‹ Christophe Colomb (volume 4)Chapitre 174 sur 444 · AVANCES DES INDIGÈNES · texte numérisé non relu

AVANCES DES INDIGÈNES

Afin d’obliger ces étrangers mystérieux à venir, et voulant d’abord s’attirer leur confiance, les gens deCariari députèrent un vieillard portant une sorte d’étendard de paix au bout d’un bâton, et amenant en présent à l’Amiral deux jeunes filles parées de tous leurs atours, et secrètement pourvues de poudre magique. La plus âgée n’avait guère que onze ans. Toutes deux montraient « un tel dévergondage, qu’on n’en aurait pas trouvé davantage chez des filles perdues. » Il les plaça dans une chaloupe qui revenait de l’Aiguade, et pria les marins de les mener aux caravelles. L’Amiral leur donna des vêtements, des colifichets, leur fit servir à manger, et, le soir, les renvoya. Comme on trouva la grève absolument déserte, l’embarcation dut les ramener à bord. L’Amiral prit des mesures pour leur assurer une nuit tranquille. Le matin, il les renvoya à terre 5 mais quelques heures après, quand les canots revinrent au rivage, les deux jeunes filles, accompagnées de nombreux témoins, rendirent tout ce qu’elles avaient reçu en don.

Le lendemain, l’Adelantado descendit à terre pour s’informer de la contrée. Deux notables du voisinage vinrent au devant de lui avant qu’il fût sorti du canot, l’enlevèrent respectueusement dans leurs bras et le conduisirent sur un siège en gazon. L’Adelantado fit de nombreuses questions , auxquelles il était répondu avec bienveillance. Craignant de ne pouvoir tout se rappeler exactement, don Barthélemy commanda au secrétaire en chef de la flotte, Diego Mendez, d’écrire immédiatement. Quand les Indiens virent tracer sur le papier des caractères noirs, ils soupçonnèrent quelque artifice de magie. La peur les prit 5 ils s’enfuirent comme devant un grand danger, et crurent neutraliser ce maléfice en jetant par-dessus leur tête, du côté des Espagnols, une poudre secrète, qu’en

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effet le vent poussait vers eux1. Dans son orgueilleuse susceptibilité, sa corruption, ce peuple semblait fort adonné à la sorcellerie. Les habitants de la côte portaient des talismans, avaient des devins, des nécromanciens rpi’on estimait très-dangereux2. Ils pratiquaient l’embaumement, devaient des monuments aux morts, ornaient leurs tombeaux de sculptures représentant des figures l’animaux et même d’informes portraits des morts. Ils exécutaient fort bien certains objets d’arts.

Dés que fut terminée la réparation des caravelles, ’Amiral, avant d’appareiller, prit pour lui servir d’interirètes deux indigènes. Leurs parents, affligés de cette captivité, envoyèrent quatre d’entre eux traiter de leur ançon. Ils apportèrent quantité de pierreries. L’Amiral eur fit remettre des présents, mais ne rendit pas ses deux nterprètes. Les quatre délégués racontèrent l’insuccès de eur démarche : l’embarras fut grand chez ces pauvres ;ens ; ils ne savaient plus qu’offrir au grand chef de ces trangers. Les pierreries n’avaient pas réussi • leur présent e jeunes filles avait été refusé précédemment. Alors ils maginèrent d’offrir, en échange de leurs deux compariotes , deux petits cochons sauvages extrêmement irouches, nommés pécaris3, L’Amiral reçut avec plaisir

1 Fernando Colombo, Vit a delV Ammlraglio , cap. xli.

« En cariay, y en esas tierras de su comarca son grandes fechicc- >sy muy medrosos. « — Cuarto y ûltïmo i nage de Colon,

8 « Begare que as! se llama adonde estaba. » — Dans l’idiome du

lys on les nommait begare ou pecare ; d’où nous avons fait pécari.

après l’illustre Cuvier ce genre de porc diffère des cochons, « par un ’iffce glanduleux percé sur le dos, par des défenses courtes et droites 3 sortant pas de la bouche et par le manque de queue et d’un doi«t iterne au pied de derrière. » — Cuvier, Annotations au quatrième ïyage de Christophe Colomb , traduit par MM. de Verneuil et de La oquette, membres de V Académie royale espagnole d’histoire

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ces deux animaux, donna en retour de nouveaux objets, mais ne rendit point les deux interprètes.

Le mercredi, 5 octobre, l’Amiral leva l’ancre, se dirigeant vers le sud sans perdre de vue le rivage. 11 longeai la côte de Mosquitos, appelée aujourd’hui Costa-Ricca i cause de la richesse de ses mines d’or et d’argent. Er avançant, il entra dans un golfe découpé par plusieur: îles, qui formaient entre elles de petits canaux profond: et sans écueils. Les arbres gigantesques des rives, allon géant les branches de leurs hautes cimes, entrecroisaien leurs rameaux et formaient des berceaux élevés, sou lesquels passaient aisément les mâtures de l’escadrille. Li fraîcheur et l’ombrage odorant des forêts récréaient le équipages sur le tillac. Ce golfe charmant était la baie d< Cerabaro, aujourd’hui indiquée sur les cartes sous le non de Baie de l'Amiral.

En descendant à terre, on vit vingt canots mis à sec dont les propriétaires s’ébattaient gaiement dans les bois Ils étaient nus et portaient au cou des plaques d’or. Leu alarme se dissipa quand ils eurent aperçu les deux inter prêtes. Sur l’invitation de ceux-ci, l’un des insulaire échangea contre trois grelots un miroir d’or pur. Ce fu le premier endroit, depuis le cap Caxinas, où l’on aperçu de l’or fin 1„

Une abondance fabuleuse favorisait cette terre : le: poissons, les oiseaux, le gibier, les racines, les grains les arbres à fruits, les fleurs s’y trouvaient à profusion L’Amiral, sans céder à la séduction de ce séjour, voulu pousser jusqu’au fond du golfe. Il trouva là un terrair fort accidenté et parsemé d’habitations construites sur leî points culminants. On aperçut plusieurs canots rempli*

1 Diego de Porras, Relation del viage é de la ticrra agora nueva mente dcscubicrla por el almirante D. Cristobal Colon.

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