COLOMB POURSUIT SA ROUTE
sortit malgré ce môme vent1, et arriva rapidement au port. » v
L’aspect des voiles espagnoles suiïlt pour mettre en fuite la troupe maure, qui avait d’ailleurs rencontré une vigoureuse défense. Le gouverneur de la place avait bravement payé de sa personne sur les remparts, et en rapportait une honnête blessure. L’Amiral lui adressa son fils, son frère et les officiers commandants, pour lui offrir ses services et le complimenter. Le gouverneur fit l’accueil le plus distingué à cette députation , combla de caresses le jeune don Fernando, et envoya, pour remercier le Grand-Amiral, ses premiers officiers, parmi lesquels il s’en trouva qui avaient l’honneur d’être ses alliés, par leur parenté avec dona Felipa Monis de Perestrello, sa première femme 2.
Colomb poursuivit sa route le jour même. Comme s’il eût reçu la récompense de son empressement, le vent était devenu favorable. « Notre Seigneur me donna ensuite un si bon temps que j’arrivai ici en quatre jours, » écrivit-il de la Grande-Canarie, où il s’arrêta pour renouveler son eau, prendre du bois et, à son habitude, un baril de cassonade. Dans sa lettre adressée au révérend Père Gorricio de la Chartreuse des Grottes à Séville, il lui recommandait 1 affaire dont il 1 avait charge pour Rome. Il rendait grâces à Dieu de ce que tout son monde était en bonne santé, et il annonçait qu’il allait faire son voyage au nom de la Sainte Trinité, et qu’il en espérait la victoire 3. Cette ex-
1 « Y con él sali al socorre y fué al puerto. » — Lettre de Christophe Colomb, écrite de la Grande Canarie, au R. P. Gaspard, le 24 avril
2 Fernando Colombo, Vita delV Ammiraglio , cap. lxxxvjii.
3 « Agora sera mi viage en nombre de la Santa Trinidad, y espero
délia la vitoria » — Cartas del Almirante al p. Fray Gaspar .
ISO i/ AMI R AL EN VUE DE SAINT-DOMINGUE.
pression militante indique son unique pensée. Christophe Colomb voyait, au fond de toutes les contrariétés qui avaient retardé raccomplissement de son œuvre, la lutte de l’esprit du monde contre l’esprit de l’Église, dont il était le chevalier. Sa vie était un combat contre le Prince du Monde, et il espérait en triompher à la lin. Il terminait sa lettre en se recommandant aux prières du Père Prieur
et de toute cette sainte communauté h
Le 25 mai au soir, Colomb partit au nom de la Sainte
Trinité.
Le temps était magnifique -, le vent poussa l’escadrille avec un souffle si constant que, sans changement d’amure, on atteignit en seize jours le groupe de Caraïbes. On toucha à Sainte -Lucie, d’où l’Amiral fit porter sur la Martinique.
Là on jeta l’ancre pour renouveler l’eau, le bois, prendre quelques vivres frais, blanchir le linge et se récréer sous la riante verdure des arbres. On y passa trois jours. Ensuite l’escadrille cingla vers l’île Saint-Jean, aujourd’hui Porto-Ricco, en longeant la ravissante courbe formée par cet archipel, qui va s’échelonnant de la Grenade aux grandes Antilles, et semble se continuer par les groupes de Bahama jusqu’aux approches de la Floride. Malgré leur connaissance de ces parages , les équipages étaient dans l’admiration de ces harmonies de la lumière, de la terre et des eaux. Des senteurs balsamiques nageaient dans l’air, et au courant des brises étaient portées sur les caravelles. L’aménité de ces rivages, dont une température modérée augmentait le charme, semblait faire de cette navigation une excursion de plaisir.
L’Amiral voulait de file Saint-Jean se diriger sur le
1 « Al padre Prior y â todos esos devotos religiosos me encomiendo. * — Cartas del Almirante al R. P . Fray Gaspar,
'.sis.