AVIS DONNÉ PAR COLOMB
Mais, quelque profonde que fût l’indignation de TArniral contre la cruauté de cette défense, son humanité, sa charité chrétienne Remportèrent sur son ressentiment. 11 renvoya de nouveau vers le gouverneur pour lui dire que puisqu’il lui refusait un asile, malgré la nécessite de se réparer et au moment même d’un péril imminent , rigidité qu’il ne pensait pas être conforme à l’intention des
Rois, qu’au moins il retînt encore la Hotte près de partir, et qu’il ne la laissât pas aller avant huit jours', parce que l’ouragan s’étendrait jusqu’en de lointains parages -, quant à lui, il allait sans retard chercher un abri.
Bien qu’Ovando fût persuadé que l’Amiral cherchait un prétexte pour se montrer dans cette ville, comme il n entendait rien à la navigation et que sa prudence le portait à ne pas négliger un avis utile, il prit conseil des pilotes et du capitaine général, Antonio de Torrez. 11 faut bien le reconnaître, aucune apparence atmosphérique ne semblait justifier la prévision de l’Amiral *, il fut donc décidé que l’on partirait ainsi qu’il était convenu. Les pilotes,
en regardant le ciel , raillèrent gaillardement la sinistre annonce du vieil amiral, qui fut traité d’esprit morose, de a faux prophète1 2, » et peut-être de radoteur.
Colomb , fort embarrassé de l’état du Galicien , ne vit pas d’autre expédient que de donner au plus mauvais navire le meilleur capitaine. 11 fit passer a son bord comme commandant en premier, son frère don Barthélemy, homme fécond en ressources, et immédiatement chercha un abri le long de la côte voisine. A quelques lieues de là, l’on trouva une petite anse assez fermée, qu’il appela « le port caché, » puerto escondido. Il s’y assura de
1 Fernando Colombo, Vita delV Ammiraglio, cap. lxxxviii.
2 Herrera, Histoire générale des voyages et conquêtes des Castillans dans les Indes occidentales. Décade ire, liv. V, chap. u.