‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 161 sur 444 · RAPPORTÉS PAR LES LIVRES SAINTS · texte numérisé non relu

RAPPORTÉS PAR LES LIVRES SAINTS

ce jour-là, se manifesta la colère de Dieu au sein de l’ Atlantique.

Pourtant l’homme en faveur duquel parut s’accomplir ce jugement divin, Colomb, alors semblable au prophète avertissant les hommes pour leur donner le temps de se repentir , n’a jamais fait allusion à son avertissement méprisé. II ignora peut-être d’abord, en poursuivant sa route, le prodige qui s’était opéré, et dans lequel il avait rempli un rôle si conforme à son caractère de messager du Salut. Mais lorsque, deux ans après, il connut dans ses détails cette catastrophe, il l’appela par son nom : un miracle. Et il üt remarquer au Roi, que depuis longtemps (des siècles peut-être) Dieu Notre Seigneur n’avait point frappé le monde par un miracle si éclatant \

La catastrophe qui ouvrit d’une façon si terrible la quatrième campagne d’exploration de l’Amiral frappa de stupeur les contemporains, à cause de l’énormité du désastre. Mais au fond, tout miraculeux qu’il est, cet événement n a pour nous rien de plus extraordinaire que certaines circonstances des précédents voyages de Colomb.

La prédiction de cette tempête ne nous paraît pas plus étonnante que l’annonce de la terre faite à jour et presque à heure fixes dans la soirée du 1 1 octobre \ 492, quand on était encore à vingt-une lieues de toute côte, et que l’œil le plus exercé ne pouvait saisir aucun signe nouveau dans l’immensité des vagues. Et ce fait là ne doit pas sembler plus étrange que l’assurance donnée aux équipages exaspérés par l’effroi de la famine, et voulant se défaire des

1 « Grande tiempo ba que Dios Nuestro Senor no mostrô milagro tan piîblico. » — Carta dcl Almirantc D. Cristôbal Colon pediendo al Rey Calôlico , nombre à su lüjo D. Diego pava sucederle, e te. — 5uplem. primer, d la coleceion diplom., n° cvi.

198 l’escadrille au port yaquimo.

Indiens, que dans trois jours 1 on verrait le cap Samt- V incent, où ils arrivèrent en effet. Et cette prévision n’est pas plus digne d’étonnement que la découverte de l’île de la Trinité, apparaissant à Colomb avec le signe même du nom qu’il lui destinait avant de quitter le port.

Dans le cours de la navigation dont nous allons résumer brièvement l’histoire, l’extraordinaire est si voisin du prodigieux, et le prodigieux s’attache si constamment au Héraut de la Croix, qu’on s’y familiarise par force.

Les lois de l’ordre général ne sont point intèrrompues au profit de Colomb. Il ne peut éviter ni les dangers, ni les souffrances; mais toutefois la manière dont il surmonte les périls les plus accumulés; la confiance qu’il montre en face des extrémités les plus alarmantes ne peut s’expliquer sans la foi au secours invisible , l’assistance d’une force surnaturelle. Nous le disons dès maintenant, dans la sincérité d’une conviction intime : Celui qui ne croit pas au surnaturel, ne peut comprendre Colomb.

§ IV

L’Amiral passa quelques jours à Azua, pour délasser ses équipages de leur fatigue et faire quelques réparations aux trois caravelles qui avaient été séparées. Les marins se racontèrent réciproquement les périls qu’ils avaient courus, les manœuvres qu’ils avaient exécutées pour se tirer d’affaire. Ils n’étaient aucunement rassurés sur le sort de la flotte, partie malgré l’avertissement de l’Amiral. De là, l’escadrille alla relâcher dans le port Yaquimo et y attendre le beau temps.

Le 14 juillet, la mer paraissant bonne, l’Amiral prit la route du sud. Mais le vent mollit, et les courants le

1 Voir au 1er volume les pages 554, 555.

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