BROUILLON AUTOGRAPHE UE COLOMB
gardé la préférence, tandis que la France, l’Angleterre et le Portugal étaient décidés à tenter l’expédition. « Alors a notre Rédempteur, dit-il, me disposa la route. J’ai placé a sous la puissance de Leurs Altesses des terres plus grandes <( que l’Afrique et l’Europe... Il y a lieu de penser que la « sainte Église y prospérera grandement. En sept années, « j’ai accompli cetteconquèteparlavolontédivine1. Au mo- « ment où j’espérais obtenir des récompenses et du repos, « je me suis vu soudain saisir, charger de fers au détriment « de mon honneur et du service de Leurs Altesses, etc. » L’Amiral prie les membres du Conseil, en leur qualité de très -fidèles chrétiens2, d’examiner tous ses traités avec la Couronne, de considérer comment il est venu de si loin servir ces princes, comment il a quitté femme3 et enfants, se condamnant à ne les voir presque jamais, pour mieux vaquer à son service 5 et de remarquer qu’en retour de ce dévouement il a été, au déclin de sa vie , dépouillé de sa dignité et de ses droits sans aucun égard de justice et de miséricorde. De peur qu’on se méprenne sur le sens de ce mot, il se reprend en ces termes : « Je dis miséricorde- <( et que ceci ne s’entende point de la clémence de Son «■ Altesse, parce qu’il n’v a point eu de faute commise4. »
1 « En siete aîios hice yo esta conquista por voluntad divina. » — Lettre de Christophe Colomb aux membres du Conseil à la fin de Vannée 1500. — Pièce originale visée par l’historiographe D. Martin Fernandez de Navarrete.
2 Propres paroles de Christophe Colomb. « Con zelo de fielisimos cristianos. »
3 « Y como vine â servir estos principes de tan lcjos, y dcje muger v lijos que jamas vî por ello. » — Copie littérale du brouillon écrit de la
propre main de V Amiral. — Coleccion diplomâtica. Documcntos, n° cxxxvn.
4 « ... Y que en ello ni se aguardô justicia ni misericordia. Dije misericordia, y non se entienda de S. A. porque no tienen culpa. » — Co~
REMPLACEMENT DE ROBADILLA.
Quant au Mémoire par lequel il justifiait son administration, on ne peut douter qu’il ne contint des faits concluants et des considérations importantes ; car à la suite de cette communication , malgré l’influence des bureaux de Séville, les principales innovations de Bobadilla lurent annulées , et les règlements de Colomb remis en vigueur.
Plusieurs ordonnances rovales en font foi.
Tout en reconnaissant ainsi authentiquement la sagesse administrative de Colomb, les Rois ne jugèrent pas prudent de le renvoyer à l’Espagnole avant qu’on eût le temps d’apaiser la fermentation des esprits irrités contre lui. Il fut décidé qu’on nommerait, en remplacement de Bobadilla, un gouverneur temporaire, chargé d’administrer les Indes pendant deux années seulement-, ce temps paraissait devoir suffire pour dissiper les factions, effacer la trace des inimitiés et rétablir la régularité de tous les ressorts administratifs. C’était, disait-on, dans l’intérêt de l’Amiral surtout qu’on adoptait cette mesure.’
Assurément quand elle promettait de le réintégrer dans ses titres et ses fonctions, la Beine était véridique; mais l’astucieux Ferdinand avait secrètement résolu d’enlever pour toujours à Colomb , outre la vice-royauté, le gouvernement réel des Indes. Tout fut dès ce moment combiné vers ce but.
§ II
En voyant l’animosité des colons de l’Espagnole contre l’Amiral, et la secrète détermination du Roi à ne point lui rendre son gouvernement, la plupart des historiens
pie littérale du brouillon écrit de la propre main de V Amiral. — Colcccion diplomâtica. Ibidem , n° cxxxvu.