CONTEMPLATION CHRÉTIENNE DE COLOMB
pouvait suspendre ou détruire. Il lui semblait même, dans son humilité, qu’une si douce jouissance n’était pas due à un pécheur tel que lui-, car précisément les meilleurs chrétiens sont les moins satisfaits d’eux-mêmes-, et il écrivait avec une édifiante candeur, en se rappelant les bontés de sa Haute Majesté : « J’entrai tout petit à la mer, pour « m’adonner à la navigation, et j’ai continué jusqu à ce jour. Cette carrière porte qui la suit à vouloir pénétrer « les secrets de ce monde... Quoique je sois un très-grand « pécheur, la compassion et la miséricorde de Notre Sei- (( gneur, que j’ai toujours implorées, couvrant mes fautes, a m’ont tout à fait comblé. J’ai trouvé la plus suave con- <c solation à mettre mon bonheur dans la contemplation a du merveilleux aspect de son œuvre L »
Cette vaste contemplation dont, seul sur la terre, Colomb avait alors le privilège, était en effet la plus grande jouissance de l’admirateur du Verbe divin. Cette satisfaction pure n’est point un don fait indistinctement à la créature mortelle. Les natures grossières, charnelles, les instincts cupides et matériels la conçoivent peu -, et, malgré la perfection des sens, 1 animalité ne la connaît pas. Les sereines voluptés de la contemplation semblent par iiciper de l’infini : l’impie et l’incrédule ne l’ont point classée parmi leurs plaisirs.
Chose prodigieuse! au milieu des merveilles de l’Alhambra, une illumination soudaine du génie de Colomb lui montrait à travers l’espace et l’inconnu comme une image de ce Globe, et lui indiquait, entre les deux grandes
i « Yo soy pecador gravisimo : la piedad y misericordia de Nuestro Senor siempre que yo he llamado por ellas me lian cobierto todo : consolation suavisima lie fallado en echar todo mi cuidado à contemplar su maravilloso conspeto. » — Carta del Almirante al Rey y a a Reina. — Libro de las Profecias. Fol. iv.