‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 110 sur 444 · LE SYSTÈME DES COUVÉES · texte numérisé non relu

LE SYSTÈME DES COUVÉES

C’est là une double erreur de fait et de date, à la fois une calomnie et un anachronisme.

D’abord, Colomb ne posséda jamais à lui un seul Indien, en qualité d’esclave h

11 faut ensuite se rappeler qu’on ne pouvait rendre esclave un Indien baptisé; puis, que l’Amiral ne permettait pas môme aux Castillans de travailler aux mines sans de certaines conditions religieuses. Jamais sous son administration les Indiens ne furent contraints à extraire de l’or de la terre. Respectant le mode de gouvernement établi chez les indigènes, il ne voulut jamais intervertir l’ordre existant, et enlever aux Caciques leurs sujets naturels. Seulement, quand à la suite de révoltes ou de méfaits il devait punir les Caciques, après avoir fait quelques exemples, au lieu de les transporter tous en Castille, suivant la rigueur du droit, il leur imposait des prestations en nature au profit de la colonie. Ainsi les Caciques punis devaient fournir un nombre d’hommes, qui travaillaient pour le gouvernement espagnol, durant un jour ou deux par semaine, à des ouvrages d’utilité publique.

Parfois l’Amiral proposa de remplacer au moyen de cette corvée le payement de l’impôt. Cet échange de tri-* but fut librement accepté. Les Caciques satisfaisaient trèsvolontiers à cette taxe, qu’ils exigeaient eux-mêmes de leurs propres sujets. Les Indiens désignés par leurs Caciques, pour aider ainsi gratuitement les Espagnols, ne ces-

1 Colomb n’eut pas un seul esclave ; mais l’évêque ordonnateur de la marine, premier auteur de toutes les calomnies répandues contre lui, en possédait en toute propriété deux cents, dont un noble franciscain, le cardinal Ximenès, l’obligea de se dessaisir. — Le Père Charlevoix, Histoire de Saint-Domingue, liv. V, p. 337, in-4. — Après la retraite du cardinal ministre, don Juan de Fonseca importuna le Roi et se fit rendre cette propriété antichrétienne.

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saient point d’appartenir à leurs souverains naturels. Leur dépendance et leur liberté ne recevaient nulle atteinte de ce travail périodique. Seulement ils prenaient l’babitude de se grouper, de vivre ensemble. Leurs rapports avec les Européens pouvaient faciliter leur introduction au christianisme.

Ce service public n’était pas plus l’esclavage que les prestations communales ne sont, aujourd’hui, une corvée dégradante. Mais les gouverneurs substitués à l’Amiral, au mépris de ses droits, en dénaturant le principe et le but de cette prestation , eurent bientôt converti la prestation en corvée; la corvée, en esclavage; et l’esclavage en destruction de la race indigène. Bobadilla et son successeur ont seuls organisé le système des « repartimientos » devenu fatal aux naturels d’Haïti. Colomb, bien loin d’y consentir, déplora le premier cet abus.

La seule accusation fondée qu’aient portée contre lui ses ennemis consistait dans son opposition formelle au baptême des Indiens.

Il pourra sembler étrange que le Messager du Salut, qui plantait en tous lieux des Croix et conviait les indigènes à vénérer ce symbole, les repoussât de l’Eglise quand ils désiraient y entrer. Rien n’est plus réel cependant.

Nombre d’indiens, alléchés par l’appât de la nouveauté, leur penchant enfantin à l’imitation, et surtout les immunités accordées aux convertis, sans avoir la moindre notion du christianisme, demandaient le baptême comme ils auraient demandé une veste ou un chapeau d’Europe. L’Amiral opposa toute son énergie à la condescendance de certains ecclésiastiques dont le prosélytisme trop indulgent favorisait ce prétendu mouvement religieux, et qui, dans le désir d’accroître promptement leur troupeau,

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