se prit pour lui du plus vif inlériH. Voulant absolument le contialtre, sa tendre curiosité inventa un moyen de présentation. Oo rappelait Dofia Fellppa de Perestrello. EIIp éiaii fille de Bnrtht^lemy Mognis de Perestrello, gentilbumme iLilien, naturalisé en Portugal, ancien officier de la maison du Roi, l'un des protégés de l'inbnt don Henrique, et qui, en sa qualité de parfait m^rin, avait été adjoint aux dernières expéditions do ^découvertes. En récompense de ses services de mer, le romoleur de la navigation, don Henrique, l'avait fait nommer gouverneur de Porto-Santo et autoriser â coloniser cette île, où de grandes possessions lui étaient rtroyée.sà perpt-luilé. Néanmoins, comme il manquait capitaux suffisants, son essai de colonisation fat eoiravédès le début. Les travaux de culture s'arrèl^ renl devant un obstacle aussi sérieux que ridicule. Quelques lapins, apportés dans l'Ile, s'y étaient en peu i^de temps multipliés avec une telle fécondité , que ta ipidiié de leur propagation l'emportait sur la destruction acharnée qu'en faisaient les colons, encore trop peu nombreux. Ces petits quadrupèdes rongeaient tous les végétaux, détruisaient, la nuit, les plan*

[alions et décourageaient les efforts des laboureurs. Son goiivernemeat de Poito-Santo n'avait guère valu à ïlarthi^lemy Mognis de Pcrestxnllo que dns soucis et des dépenses. 11 était mort, ruiné par la stérile étendue de ses domaines, laissant avec sa veuve trois niles dont les grdccs et la vertu constituaient principalement ta dot.

Ce manque de fortune n*empécha point Colomb d'offrir sa main à Dofin Felippa.

Christophe Colomb continua de travaillera ses cai'les et à ses manuscrits pour assurer son pain de chaqufl^J jour, 1h dot de sa Temmc pouvant dirHcilcment suffire' à leur existence. Toutefois, le rang qu'avait occupé son beau-père, les relations attachées h cette lionui-able alliance, lui donnaient accès aux pins hauts abords, roi Alphonse V, qui, sans cntreprcndnî de prandt expéditions maritimes, cependant par tradition et parj instinct s'intéressait aux choses de la mer, admettait volontiers en sa présence ce pilote étranger, dont la conversation le captivait inévitablemenU

Par quelles voies merveilleuses agit h Providence ! Elle tire d'un désastre un bienfait pour celui qui ea parait la victime. Colomb se trouve porté, malgré lui, au centre des idées qui devaient agrandir ses vues, chez le seul peuple qui s'adonne aux découvertes, et acquière des notions de plus en plus avancées sur l'Océan et les régions du Midi.

L'idée qui grandissait silcncîeusenient en lut, le germe qu'y fécondaient la réûexioDj l'élude et sa

conlemplatton passionnée de Tceuvre divine reçut tout à coup, au sein de son propre foyer, un rapide dé<reloppcment. Dans les causeries de rtnlimttc, sa bellemère, femme d'une émioente pîélé, fort zélée pour relise, frappée de son incliDalion à pénélrer l'incoDQU, de son désir de découvrir les contrées ignorées, lui raconta la vie de son mari, qui avait été un habile homme de mer. Elle lui apprit de quelle manière il avait coopéré à la découverte de plu:>ieurs Iles. Elle lui conija les notes et journaux des voyages de son beau-père. De ces observations, Colomb tira bientôt un appui pour son projet. Il examina tout le progrès des Portugais sur la côte de Guinée et la route qu'ils suivaient pour y attérir. Quelque temps après, il s'embarqua avec doîla Fi^Uppa, sa femme, pour sa stérile possession de Porto-Sanlo; il y demeura un certain temps. Ce fut U que naquit son premier (ils, Diego.

Entouré de l'immensité des flots, sous l'éblouissante lumière du soleil tropical, le génie de Colomb mûrissait dans les abîmes de sa pensée une idée surhumaine, un projet plus hardi que l'héroïsme connu. Ce qu'il vit, ce qu'il entendit ne fit que corroborer la hai'diesse de ses inductions. Ses habitudes, ses goûts, ses rapports de voisinage et de parenté semblaient arrangés d'avance pour servir au plan qui s'élaborait dans les profondeurs de sa réflexion.

La seconde sœur de dofia Felippa avait aussi des di'oils fiur les possessions de Porlo-Santo. Elle devint la femme d'un noble marin, Pedro Correa, qui fut gouTornour de celte île. Durant les épanchemcnls du

foyer doni6:''^ue, Colomb pouvait communiquer ses ajierçus cosrao^aphiques  ce navigateur, recueillir 8fts observations. 11 eut occasion de faire qunlques voyages aux îles les plus avancées dans l'Atlanlique, loin de la rdte africaine. Il alla à Madère, aux Açores. Il passa à la cAte de Guinée, visita l'embouchure du fieiive d'Or, elrio d'Oro, séjourna à la forteresse de Saint-Georges de la Mine, étendant ainsi le domaine de son expérience et l'échelle de ses comparaisons.

