COLOMB CONTINUE SON EXPLORATION
Outre les violences de l’atmosphère, il lui fallait combattre une force constante et régulière, la niasse d’eau qui affluait dans le sens opposé à sa route, et qu’il comparait justement à un fleuve marin. C’était le grand courant pélagique ou Courant Équatorial, qu’il avait si merveilleusement découvert et constate à son précédent voyage. Telle était sa force de résistance que, dans une navigation soutenue de soixante jours, on put à peine franchir un espace de soixante-dix lieues1. A force de persévérance, le 14 septembre, ils atteignirent enfin un promontoire qui déviait tout à coup de l’est vers le midi. Dès qu’ils l’eurent doublé, une bonne brise se fit sentir et la mer devint traitable. L’Amiral, au nom des équipages, remercia Dieu de ce soudain adoucissement à leurs maux. En signe de gratitude, ce cap reçut le nom de <( Grâces à Dieu, » qu’il porte encore aujourd’hui.
Ici l’interprète indien, le vieux Giumbé, qui avait eu sa part de souffrances, fut congédié avec des présents. Il parut très-satisfait de la munificence de l’Amiral.
Toujours continuant son exploration des rivages et la recherche du Détroit, Colomb suivait la côte de Mosquitos. Ses caravelles avaient besoin de radoub, ses agrès de réparation et ses équipages de repos; on allait à la découverte d’un lieu favorable. Comme il était urgent de renouveler l’eau et de faire du bois, le samedi 17 sep-
las obras hacia él, como si hubiera navegado ochenta anos, y él me consolaba. » — Christophe Colomb , Lettre aux Rois Catholiques , écrite de la Jamaïque le 7 juillet 1503.
1 Christophe Colomb. — « Combat! con ellos sesenta dias, y en fin no le pude ganar mas de setenta léguas. » — Pierre Martyr constate avec une erreur la violence de ce courant. — « Tantam scribit vim fuisse oppositi torrentis Oceani, quod diebus quadraginta lequas vix potuerit septuaginta percurrere. » — Pétri Martyris Anglerii, .Oceaneæ Decadis tertiæ, liber quartus , fogl. xlix, § d.
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210 MOUILLAGE DE CARIARI.
tembre, on s’arrêta dans Y embouchure d’une large rivière, que remontèrent, pour s’approvisionner, les canots de la Capitane et de la Biscaienne. Quand les deux embarcations eurent fait leur chargement, elles redescendirent vers les caravelles. En ce moment, un violent coup de mer entra dans le fleuve, refoula le courant qui était large et rapide; ce brusque choc souleva et enveloppa les deux canots dans ses écumeuses volutes. Celui de la Biscaienne, qui était d’une construction plus légère, chavira malgré l’habileté du brave contre-maître Martin de Fontarabie et de l’aspirant Michel de Lariaga. Aucun de ceux qui montaient ce canot ne reparut. Celui de la Capiiane arriva seul avec son chargement. Cette perte fut vivement sentie de tous les équipages et principalement de l’Amiral. Dans son affliction, il nomma ce lieu « le Fleuve du désastre. »
Cette diminution de bras sur la Biscaienne obligea d’affaiblir le personnel des autres caravelles qui déjà suflisait à peine aux manœuvres. On était exténué par deux mois de travaux sans relâche. Heureusement, le dimanche 25 septembre, s’offrit, entre la petite île Quiribi et la Terre ferme, un mouillage excellent, situé en face d’une bourgade nommée Cariari, qui présentait une délicieuse perspective. Une rivière y entretenait l’opulente végétation, où s’étalaient toutes les formes les plus pittoresques de la nature équinoxiale. La beauté du ciel, la magnificence du site, les balsamiques émanations de cette verdure, rendirent des forces à l’Amiral. Il contemplait avec l’ardente curiosité de l’esprit et l’enivrement du poète l’intime caractère de ces lieux. Il y avait là un