LA HEINE REÇOIT ET CONSOLE COLOMB
dans laquelle l’admiration se confondait avec l’attendrissement et la douleur, il essaya vainement de trouver un mot pour accuser ou se défendre. Cette âme aimante et virginale, en dépit des années, par l’éternelle fraîcheur de ses impressions , ne put rencontrer une parole. L’homme qui avait supporté inébranlable les coups de la fortune, ne put contenir plus longtemps les sentiments refoulés dans son sein; un sanglot ouvrit sa poitrine; il laissa échapper le trésor de ses larmes. Colomb et Isabelle pleurèrent à la fois, sans proférer un mot. Ce fut après cette communauté d’attendrissement et la muette éloquence du colloque de leurs âmes, que le Révélateur du Nouveau Monde confondit, en quelques paroles, le système entier de ses accusateurs.
Les larmes d’Isabelle furent un baume souverain pour le cœur du Héros. La Reine Catholique lui promit de punir son outrage, de réparer toutes les injustices et de le réintégrer dans ses fonctions. Cependant, à cause des ardentes inimitiés soulevées contre lui, il conviendrait peut-être de ne pas l’exposer à de nouveaux embarras, en lui rendant immédiatement le gouvernement de l’Espagnole. A la suite de cette audience, Colomb adressa aux souverains une plainte en forme contre les actes tyranniques commis par le commandeur Bobadilla, fit ressortir les vices et le grave dommage de la nouvelle administration. Et presque en même temps , afin d’intéresser à sa réclamation quelques personnages qui faisaient partie du conseil des Rois, il rédigea une note dont le brouillon, écrit de sa main, nous a été heureusement conservé.
Il n’y a là ni artifice de langage, ni arrangement oratoire, ni habileté diplomatique. C’est le Messager de la Croix qui s’exprime. Il rappelle qu’il est venu volontairement offrir à l’Espagne la conquête des Indes; qu’il lui a