Pedro Currea lui dit avoir vu, dans les parafes de l'île, une pièc« de bois travaillée délicatement, el poussée par le vcnl d'ouest vers le rivage, comme û elle arrivait de l'aulre cftlé de la mer. Aux Acores, il apprit que, par les vents d'ouest, les flots poussaient contre les côtes de Graciosa, de Tayal, de grands pins dont respècc était inconnue. On l'assura qu'à l'île des Pleurs on avait trouvé sur la p-èvc deux cadavres dont les traits difTéraicnt de tous ceux des insulaires. On prétendait aussi avoir rencontré des barques pleines d'hommes d'une race inconnue. Un oOicier de la marine portujraise, Marlin Vinccnle, lui confia qu'à quatre cent cinquante lieues de l'Europe, vers l'occîdenl| il avait relire des vagues une pièce de bois parfailenienl ciselée, qu'une brise de l'ouest poussait depuis plusieurs jours en vue de son bord. Un autre marin, Antonio Leme, qui s'était marié h. Madère, loi raconta qu'apnl navif^ic fort avant vers le couchant, il avait ap<>rçu trois |)>>s i l'extrême ligne de l'ouest.

Ces renseignements, auxquels on a atlribué une grande influence sur les déterminations de Culomb, n'étaient qu'un siiroulani pour son attention ; nuits ils

n'avaient aucune solidité, aucune col:*sion entre eux, et parlant aucune prise sur sa croyance. Etr«luiqui les recueillait savait les réduire à leur juste valeur.

Dès l'année 1474, sa résolution d'aller à la dilcouverle de terres qu'il pressentait exister dans l'ouest était arrêtée. Par le moyen d'un Toscan, domirilié i Lisbonne, il établissait une r.orrespoodance avec l'une des plus grandes célébrités de litalie, le médecin de Florence, Paul Toscanelli, mathématicien el co6mographc, qui était familièrement admis & la cour poa* tiGcale, dans ses voyages à Rome, et dont le roi de Poilugal demandait l'avis sur des sujets louchant à la géographie et â la navigaUon.

Des deux seuls Fragments qui nous soient parvenus de la correspondance de Colomb avec le médecin Paul, il résulte :

I* Que, antérieuremcnl au mois de juin 1474, Colomb avait communiqué au savant Florentin son projet de navigation à rOue;it,

S' Que Toscanelli trouva un vif intérêt dans les lettres de Colomb; qu'il jugea son désir d'atteindre l'orient par le couchant une idée grande et noble; et que déjà Colomb lui parlait des avantages inappréciables qui en résulteraient pour toute la Chrétienté. Nous prions qu'on remarque ce fait et cette date. Car ce seul mol de Chrétienté résumait déjà le but, le compléiiicut et la récompense de l'idée de Colomb.

Dix-huit mois s'écoulèrenipendantlesquels le projet bit mûri.

— ai —

En 1476, Christophe Colomh, avant atteint sa quarantième année, résolut de tenter la réalisation de son plan. Pour cela ses yeux se tournèrent naturellement vers sa pairie ; il ambittonoait de Tassocier à l'honoeur d'une telle découverte. Des écrivains portugais ont prétendu que Colomb avait ofTert d'abord au Porlugnl les prémices de son projet. Quelques historiens, qui n'ont poiut compris ce sublime caractère, l'ont répété d'après eux; mais le patriotisme de Colomb était trop sincère pour qu'il n'eût pas songé d'abord à celte ville oiî le rattachaieot ses afîËctions de famille et les poétiques images de son enfance.

Il pa^a donc à Gènes, et proposa son plan au Sénat. n s'obligeait, si l'on voulait lui fournir quelques na- TÎres équipés, â sortir par le détroit de Gibraltar, et à pousser vers le couchant dans la mer Ocèane, jusqu'à ce qu'il eût trouvé la terre où naissent les épices, et fait ainsi le tour du Monde. Mais les raisons cosmographiques sur lesquelles il s'appuj'ait ne pouvaient être bien appréciées des nobles membres de cette compagnie. LesGt^nois, habiles autant qu'intrépides dans le bassin de la Méditerranée, ne s'aventuraient guère surTOcéan. Le progrès que faisaient chaque jour les Portugais dans la géographie ne les avait pas encore atteints. Ils s'estimaient maîtres profès en fait de navigation, pen^ienL qu'on ne pouvait les surpasser, et tinrent l'offre de leur compatriote pour une orgueilieuM

rfiveric.DsprélciilèrcDtla pénurie du trésor épuisé par des armements cousidêrabtes; et, afin de rabnisser peut-être la prétention de Colomb, ils lui direot que ce désir de découvertes n'était pas une nouveauté pour te Sénat ; que déjà maint explorateur avait paye par la mort sa curiosité téméraire; les archives de la République en faisaient foi. Uo y lisait, deux cents ans avant la proposition actuellement soumise au conseil, que deux capitaines de la plus haute noblesse, Tédisio Doria et Ugolino Vivaldi, étaient partis pour le Grand Océan, sans qu'on eût jamais eu nouvelle de leur sort.

Relusé par le sénat de Gônes, Colomb, qui voulait absolument faire bénéficier l'Italie de sa découverte, passa bientôt â Venise, la république de Saint-Marc lai paraissant, sous le rapport des finaoces et de la marine, en mesure de seconder ses vues. Mais, malgré ses ouvertures et les instances les mieux aidées de la démonstration scientifique, le Conseil n'accéda point à ses offres.

