‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 107 sur 444 · ROLDAN AUTEUR DE L7ACTE IMPUTÉ A COLOMB · texte numérisé non relu

ROLDAN AUTEUR DE L7ACTE IMPUTÉ A COLOMB

vait d’invisibles consolations , et que l’on sait avoir ete longtemps privilégiée de faveurs divines et de prodiges nombreux1. Le héraut de la Croix se complaisait dans ce séjour par des causes mystérieuses.

Peu auparavant, Roldan ayant fait arrêter Fernando de Guevarra, cousin de Mogica, et demandé des ordres à l’Amiral, celui-ci avait répondu d’envoyer l’inculpé à la forteresse de Saint-Domingue. Quelque temps après, Roldan, ayant arrêté Adrien de Mogica, demanda de nouveau ses instructions a 1 Amiral , qui lui répondit comme on l’a vu. Mogica fut donc conduit, pour y être jugé, à Saint-Domingue, où fut également emmené son complice Pedro Riquelme, l’ ex-juge de Ronao. On ne pouvait convenablement procéder contre les rebelles à la Conception , où ne se trouvaient que l’Amiral et des ouvriers exécutant ses plans , ou il n y avait encore ni habitants, ni tribunal, ni greffe, ni huissier, ni officier de police, mais simplement un poste de cavalerie. Ce fut donc au siège du gouvernement et dans la prison de la citadelle que furent enfermés, puis interrogés et jugés les coupables. Ce fut là aussi qu’eut lieu l’exécution. Le coup de main hardi qui fit tomber Mogica, nuitamment au pouvoir de Roldan, ne pouvait être tenté par l’Amiral; et ne convenait ni a sa dignité, ni a son état. D ailleurs, si l’Amiral était venu lui-même , comment n’aurait-il pris dans la garnison de la forteresse que trois soldats, outre les sept domestiques dont il est parlé? Au contraire, ce petit nombre de soldats s’explique topographiquement par la position de Roldan, qui était à la campagne, loin de toute garnison. L’Amiral n’avait pas quitté la Conception depuis plusieurs mois, et n’en bougeait presque pas.

1 Oviedo y Valdez, la Hisloria natural y general de las Jndias, lib. III, cap. v.

RECTIFICATION d’üERRERA. 13l

Herrera s’est trompé non sur le fait, mais sur les noms.

Au contraire, le scrupuleux historien don Fernando, rectifie les noms et les dates; attribue à chacun ce qui lui revient dans ces événements. Il constate l’absence de l’Amiral 1 : parle de sa correspondance avec le Grand-Juge au sujet des inculpes ; il mentionne la procédure régulièrement instruite à Saint-Domingue, et suivie de l’exécution du principal auteur du complot. Entre le dire contradictoire d’Herrera et l’assertion détaillée de don Fernando, le doute n’est pas permis; et nous disons comme don Eustaquio Fernandez de Navarrete, réfutant avec loyauté son aïeul, qu’entre les deux relations de ces historiens, celle de Fernando paraît la plus véridique2.

D ailleurs la piété de Colomb lui eût-elle permis cette rigueur presque impie qui prive un mourant d’un sacrement, sa dernière consolation et son unique espérance ? Le Vice-Roi s 'était « promis de ne jamais toucher à un cheveu de ses administrés. » Jamais, dans ses expéditions maritimes, il ne fit passer un homme devant un conseil de guerre; jamais il ne commanda une exécution à mort. Quand il écrivit à Roldan de mettre en jugement Adrien de Mogica, ce fut « avec des larmes » de regret et de douleur. Mais la nécessité lui paraissait telle qu’il aurait cru ne pouvoir taire autrement à l’égard de son propre frère dans un cas semblable3. Colomb dit formellement

1 Fernando Colombo, Vita delV Ammiraglio, cap. lxxxiv.

2 « Pero en cuestiones como estas en que el afecto filial no ha podido ladear la pluma de D. Hernando, su relacion debe ser la mas verîdica. » — D. Eustaquio Fernandez de Navarrete, Coleccion de Documentes ineditos para la historia dcEspana , tomo XVI, p. 524.

s « A mi hermano no hiciera menos si me quisiera matai* y robar el

senorio que mi Rey é Reina me tenian dado en guarda. » Car ta del

Almirante al Ama del principe D . Juan,

Page 1