ORAGE OCÉANIQUE
orage océanique. On sait aujourd’hui que, sous les latitudes intertropicales, vers les parages du grand Courant Equatorial, les phénomènes météorologiques atteignent un degré de force, d’éclat et de majesté inconnu dans nos régions. Parfois la ligne brisée des éclairs traverse l’horizon tout entier; les retentissements de la foudre ont une sonorité effrayante ; la portée des lames dépasse nos mesures; l’Océan manifeste par le formidable et le grandiose sa souveraine puissance.
Jouets des flots, les quatre caravelles étaient tantôt poussées sur la cime des vagues devenues des montagnes, tantôt précipitées dans les sombres gouffres creusés à leur base : « jamais on ne vit la mer aussi haute, aussi horrible et aussi couverte d’écume1. » Le ciel, obscurci de nuages teints de rouge, chargés de foudres, était lourd et suffocant. A chaque instant, d’immenses éclairs déchiraient cette tenture menaçante et enflammaient l’horizon chargé d’une électricité vitreuse. Les yeux ne pouvaient soutenir l’éclat de cette fulguration incessante; les marins fermaient leurs paupières pour ne point la voir 2. L’air semblait allumé ; les secousses que la violence des lames imprimait aux navires faisaient gémir leurs membrures; à tout instant, on croyait les voir s’ouvrir et s’engloutir dans l’abîme. La couleur sanglante des nuées se reflétait dans la teinte rougeâtre de « cette mer qui semblait être de sang, et paraissait bouillonner comme une chaudière sur un grand feu. Jamais on n’avait vu le ciel avec un aspect aussi effrayant ; il brûla un jour et une nuit comme une fournaise3. » Pendant vingt -quatre
1 « Ojos nunca vieron la mar tan alta, fea y hecha espuma. » .
Cuario y ultimo viage de Colon.
2 Fernando Colombo, Vit, a delV Ammiraglio, cap. xciv.
8 « Allî me detenia en la mar fecha sangre, herbiendo como caldera