Si ce double refus, et peut-être l'impossibilité reconnue de recourir immédialemeot à un autre État, avec chance de réussite, obligèrent Christophe Colomb d'ajourner la communication de son projet, it ne continua pas moins assidûment ses obserralioas, et n'en chercha pas moins à élargir l'échelle de ses comparaisons cosmog^raphiques. Nous le voyons un an après, franchis-

saot rOcéan Germanique , s'avancer sur la route d«s mers jwlaires. Au mois de février -1477, il se trouvait à cent lieuns par delà l'Islnode, et constatait des phé- Domènes intéressants pour l'hydrographie. Des sombres horizons du Nord, des cieux aplatis de cette ile lointaine, Vultima Thule des anciens, aux splendides cieux des ti-opitjueg, avec sa puissante faculté de généralisation, il rassemblait dans son souvenir les harmonies de la terre et des eaux, cherchant à pénétrer par delA la poèsiir des apparences le principe des grandes lois de ce Globe. Passant de la contemplation des œuvres de Dieu à l'investi^tion de cellesdes hommes, durant ses moments de séjour â terre, il ronsncrail à compulser les écrits des philosophes, des historiens, des naturalistes, toutes les heures qu'il n'employait pas & copier des manuscrits et à nonstniire dessphères. dont le produit assurait son pain quotidien.

II poursuivit ainsi ses voj'agcs, dont on ne voit pas qu'il ail relire d'autre profil qu'une expérience supérieure dans la navigation ; puis continua une existence de gène et de labeur jusqu'au moment où leroi Joam II, qui avait succédé à Alphonse Y, son père, parut vouloir reprendre les traditions de son grand-oncle, don Henn'que, de [glorieuse mémoire.

Ce monarque avait réuni dans sa marine des pilotes de premier ordre, de vrais hommes de mer, tels que Diego Gara, Bartliélemy et Pierre Diax. A l'exemple de son grand-onde, il accnrillait les services de tout étranger qu'il jugeait d'une capacité réelle. 11 ne Tut pu difficile k Colomb, quand le moment lui parut

opporlun, d'obtenir une ample audience pour l'expow sitioii de soa plun. Son allianœ avm: deux gouveroeiirs de Porto-Saoto, ses relatioos aûlérieures avec le pèi-e du Roi devaient lui valoir un bicnveillaul accueil.

Au premier enlretien et dés le début, Joam II, surpris de la nouveauté d'un plan qui renvei'saïL toutes jesidées admises en cosmographie, se montra peu disposé & entrer dons ses vues. Mais plus tard, duranl d'autres conréreni;es, le monarque, pesant la valeur inli'insèque des arguments de Colomb, comprit qu'il )■ avait au fond de cette proposition quelque chose d'immense et de supérieur. A raison même de âon élévation d'esprit et de sa propension aux sciences Jialurelles, le Roi se sentit disposé «a faveur de Colomb. Entraîné par l'ascendant de cette noble simpliste et de celte loyale conliance, Jttam II se dôcida aux Irais d'une expédition. Toutefois, avant de s'en^ager^ il souliailail connaître positivement quelle rémunéralion demanderait Colomb, en cas de réussite.

Le Portugal en tuïu rageait les découvertes par de gi-andes libéralités. D'ordinaire, on attribuait le gou* vernemenl de TUe ou de la région découverte à celui qui en avait pris possession au nom de la couronne. Parfois on rebaussait encore ces fonctions par quelque litre honorifique. L'espoir de si haules récompenses enflammait d'ardeur toutes les imaginations. Mais ce i n'était point d'une pareille rétribution que se contentait cet homme, qui s'usait & faire des cartes et à copier des manuscrits pour nourrir sa famille. A ses yeux, celle récompense n'était que mesquine; elle lui semblait déprécier la grandeur de sou entreprise, il posa

donc ses conditions à lui. Ellesfurcnt icllemcnt royales que le souvei'aÎQ eu prit tm peu d'humeur, ol {pi'avaat d'y sousfrrii'e il voulut livrera la discussioa les probubiliiés de la réussite. Le roi chargea de cet examen une Commission composée de trois membres : le docleur Diego Ortiz de Cazudilla, évëque de Ceula, itodérigo, son médecio, elle juif Josepli, aussi médecio et maître en cosmographie.

Sauf quelques Portugais, récusables ici pour cause de suspicioD légitime, tous les historiens avouent que l'incertitude du Roi ne fut qu'un prétexte. L'hésitation de Joain II provenait uoiquemeat de ce que la demande de Colomb était jugée exorbitante et superbe « bien qu'elle fût faite avec autant de sinnplicité que de siacère modestie. Il est avéré que s'il se fût contenté du gouvernement perpétuel des contrées par lui découvertes, et de joindre à cette dignité, avec des titres honoriQques, quelques privilèges héréditaires, rafTaire se serait aisément conclue. Pour qu'il dédaignât de si haut ces avantages, sa prétention devait le rapprocher singulièrement du trône 1 Sans l'énormité de sa demande, la résolution bien arrêtée de Joam H l'eût, h l'instant, airranrhi des lenteurs mortelles qu'il eut ensuite à subir. Ces coudiljons qui dé|>assaienl la gêné* rosilé du Roi, nous les verrons plus loin et nous les exposerons & vos yeux. S'il fallait à Christophe Colomb de grands honneurs, il ne lui fallait pas moins de grandes richesses; car il avait une pensée à satisfaire, et celte satisfaction était la seule récompense qu'il jugcdt digne de son entreprise. La révéler, serajusti*

fier son incomparable ambition auprès de toute ftoift chrélienne.

Dans son rappoil, la Commission scienliGque coddat RU rejel de la proposition du Génois. Elle regarda le projet comme la rftvcrie d'un songe creux. Cependant l'élévation d'esprit qui distinguait le roi Joani 1! plaidait, à son insu, la cause de Christophe Colomb, instinctivement, il avait foi en cet étranger, si pauvre cl si ferme dans ses exigences. NonobsUint l'avis de la Commission, il continua de prendre au sérieux le plan de Colomb, et en saisit exceptionnellement ua haut Conseil qu'il composa des premières notobilités du Portugal.

