QUATRIÈME VOYAGE DE COLOMB
C’est là une méprise complète, une interprétation directement contraire à la réalité; conséquence pourtant natuiclle des préventions où s'obstinent ces écrivains sur cet homme de désintéressement et de foi. Nous pouvons affirmer que déjà Colomb ne conservait aucune illusion sur la cour, et n’en attendait plus ni faveurs ni richesses. Ce fut uniquement pour glorifier le Rédempteur, porter sur le reste du Globe l’étendard de la Croix, et compléter ainsi son œuvre de découvertes, qu’il voulut se remettre en route. Pendant son expédition, il écrivait aux Rois Catholiques : « Je n’ai point fait ce voyage pour obtenir des honneurs ou de la fortune; cela est certain, puisque
toute espérance à ce sujet était déjà évanouie avant mon départ1. »
Ayant trouvé le Nouveau Monde, il pensait que maintenant le premier terme de sa mission étant accompli, il lui lestait a effectuer le tour du Globe et à racheter le Saint Sépulcre, afin qu’après avoir montré le signe du Salut à des peuples jusqu’alors ignorés, ils pussent librement apporter leurs adorations au tombeau du Sauveur. Il voulait, avant de mourir, leur en frayer la route.
Un secret attrait venait s’ajouter encore à sa ferveur religieuse pour le pousser à cette navigation : c’était le bonheur de contempler des parties inconnues de la lerre. Les glaces de 1 âge n avaient nullement refroidi son juvénile enthousiasme de la Nature. Colomb ne pouvait se lasser d’admirer la Création et d’élever son âme vers le Créateur. Aucun homme en ce monde n’avait parcouru une telle étendue de mers et de rivages. Plus il
« Yo no vine este viage â navegar por ganar honra ni hacienda : eslo es cierto, porque estaba ya la esperanza di todo en ella muerta. »
Lettre de Cht istopke Colomb üux Rois Catholiques, écrite de la Jamaïque le 7 juillet 1503.
MÉDITATION DE COLOMB. ÎÜl
avait vu, plus large était sa notion des magnificences du Verbe, plus profonde était aussi la grandeur de scs impressions.
A terre, pendant son repos, des que son génie cessait d’être aux prises avec l’inconnu, et que sa pénétration n’avait plus à s’aiguiser pour surprendre quelque grande loi de notre univers, son esprit méditatif s’épandait dans une contemplation délicieuse. Lorsque dans le silence de son isolement, entre les intervalles de la prière, se recueillant en lui-même, Colomb s abandonnait a la saveur du souvenir, il lui semblait écouler encore, au fond des lointains échos de l’àme, les sonores harmonies de la poésie équatoriale ou les frémissements des souffles alisés et les sévères accents des mélodies pélagiques. D’un simple retour vers sa mémoire, il voyait dans sa fidèle empreinte apparaître, à la lois, depuis les brumeuses mélancolies de l’Océan germanique et les glaces des mers polaires, jusqu’aux splendeurs des Antilles, aux magnificences de la flore équinoxiale. Les îles Fortunées, les Açores, l’archipel du Cap-Vert, les grandioses aspects de la Terre ferme, la majesté de l’Orénoque, le golfe des Perles, le ciel éclatant de la Trinité, les constellations australes, tout ce qu’avaient aperçu ses yeux, tout ce qu’avaient deviné ses intuitions s’unissait à ce qu’il entrevoyait en espérance. L’immensité de ses investigations se déroulait entière, simultanément, dans sa vision comme un seul tableau. Lt sa conception du Créateur se déployant sublime, s élevait en proportion de cet inexprimable infini Comme Dieu avait daigné lui conserver, malgré ses années, ses fatigues, ses accablements d’esprit et de corps,
toute lavivacitéd’émotionsde la jeunesse, Colomb le remerciait de cette bonté. Il appréciait dignement ce bienfait de l’âme, possession du génie chrétien que nul souverain no