PREUVES DE L’INNOCENCE DE COLOMB
que Roldan arrêta lui-même Adrien de Mogica avec uue partie de sa bande, et qu’il le lit exécuter sans ordre de sa part. <c Le fait, dit-il, est qu’il en fit justice sans que je l’eusse ordonné1. » Sans doute, le vindicatif alcade, sachant la mansuétude chrétienne du Vice-Roi, craignait un sursis indéfini ou une commutation de peine, et il en prévint les effets par la promptitude de 1 execution.
Nous devons remarquer aussi qu’en racontant ces détails, Colomb ne supposait pas l’imputation posthume portée contre lui relativement a Mogica; et quand il déplorait cette exécution, c’est qu’il s’était bercé de cet évangélique espoir , que le sang ne coulerait pas sous son gouvernement. Le Grand Juge qui avait provoque et fait exécuter la sentence était encore en fonction; les témoins assignés, les agents de la force publique vivaient encore. D’ailleurs les actes de la procédure restaient au greffe. Si réellement, comme le rapporte Herrera, contre toute vraisemblance, Colomb avait lui-même saisi, fait juger et exécuter Adrien de Mogica, aurait-il osé attribuer ce triple rôle au Grand Juge Pioldan, qui, dans ce moment même, était en exercice, BoLadilla l’ayant maintenu dans
sa charge?
Quant à l’accusation de s’être joué de la liberté des Indiens, et d’avoir fait de cette partie de ses administrés une matière de vente, elle tombe devant le plus rapide
examen. , ,
Dans les mœurs de cette époque, l’esclavage n était
point tel qu’il nous paraît aujourd’hui. Le chevalier pris
à la guerre appartenait à celui qui l’avait forcé de se
rendre , et ne devenait libre qu’en payant sa rançon.
Après Pavie, François Ier était à Charles-Quint. Adouci
2 « El alcade le prendié y â parte de su cuadrilla ; y el caso era que él los justiciaba sin que yo lo proveyere. » — Idem , ibidem .
de l’esclavage. 133
par le christianisme, l’esclavage n'avait point chez les Espagnols le caractère odieux que lui ont donné le fanatisme des musulmans et l’inhumain orgueil des planteurs américains. Déjà, sous le règne de Henrique III, on voyait à Séville des esclaves noirs traités avec une grande bienveillance <. Après la prise de Malaga, Ferdinand et Isabelle firent cadeau à la reine de Naples et à la reine de Portugal d’un certain nombre de jeunes filles triées entre les plus belles. Les deux Rois envoyèrent au pape Innocent VIII, parmi de magnifiques présents, cent esclaves choisis . Le Saint-Père les accepta; mais en moins d’un an, par l’influence auguste de sa bonté, de ses persuasions, il en avait fait des chrétiens, et comptait assez sur leur fidélité pour les incorporer dans sa garde 3.
Colomb, dés son arrivée chez les Caraïbes, sentit que la douceur, les exhortations seraient inefficaces sur ces tribus dénaturées, réfractaires à l’ordre providentiel, ne connaissant d’autre loi que la violence. Il demanda l’autorisation de réduire en captivité cette race anthropophage, afin de l’enlever à ses féroces habitudes, de la transplanter, de lui apprendre avec la langue castillane Evangile, qui seul pouvait la préserver d’une entière destruction. Par excès de philanthropie, on lui répondit de traiter les cannibales comme les autres Indiens4. Les
1 Navarrete, Coleccion de los viages y descubrimientos, etc. introduccion, § xix. 5
* ,0l'tlz de Zufii8a, Anales ecctesiasticos y seculares de la mu « noble y muy leal ciudadde Sevilla, lib. XII, fol. 401.
3 Rosseeuw-Saint-Hilaire , Histoire d’Espagne , t. V liv XVm
chap. ii, p. 490. ’ ,m>
Memorial que para los Reyes catolicos dio el almirante D. Cristôbal
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