Le Conseil, sans discuter aucunement ce projet, le perdit tout à fait de vue au milieu d'une question vitale pour la monarchie portii^^ise : la reprise des expéditions commencées par l'infant don Ifcnrique et suspendues sous le règne dernier. Il opina eu faveur des découvertes, mais passa complètement soussilence le projet du Génois.

Cette séance du Conseil est un document précieux dans Diistoirede Christophe Colomb. It eu ressoii qu'à cette époque déjà la difTusion de l'Évangile était le but avoué et définitif de son entreprise.

Pourtant la manière légère ou dédairrneuse dont le haut Conseil avait écahé le projet de Colomb ne salisfaisail DÎ la justice, ni l'espnt si éclairé de Joam II. Condamner n'était pas juger. En diverses circonslaoces il s'en ouvrit avec ses Huniliers. Ceux-ci cherchaient â efTacer le déplaisir du Hoi. On lui représentait aucis

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iQConTënieDts pouvaient jaillir sur la majesté royale, d'une conveotioD faite séricusemeol, i profios d'un phn qui n'élail, peut-être, que la docte illusion d'un marchand de liwûs. On lui sucerait de faire l'épreuve du projet d'après les propres données fouroies par cet élranger.

Cep«ndanL le temps s'écoulait.

Rien ne venait du côté de la Cour meilre un terme à l'iDcerlitude. Colomb, ferme et résolu, ceint de celte patience austère qui sert d'armure aux dmes forlns, gagnant sa subsistance À la fatigue de sa plume et de son compas, aJimcniant son esprit de tout livre qu'il achetait et relisait encore avant de s'en défaire, acquérait, peadaul celte Inaction forcée, une instruction son moins variée que solide.

Ëulin le mnaarque, par sa propre réHexion, fut amené à vouloir absolument risquer l'entreprise. Ce qui le retenait encore, c'était l'exorbitante réniuoération qu'imposait le Génois. Dans cette perplexité, un de ses cousuillers lui suj^géra un moyeu de concilier son désir d'expédition avec ce qu'ils appelaient la dignité de la couronne. Ce moyen cuosistait à munir secrètement du plan et des instructions de Colomb un bon pilote portugais, et i l'envoyer à la découverte dans la route indicjuée. Counais-sauce prise de la terre que chei'chait Colomb, on ne serait plus obligé de lui accorder une bien grande récompense ; et celte déception serait pour le Génois la juste punition de son entètemeal à des prétentions iuseusées.

Hélas! Joam II oublia qu'il était gentilhomme.

Un rayon d'espuir irom|>eur vint alors traverser

vie laborieusement moDotooe que menait Colomb» aUeadautLoujours.UamesâageroyairiQviUiLâ déposer» saos relard, le détail de son projet, avec les preuves à l'appui ; de telle sorte qu'on pût examiner à fond et la lliéorie et les tiioyeDS d'exùcuLion de son plan. Incapable de supposer en si haut lieu une (romperiet Colomb livra sans déftaoce le plan, les notes, les cartes, en un mut les moyens d'exc^r.uter son entreprise. Aussitôt l'un des plus habiles capitaines de la marine porlugaiso fut dépêché avec une caravelle pour aller, en apparence, nivilailler les Iles du cap Terl, mais avec la secrète mission de cingler vers l'Occident k la déi:ouverte des terres inconnues, conformément aux indications dont on lui av»it remis copie.

Le plus [^nnd scL-rel avait fuvori»^ celte spoliation du génie. Mais si l'on avait surpris A Colomb ses données scienlinqucs, on n'avait pu lui dérober sa fermeté, sa foi, sa supi-Viorité di; coup d'œil, le don mystérieux, reçu d'en haut, pour l'accomplissement de son œuvre. Apres quelques jours de navigation à l'ouest hardiment cooiinuée, l'équipfige commença & s'élonncr de l'étendue, et à s'alnniicr de la route. Ces hommes tremblaient devant l'immensité. Une tempête s'étant élevée vint ajouter à leurs frayeurs ; le Seigneur n'était pas avec eux ; le navire éperdu rebroussa chemin, et rclouma honteusement d'où il était parti pour la perpétration clandestine de cet allenlal. Alors, comme il arrive en pareil cas, les lâches devinrent fanfarons et railleurs. Rentrés au port, ils tournèrent en moquerie le projetdu Génois. Ce n'était, di&aicnt-ils, qu'une vaniteuse extravagance. Leur seule

JBcLince Irahit plus tard le sccrei de celle LenUlive quasi-sacrilége.

Ce trait de félonie entra profond tentent dans le cœur de Colomb. 11 ressentit, au plus haut de sa droiture, l'odieux de la déloyauté royale. .Mais dcj il était habitué aux souffrances de l'ânit;. Depuis quelque temps, h travers ses épreuves, il s'était vu ravir |)ar la mort l'associée de ses espérances, la mère de sou fils, la Qoble Felippa, l'unique consobiion de son pauire loyer.

Colomb so tut et regarda le cict.

CepËud:mt le Roi vint i savoir que la caravelle n'avait point navigué pendant le nombre de jours et de Heues marqué dans les iDMruclious larrounées  Colomb. Il fut repris du désir de renouer la négociation. Il aurait maintenant accordé tout ce qu'il avait refusé si longtemps. Mais, de son côté, malgré sa pénurie, Colomb avait résolu de ne jamais traiter avec une Cour capable de telles infauiies. IL feignit de ne pa^ comprendre, d'ignorer les nouvelles dispositions du Roi. Il couiinua dans l'isoloment ses obscures occupations. Puis, quand il sut de bonne source que le Monarque voulait absolument le lier par un traite pour son eutrepri.<:e, étan) bien décidé à ne pas ccdor, et ayant tout à craindre des conscillei-s de la couronne^ s'il persistait dans sou refus, il réalisa sans bruit ce qui pouvait lui appartenir du chef de sa femme, prépara prudenuneDl son départ ; et, vers la fin de UIS^^ s'enfuit en secret de Lisbonne, emmenant avec lui son jeune Uls Die^^o, doni let traits délicalâ rappelaieut la beauté de sa mère.

