‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 146 sur 444 · INSUCCÈS DES DÉMARCHES DE L’AMIRAL · texte numérisé non relu

INSUCCÈS DES DÉMARCHES DE L’AMIRAL

en mer depuis deux mois, à peine. Quant au besoin d’échapper à la tempête, la sérénité du ciel, la splendeur du soleil, le calme azuré des flots lui donnait en ce moment l’air d’une plaisanterie. Non-seulement il n’accorda pas à l’Amiral de prendre un autre navire, mais il lui « défendit de descendre, et même d’aborder. »

Tout ce que demandait l’Amiral étant refusé, le capitaine du Galicien revint a bord de la Capitane rendre compte à son chef de l’insuccès de sa démarche. Il put, en passant au milieu de leurs amarres, compter dans le mouillage trente-quatre navires avec pavillon de partance. C’était la flotte que devait ramener Torrez, à laquelle s’étaient réunies deux caravelles achetées par un ancien Notaire amateur de navigation, Rodrigo de Bastidas.

Il est plus aisé de se figurer que de rendre l’indignation dont fut saisi le grand homme en se voyant repoussé « d’une terre et des ports que, par la volonté de Dieu, il avait gagnés à l’Espagne au prix de son sang1, » ne pouvant ni se réparer ni s’abriter dans une île dont il était le Yice-Roi et le Gouverneur perpétuel, contraint par conséquent de s’offrir comme une proie à la tempête, et de continuer son voyage avec un navire hors d’état de naviguer! Ce refus si contraire aux lois de l’humanité et aux usages de la mer répandit la consternation dans les équipages. Ils regrettèrent d’être sous la conduite d'un homme qu’une pareille rigueur semblait rejeter hors du droit naturel. Surtout les nombreux marins de Séville et des alentours, imbus des préventions qu entretenaient contre l’Amiral les bureaux de la marine, se regardèrent comme en danger. D’un tel refus ils tiraient de fâcheux pronostics.

1 Paroles de Christophe Colomb. — « ... La tierra y los puertos que yo por la voluntad de Dios, gané â Espana sudando sangre. » Lettre aux Hois Catholiques , datée de la Jamaïque le 7 juillet 1503.

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