C6 USAGES DIVERS DES PEUPLADES DE LA COTE
rivages inconnus. Mais il fallait rester près de la terre pour découvrir le Détroit.
Le temps ne cessait de fatiguer les hommes et les bâtiments. Des pluies torrentielles, une mer agitée, des courants contraires, ne leur donnaient aucun relâche depuis qu’ils avaient quitté les Jardins de la Reine . Parfois ils atterrissaient pour quelques heures sur certaines côtes, afin d’en observer les habitants et les productions. Ils virent ainsi des peuplades qui parlaient divers idiomes, mais n’entendaient qu’imparfaitement celui du vieil Indien Giumbé, l’interprète. Les uns, tatoués en diverses parties du corps , s’honoraient d’étaler sur leurs membres des figures de léopards et de cerfs, d’autres des camisoles de coton peint et des cuirasses de coton. Les notables s’ornaient le chef d’un bonnet de coton blanc ou le ceignaient d’une bande de coton rouge. Quelques-uns le paraient d’une grande mèche de cheveux rudes. Dans les jours de cérémonies, les uns se barbouillaient le visage de noir, les autres le barriolaient de rouge ; ceux-ci traçaient des lignes sur le front, ceux-là peignaient en noir le tour de leurs yeux. Cette bizarrerie de toilette et de prétention avait frappé d’étonnement le jeune Fernando Colomb; il écrivait, trente ans après : « Ils croient tous, dans ces états différents, être parfaitement beaux, au lieu qu’ils sont affreux comme tous les diables1. »
En avançant vers l’Est, on vit des tribus où les hommes , tout à fait nus , se nourrissaient de poissons crus et de chair. La laideur de leurs traits , la férocité de leur regard trahissaient celle de leurs mœurs. En les aperce-
i Fernand Colomb , la vie de Cristojle Colomb et la découverte qulil a faite des Indes occidentales , vulgairement appelées le Nouveau Monde. Traduction du provençal Cotolendy, t. II, chap, xxvni. Chez Claude Barbin, 1681.