Ce fui par mer que Chrislophc Colomb s'échappa du Portugal.

11 fit voile pour Gênes.

Malgré le rerus iJe la sérénissime République qu'il avait eu la douleur de subir quelques années auparavant, il puisait dans son palriolisme le courage d'affronter de nouveau les doutes et les déiiains de la à\é natale. Les ressources de la fiépublique ne lui permettniont plus de diminuer sa ilolte de quelques navires, pour tenter avcntureusement une expédition 16 nul précédent ne justifiait. Colomb ne relîi-a de ce twyagc que la douceur de revoir son respectable père, de lui présenter son pelit-fils, et d'appeler Ja bénédiction du vieil ouvrier sur la tète de cet enfiinl, qui devait allier un jour son sang aux deux maisons souvemiues d'Espagne et de Portugal.

ImmanquablenieDlt'âme du vieux cardeur tressaillait d'une exulluiion paternelle en écoutant les projets de son nis. Car si Doiiiiuique Colomb connaissait les rcriis dus lieux ilépubli([ues et la convoitise du Portugal, il connaissait aussi la force de résolution, l'urdente foi et mSme pressentait confusément la scpérioinlé de son Ois aîné. Il savait que Christoplie avait projeté d'accomplir le loui' de la Terre, d'arriver ainsi parmi les nations idolâtres, ignorant la venue du Cbrisl, ut de faire briller à leurs regards l'étendard du Salul I Ces Èpanchr;meiits secrets rajeunissaient l'Ame du vieillard. telles graudeurs, eutruviius du seuil de In lomln', changeaient en splendide aurorâ le crépuscule de ses lerniers jours. KUes étaient à la foi» une indemnité de

3fi ^^

ses longues tribulations et une nVom|>en<>e des exemptes comme de Tcducaltoa clirélicnnc qu'il avait donnés à ses ftls.

Après avoir, durant un court séjour, comblé de tendrei=se son vùn^irablf! père ni assurû sns besoins pendant son absence, Clinsloplie Ca>lonib jeta les yeux sur les monarchies chrélicnnes de l'Europe, pour choisir la couronne qu'il associerait à l'honueurd'evècuterson plan. Pur son zèle à défendre la foi , son inlrépidilé h repousser les KfaureSr par son caraclèrc chevaleresque, ses ressources maritimes, surtout la grande rf?noramée de se% deux souverains, alors régiianl ensemble, Ferdinand d'Aragon et Isabulle de Cusldb*, i'Kspafïne lui parut mériUir sa pn'rfcrenco. Dès lors il la lui engagea tacitement et se regarda c^mme tenu envers elle. Puis, au premier vent d'usl, il s'einbnrqua pour ce royaume, se confiant ù Ja soute protection de la Providence.

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dessus la cime murmurante des arbres, d'oûs'exhaiail une seoleur dout l'arôme salutaire allait s'uuir aux parfums du thym et des lavandes qui poussaient à. leurs pieds.

Ce monastère, qu'habitaient alors des religieux de saÏDt François, élail dédié à la Vierge. Il s'appelait Santa-Maria de laHabida. 11 fut coDstruit sur les démolitions d'un de ces temples que le pai^anisme aimnit k érig'cr dans les bocages sacrés et les hauts lieux. Le bâtiment, tout badigeonaé de chaux à la mode arabe, u'oirruiL aucune unité de style. Ou voy^ail qu'il avait été agrandi 6 diverses époques suivant les besoins, sans souci de la svméUie et de l'architecture ; Ttinceinte renfermait deux cloîtres intérieurs, une chapelle à portail de fome ogivale, et un jardin où les jasmins mauresques s'aUonfîeaienl parmi les pampres de la treille qui festonnaîl le promenoir d'été, bordé de citronaiers et de romarins.

De la toiture du couvent, dont la coupole, entourée d'une rampe en maçonnerie, avait autrefois pu servir d'observatoire, le regard embra&sc du côté de la terre un lai-ge horizon. Des plaines qu'arrose le Gnadal* qiiivir îl s'âlcnd aux montagnes du Portugal, dont la Guadiana, en traçant la frontière, baigne les souhasscmeuts , et peut compter les nombrtmx cours d'eau et les bourgs de la province d'Iluelva, tandis que du côté ôc la mer sa portée s'épuise dans l'immeosité de l'azur.

En juillet 14S5, était préposé à c« couvent, comme Père Gardien, un humirie envers lequel ses content-

poraiDii Turent cnupablcs d'Jngralitude, mais qui ne saurait dirn oublié dans notre histoire.

Assujetti de cœur à la règle de son institut, ce rcligietix oITrait à sa communauté l'cxf^mplc d'un parTait disciple de saini François. Il était un sujet d'édificalioD, et le renom de sa pi^té avait di^passé les murs de cl6ture de la Hubida. Il s'était vu tout à coup appeler i la Cour. I>a reine Isabelle avait parfois requis son conseil : elle le prisait si haut, qu'elle avait voulu faire plonper dans sa con.wience le ro^jard pénétrant de ce moine. Il fut son confesseur ; mais le bruit de la Cour ne put être supporté par l'Iiumble Franciscain. Ce moine n'aspirait qu'à la placide rendante de son clolrre ; ses instances lui obtinrent enfîn d'y rentrer. La Reine ne l'estim.iil pas seulement comme religieux d'une sainte vie, comme guide spirituel et grand théologien -. elle honoraii sa modestie, qui ne pouvait pourLintdérnbnr entièrement sa science ; elle le tenait pour habile aMronome et Rsro.llpnl cosmogi-aphe. Le témoignage qu'elle rendait à la fois à sa science et i sa mansuétude de caractère est parvenu jusqu'à nous.

Ce Franciscain s'appelait Frère Juan Ferez de

Mai-cbeua.

Sa fervente piété n'avait point étouffé son incllnalion aux mathématiques ; et su possession des sciences exactes ik-' nuis.'iit point à son poût des lettres. On ne peut mettre on doute la variété de son savoir. L'arcliichronoffraphc impérial Oviedo dit que « ce

religieux ê(ail praod cosmogi-aphe > ; Thisloriographe royal don Antonio de Uerrera ajoule qu'il était < gnod bumanisle s, c'est-à-dire érudit el lllléraleur. L'iûstorîeo des Indes, Lopez de Gomara, menlioone é^a\&' ment sa Utlérature el sa spécialité dans les sciences. Quant à l'excellence de sa vertu, elle a été attestée au «ouvei-ain pontife Léon X par le premier évoque des Antilles. M'' .Alessandro Geraldini parle « de sa vie pieuse et de sa sainteté de toutes parts reconnue. >

Après avoir constaté la supériorité intellectuelle et ascétique de ce Franciscain, on peut le suivre par l'imatïination sur le toit où, en sa qualité d'astronome, il avait établi une sorte d'observatoire. Il n'usait de ses prérogatives de supérieur que pour étendre le champ de .<;a méditation el pro1on<;nr l'heure de ses éludes.

Souvent, pendant le sommeil de ses religieux, dans les nuits sereine!!, le Père Jean Pcrcz de Marctiena, élevant son âmo vers le Créateur des mondes, suivait avec attention le cours harmonieux des astres. Ardente comme un phare, sa pensée brillait solitaire sur cet escarpement. Durant le jour, aux moments que ne réclamaient point les ofûces du chœur, il remontait au même lieu de ses pénétrantes et hardies Intuitions, dont nul peut-être, dans toutes les Espagaes, ne se doutait alors. A l'aspect des vagues s'allant perdre daoe un lointain insaisissable, vers l'Occident, il se dcrnaodaii si par delà ces espaces, que n'avait jamais franchis aucune voile, s'étendait réellement l'empire de la her TÉNÉaREUSE, co formidable Océan, ainsi nommé à cause des téaàbres et de l'obscurité qui voilaient sa nature, ■a profondeur, ses limites insondables.

Ce doute indiquait déjà un pro(;r&s.

La croyance des cosmc^niphos Mah sînpilièreineot confuse au siiji^l de la mkei TÉM-^niiEtisB. Les uns assuraient qu'en continuant à voguer vers l'ouest en droite ligne pendant trois ans on n'nlicindrnit pas en-

}re le rivage. D'autres disaient qne les (lois de la her ^TfoÉBRECSE se conliauaicnl A rinfiui, i!t qu'elle était sans bords. Suivant ses divergences d'opinion sur la forme de la Terre, chaque maître de gt^-ographie variait de système touchant la hrr ténkiirrusk. Wn'is le Père iuan Ferez de Marrhpna, sans se laisser iniposor par les géographes arabes et les pilotes renommés, se demandait si, par delà ces ondes, il n'y avait point de terres inconnues aux Chrétiens. Sa sollicitude pour le sahit des peuples qui ignoraient In Chris), le désir de voir le saint nom de Jésus béni chez toutes les nations. le ramenaient sans cesse h cette question : i N'y a-t-il rien par delà cette étendue? *

Toujours ses pressentiments lui donnaient uvi l'épouse affirmative. Indépendamment de ses connaissances théoriques, le Gardien de la Rahida, par ses fréquents rapports avec les marina de Palos, petite ville aujourd'hui abandonnée, mais à cette époque le cenirc de relations lointaines, se trouvait fort au courant des expéditions des Portugais sur la côle occidentale de rAfrique, etinstruitdesdécouvertes qui avaient eu lieu aux Affres el au cap Vert, tl dominait la croyance vulgaire des hommes de mer de son voisinage.

Cn jour, pendant que, vaquant aux occupations de

sa charge, il passait près de la lojrc du Trèrc portier, U apci^ut au parloir extérieur Garcia Hcrnandcz, le médocin de la eommunaulé, venu de Palos, regardant avec surprise un voyageur ([iii, arrivé à pied accompagné d'un petit enfant, en ce Heu $i écarté de la roule, demandait au frère portier un peu d'eau et de pain pour son tih. Le Père Gardien remarqua l'air de distinction de cet homme contrastant avec son dénûment. Reconnaissant à son langage qu'il était étranger, il se sentit pris d'une r.tiriosi(é mêlée d'intérêt, et lui demanda d'où il venait, oCi il allnit. Le voyageur lui répondit très-simplement qu'il venait d'Ilalie, et qu'il allait à la Cour voir les nois, afm de leur communiquer un projeî important. Le Père Gardien engagea l'étranger à entrer dans le cloître pour s'y reposer un peu, ce que celui-ci accepta.

Ce Toyf^eur était Christophe Coloml).

Comment se trouvait-il amené dans ce monastère? Cesl cjï (|ii« personne ne saurait dire.

En quelque lieu qu'il fût débarqué, soit au Port- Sainle-Marie, soit h San-Lucar de Bairameda, soit h la Hi^ lerra, ou & Palos même, fia présence au monastère de Ij Rnhida ne s'explique pas natiirrllempnl. Ce couvent, alors complètement caché dans les pins et visible seulement du côté de la mer, se irourait hors de la droite route que devait suivre Colomh pour atteindre Huelva. C« n'est qu'en s'égaranl qu'il avait pu y arriver. Il y aviiit été néce»£air>-ment amené |>ar un de ces hasards, calculée admirablement, qui nous révèlent

l'acLtoo d'une piiiçisaiice supérieure devant laquelle nous nous pi-ostf^rnons.

En rt! moment Colomb n'Rllnii pas, carome on Ta tant répété, à lluetra voir son beau-fréi-iî Pedro Corrfta, rancicn gouverneur de Porto-Santo, mais à llueWa diez un Espag^nol obscur, nommé Mulîar, qui avait épousé la plus jeune sTur de sa femme, et & laquelle il aurait confié son enfant pendant la poursuite de ses instances â la tkïHr de Castille.

Assurément, si la manière dont Christophe Colomb aborda en Poi-tu;;aI fut poétique et romanesque, la Hiçon dont la Provideuce l'assistait à son déharquemeni «D Espagne n'est pas moins merreilteusc. Quand il arrive sans piotcction, sans recoramnndaLion aucune, destitué de tout appui, dans un pays dont il ne sait pas même encore la lan^e, la boulé dJvtne l'adresse à l'homme le mieux préparé h i;es idées, le plus digne de le comprendre et de le confirmer dans sa mission.

Sous la bure qui couvrait sa poitrine. Juan Perez de Marchcna raehaïL un patriotisme généreux. Ni l'Ago, ni la EcioDce, ni les auslérilés n'avaient rétréci son CùBoc. Son âme expaosive conservait des impressions pleines de fraîcheur et de vivacité. Elle se ressentait de cette permanente Jeunesse de la vertu que le temps ne saurai! atteindre. Il accueillit rratemellemenL l'étran* ger vers lequel le portait une subite attraction. Une sorte d'intimité s'établit aussitôt entre cui, car déjà préexistait à leur rencontre la plus étroite association d'idées qui puisse réunir deux intelligences.

Le Père Gardien, après les premières confidences de

Colomb, l'CDgagea & séjouraer auprès de lui, le moment n'éinnl pas favorable pour soumetlre immédiatemenl son projet A la Cour,

Oa a prétendu que, sô menant de eoa propre ju^meol. le Pèpcjii.in Ferez avait envoyé chercher un savant de ses amis, ce même Garcia Hernandez, médecin de la communauté, n^sidant à Palos, fort vei-sé dans les msUiématiques, et que te projet de Colomb fut discuté entre eux dans plusieurs conférences; qu'après l'avoir i-ecooQu rationnel, l'on décida qu'il serait exécuté. C'est là une erreur qu'a démcnlifi aulhenliquement le propre témoignage du médecin Garcia Heroacdez dans une déposition judiciaire.

Eutre Colomb et son liAtc pei'sonoc n'intervint.

La confiance du Père Juan Perez fut spontanée el complète, parce que la démonstration était p^>remploire ; parce que la grande mission de cet étranger se révélait h lux ; parce que le Franciscain possédait cette j-ai'elumièrc du cccurqui éclaire les grandes questions, eisans les discuter les décide. Ses connaissances cosmographiques lui sufTisaienl à apprécier le système cosmique de l'homme que lui envoyait la ProTidence.

Il écoula, il comprit et il crat.

Ainsi, dans ce paisible couvent des Franciscains, la coDCcpiion la plus large de l'humanilé fut développée par le génie, accueillie par l'enthousiasme. Dans ce couvent Ton crut d'une foi implicite et soudaine à la sphéricité de la Terre, à l'existence d'îles et de continents ignorés, et à la possibilité d'y parvenir, alors

— tique duos toulRsIes acadiîmieSt les collégus, les universités, on eût regardé ces idées comme le songe d'un malade.

Colomb, devenu l'hôte des Franciscains, dégagé des soins de la vie malériellt*, n'ayant plus à gaguer le pain du jour, put donner tout son temps aux affaires de r:'lmc, à la contemplation des clioses divines. Là il Iravailla à son puiTËClioauemenl intérieur. Il voulait parla prière, la pureté, devenir moins indigne d'accomplir l'œuvre immense dont il se sentait chargé. Ayant ses libres entrées h la bibliothèque du couvent, il put s'initier aux Saintes Kcritiircs, compulser les auteurs ecclésiastiques, les paraphrastes, lescommentattiui-s. On sait qu'il avait étudié saint Jérôme, saint Augustin, saint Ambroise, saint Isidori- ; qu'il connaissait Scot et Xicolas de Lyra. etc. Indubitablement ce fut là qu'il acquit celte connaissance variée des œuvres Ihéulogiques dont il ût preuve depuis lors. Noua sommes fondés à dire que les travaux de l'Ange de l'école et du Docteur Séi.iphique, les questions noblement spéculatives de la niélap)i)sique et de la murale, ne purent détourner son esprit d'une recherche moins haute et plus pratique, l'étude vulgaire de la vie des Saints. Il s'attachait à considérer les exemples de ces bonmies qui avaient diversement servi Dieu : ceux-ci avec une humble constance et un héroïsme obscur, sux-là avec l'éclat du génie et de l'illustration ; les inset les autres également précieux aux yeux du Sei- Pfneur, et honorés dans sua ^lise. Tout homme du monde qu'il était alors, il aspirait du fond de son cœur à célébrer la gloire dd Jésus-Christ. Se pénétrant des

clarlôs divines donl 1rs Sninlc^ [^criltiros iltiimincnt renlândemeot du fidèlo siacùremcnt soumis, Colomb ne se borna pas à compulser la bibliothèque. I! v«cut de la vio ci^Dobiliquc, associé au\ études et aux n\&dilalioDs du l'ère Gardien, aux ofTxcs et aun repas de Ucornmuoaulé; il connut l'esprit de saint François. I) en alTectionoa Tordre, la i-ègle et l'Iiabii.

A son tour, daos Christophe Coloinb, le Père Juan Perei aima l'homme comme il admirait d'-jà le cosmographe, le poêle, Ik gi'.nie supérieur. Nous ii'h'*silons pas à le dire : il l'aima d'autant plus qu'étuut son nonfesseur, il lui fut donné de voir à nu celte foi dismeuréc pure et candide, malgré tes hardiesses de r>^rudition et les curiosités de t'esprit. Il put coulempler, fniie à fhce. ceUe pensée plus vaste que te Monde, humblement inclinée aux pieds du juge ayaot pouvoir de délier eld ab* soudre. Comme prêtre, ayant lu cloîreracnl dans les pi-ofondeui's de cette &me qui, sans le savoir, dévoilait sa beauté en découvrant ses fautes au tribunal de la pénilence. il admira tant de génie uni à tant d'humilité. Il sVlonua de la (grandeur de cet homme ignoré, en qui les hautes quatitéii s'étaient associées avec une telle harmonie qu'elles spmbhiient n'en Torrafir qu'une sciUe par excellence, celle que nous appelons la Vertu. Le Franciscain reconnut daos Ctirislophe Coloiob la marque d'une éler4ion providentielle. C'est pourquoi il $*iulére<:sn h sa destinée, et s'y attacha d'un dévouement qui ne linil qu'avec lui<méuie.

Au moment où Colomb dut quitter te monaslt-r) de

la Rabida, le Père Juan Pcrez lui procura une petite somme d'argent, el lui remit une lettre de recommandation pressante pour un homme imporl;int à la Cour, le prieur de Prado, confesseur de la Keiae, dool la bicDveillanie médiation tni vaudrait^ di:sait-il, un Accès ffacîle et un accueil favorable. Comme le Père Juan Ferez de Marchena jugeait que, malgré sa noble origine, la bolle-scour de Colomb, femme du pauvre Huliar, ne pourrait, à Huelva, donner um; éducation convenable, nu Jeune Diego, son neveu, il voulut &e charger lui-même de son instruction. Ce fui donc sous le toit, avec k pain, le drap, les livres et la chanté de la famille Franciscaine que le tils de Colomb fut nourri, relu et instruit dans sa tendre jeunesse.

L'hôle du couvent de la U:ibida, nyant désormais le cœur rassuré et l'esprit libre au sujet de son enfant, prit congé du vénérable Gardien, et, accompagné de ueé prières, se œil en roule pour Conloue.

La révolution religieuse d'Espagne, en décrétant la ippression des couvents, menaçait la Rabida d'une lestrucLion procliaiue. Par bonheur, la inimiriccnce le S. A. R. le duc de Monlpensier ntus a couservë ^humilie monaslëre oOi fut d'abord accueillie l'idée lui a doublé le Monde.

Le 1 1 mars 1854, l'illuslrc Prince. l'Infante sa iligne jmpagnc, et l'admirable reine Mai-ie-Amélic allaient pèlerinage, visiter l'auguste demeure qui senrit d'asile îl Colomb. Elle lombuil alors en ruine. Sa

aucune asfièrance, cl ne daigna même pas l'âcouLcr. Pemaodo do Talavei'a, qui devait être son diti^cnl ÎDlroHurlciii' auprès des souverains, dcvïnl le premier obstacle à l'issue de son projel. Cet homme sembla choisi pour exercer douloui eusemcnl sa paliencô el sa résignation.

Frère Pernaiido de Tal.ivera, de la congr^'gation des Hii'ruuymilirs, Prieur de Nolre-Uame de Hi-adt> à Valbdotid, el coafcsseut' des deux Hois, n'était point un esprit vulgaire, envieux de la gloire d'autrtii ou systé> matiquemcnl hosûle & toute idée nouvelle. Lgalcuient versé dans les lettres et la théologie, il avait quel((ues années auparavant franchement secondé le mouvement littéraire inspiré par [s:d)ellc. La sagesse de ses conseils égalait sa modestie. Son assiduité au travail, ses sagaccs combinaisons venaient d'augmenter les revenus de la couronne de plus de trente millions de imiravédis. Au milieu des splendeurs de la Cour, il continuait à mener la vie d'un véritable religieux.

Ce que nous connaissons de lui n'indique aucune étroitessti de vue. Mais tout docte et pieux qu'était le Prieur de Prado, il n'avait nulle notion spéciale des mathématiques, des sciences naturelles, et oe pouvait être compétent en matière de cosmographie. Il jugea sur les apparences, sans être physionomiste, et dut nécessairement se tromper.

L'aspect de cet étranger, obscur, pauvrement velu, venu on ne savait comment en Espagne, dont il apprenait la langue dans les antichambres, arrivé i la Cour sans autre appui que le patronage fortuit d'un moine, lui-même depuis longtemps cooilné en un moutier

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